World Tricot : "une décision historique" face aux grandes maisons de luxe

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La condamnation de Chanel pour contrefaçon marque "la reconnaissance de la création des sous-traitants du luxe, face à leurs donneurs d’ordre", selon Carmen Colle, l’ancienne dirigeante de World Tricot.

World Tricot : une décision historique face aux grandes maisons de luxe © rosebennet - flickr - c.c.

"C’est un immense soulagement, après sept ans de combat", a réagi, émue, Carmen Colle, suite à la décision de la Cour d’appel de Paris de condamner le 14 septembre la maison Chanel pour contrefaçon et à verser 200 000 euros de "dommages et intérêts". Interrogée par L'Usine nouvelle, l’ancienne PDG de World Tricot a salué une "décision historique de la justice pour faire reconnaître la création des sous-traitants français du luxe". En 2005, sa société, aujourd’hui liquidée, avait assigné la célèbre griffe française pour avoir copié un motif au crochet qu’elle avait elle-même créé et l’avoir fait fabriquer en Italie. Quatre ans plus tard, la PME avait perdu en première instance puis fait appel.

Un nouveau départ pour World Tricot

"C’est une première à l’encontre d’une grande maison du luxe comme Chanel", s’est félicité Pascal Créhange, l’avocat de World Tricot. "L’arrêt de la Cour d’appel reconnaît pour la première fois les droits d’auteur des fabricants", a-t-il ajouté sur cette décision qui "fera jurisprudence et permettra de clarifier les relations entre les maisons de luxe et leurs sous-traitants".

"C’est la fin d’un immense gâchis pour le savoir-faire français qui a duré plus de sept ans", a-t-il rappelé, en précisant que "Chanel n’avait pas acheté à l’époque le motif de World Tricot mais l’avait fait reproduire ailleurs".

Pour Pascal Créhange, l’arrêt de la Cour d’appel "lave enfin de tout soupçon l’honneur de Carmen Colle". Après le lancement de l’assignation contre Chanel, World Tricot qui employait une vingtaine de personnes, avait vu ses donneurs d’ordre partir petit à petit, menant la petite société vers le dépôt de bilan puis la liquidation judiciaire le 6 juillet 2010. Depuis, aidée de quelques couturières, Carmen Colle avait lancé sa propre marque, Angèle Batist, et créé une nouvelle société au printemps dernier : World Tricot Créations. Elle espère que la décision rendue par la Cour d’appel de Paris permettra à son entreprise de retrouver une place auprès des grandes marques du luxe.

Chanel relativise

De son côté, la maison Chanel insiste sur le caractère "bien spécifique de l'affaire". L'enseigne de luxe, par la voie du directeur de la branche Mode Bruno Pavlovsky,  insiste : "nous n'avons jamais été confrontés à une situation de ce type auparavant, sachant que nous travaillons avec près de 400 fournisseurs. Ce cas bien spécifique ne reflète pas la qualité de nos relations avec nos fournisseurs".

"Cette histoire est dommage. C'est un malentendu qui concerne un échantillon de crochet et la première décision de justice avait reconnu notre rôle de création", a commenté le service de communication de Chanel, en soulignant que "l'affaire avec World Tricot est très spécifique, très technique et totalement inédite".

Chanel s'est félicité en revanche d'avoir eu gain de cause sur la question des relations commerciales avec World Tricot. La cour d'appel de Paris n'a pas considéré que Chanel avait rompu de manière fautive les liens commerciaux avec World Tricot, contrairement au jugement de première instance. "C'est important pour notre image avec les fournisseurs", a souligné le groupe.

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