Electronique

Windows 8 : Microsoft se (re)lance dans les terminaux

Ridha Loukil , , ,

Publié le

A l’instar d’Apple ou de Google, le géant mondial du logiciel veut jouer la carte de l’intégration verticale en proposant ses propres terminaux sous Windows. La commercialisation de sa tablette Surface constitue un pas important dans ce sens. Une aventure très risquée.

Windows 8 : Microsoft se (re)lance dans les terminaux

Microsoft ne veut plus se contenter de son rôle d’éditeur de logiciels. A l’instar d’Apple ou de Google, il a décidé de jouer aussi la carte de l’intégration verticale en commercialisant ses propres terminaux sous Windows. C’est l’un des volets de sa nouvelle stratégie "Devices and Services" chère au PDG Steve Ballmer. En même temps que Windows 8, le géant mondial du logiciel  lance, le 26 octobre 2012, sa tablette Surface, dont la présentation en juin dernier a surpris tout le monde. Les enjeux pour Microsoft sont considérables. Mais l’aventure est très risquée.

Si Microsoft domine aujourd’hui à plus de 95% les systèmes d’exploitation des PC, il reste largement à la traine sur ceux à un fort développement des tablettes et des smartphones. Selon le cabinet IDC, il ne détiendrait à la fin de 2012 que 4% du marché des systèmes d’exploitation pour tablettes et 3% de ceux pour smartphones. Autant dire rien comparé à Apple et Google, qui dominent ces segments, avec respectivement 60 et 35% pour les tablettes, et 21 et 65% pour les Smartphones, selon IDC.

En lançant sa propre tablette, Microsoft espère rattraper plus vite son retard. "Maîtriser l’ensemble du produit est important pour l’optimisation intime entre logiciel et matériel. Cette intégration verticale est l’une des clés de la réussite d’Apple. Microsoft ne fait que reprendre la recette", affirme Mathieu Poujol, consultant chez Pierre Audoin Consultants. Chez Microsoft, on mise sur la diversité des designs et facteurs de forme - une quarantaine d’ici novembre 2012 - pour apporter un large choix de terminaux aux consommateurs. Son initiative vise à regagner la faveur du grand public qui lui a servi dans le passé de socle pour dégager des gains d’échelle et conquérir plus facilement le marché des entreprises.

Seulement voilà : Microsoft devient concurrent direct de ses clients intégrateurs : HP, Dell, Acer, Asus, Lenovo, Samsung et autre Fujitsu qui intègrent son logiciel Windows 8 dans leurs tablettes. "Les constructeurs informatiques n’ont pas à craindre la concurrence de Microsoft. Surface ne risque pas de phagocyter leurs produits. De toute façon, ils n’ont pas de choix. Quelle autre alternative ? Travailler avec Google ? Ce n’est guère mieux. Avec Microsoft, ils ont au moins un vrai interlocuteur", explique Xavier Paulik, PDG-fondateur de Tiki’Labs, une start-up spécialisée dans les interfaces tactiles.

"Microsoft peut assumer la responsabilité d’entrer en concurrence avec les autres marques proposant des tablettes avec Windows 8. Il en a les moyens. Google le fait déjà avec ses tablettes Nexus 7 sous Android. Microsoft aurait tort de s’en priver", surenchérit Laurent Michaud, analyste à l’Idate. Bonne remarque. Sauf que Google ne vend pas son logiciel Android, il le fournit gratuitement.

La cannibalisation des PC par les tablettes

Paradoxalement, l’entrée de Microsoft sur le marché des tablettes pourrait accélérer le déclin du PC, coupant ainsi l’une des principales branches sur laquelle il est aujourd’hui assis. Plus il gagne dans les tablettes, et plus il aura à perdre dans les PC. Selon les projections d’IDC pour 2016, il pourrait voir sa part de marché grimper à 11% dans les tablettes et 14% dans les smartphones. Ce serait un progrès significatif, mais pas un raz-de-marée. Microsoft resterait loin derrière Apple et Google crédités par IDC respectivement de 58 et 30% dans les tablettes, et de 21 et 56% dans les smartphones. Les analystes financiers craignent néanmoins que la cannibalisation croissante des PC par les tablettes, estimée aujourd’hui à 30%, ne s'accentue et ne se traduise au final par une baisse des revenus tirés de Windows.

Les résultats des tests de la tablette Surface par des journalistes spécialisés sont pour le moins mitigés. Selon l’analyse de Jefferies, son succès dépendra beaucoup du prix. Pour qu’elle perce réellement, il faudrait qu’elle se positionne dans la gamme de prix de la Nexus 7 de Google, la Kindle Fire d’Amazon et la nouvelle iPad Mini d’Apple, soit entre 200 et 350 en euros. Elle sera vendue finalement entre 489 et 694 euros. Malgré ces prix élevés, Microsoft ne désespère pas percer. L’entreprise a musclé son marketing en direction du grand public et est en train d’étoffer son réseau de magasins. En plus de la distribution en ligne, la tablette sera vendu dans ses propres magasins, localisés souvent près de ceux d’Apple, 14 aujourd’hui et 55 dans trois ans.

Pour Microsoft, qui a réussi dans le matériel avec sa console de jeux Xbox mais échoué lamentablement avec son baladeur Zune et son téléphone mobile Kin, la tablette Surface n’est qu’une étape dans sa stratégie d’intégration verticale. On murmure déjà que l’entreprise prépare son propre smartphone sous le nom de SurfacePhone et on lui prête des intentions dans la télévision connectée. A suivre.

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