Washington pourrait hausser le ton sur le yuan vendredi

par Doug Palmer

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WASHINGTON (Reuters) - Le gouvernement américain, face à un Congrès qui tend à préconiser la manière forte vis-à-vis de Pékin, fera peut-être savoir en fin de semaine par l'intermédiaire du Trésor s'il accuse officiellement la Chine de manipuler sa monnaie ou s'il s'abstient.

Le Trésor a l'obligation de publier un rapport semestriel sur les pratiques de change des principaux partenaires commerciaux des Etats-Unis, et ce document doit en principe être publié vendredi.

Depuis son entrée en fonction en 2009, l'administration du président Barack Obama s'est abstenu de porter une telle accusation contre la Chine même si beaucoup d'économistes estiment que le yuan est sous-évalué de 25% à 40%.

"Lorsque de grandes économies à la monnaie sous-évaluée agissent de telle façon qu'elle ne s'apprécie pas, cela encourage d'autres pays à faire de même", a dit le secrétaire au Trésor Timothy Geithner la semaine dernière lors d'une conférence.

Il ajoutait: "La Chine sera moins susceptible d'agir pour laisser sa monnaie s'apprécier plus rapidement" à moins d'être quasiment assurée que d'autres pays suivront son exemple.

Au vu de tels propos, il est difficile de penser que le rapport du Trésor ne fasse pas de la Chine un pays qui manipule sa devise, pense Fred Bergsten, président du groupe de réflexion Peterson Institute for International Economics.

C'est pourquoi Fred Bergsten pense que le secrétaire au Trésor repoussera la publication du rapport après les élections de mi-mandat du 2 novembre.

"Repousser le rapport c'est encore une fois reculer pour mieux sauter. Parce que s'il présente ce rapport alors qu'on a bientôt les élections et le texte de loi de la Chambre (...) comment pourrait-il faire autrement que (déclarer que la Chine manipule sa monnaie) ? Pour moi, c'est inconcevable", explique-t-il.

La Chambre des représentants a adopté en septembre une motion qui permettrait aux Etats-Unis d'appliquer des droits sur les importations en provenance de pays dont la monnaie est jugée sous-évaluée.

Par ailleurs, certains hommes politiques ont fait du yuan un argument de campagne électorale dans la perspective du scrutin du 2 novembre.

L'assemblée générale du Fonds monétaire international, le week-end dernier, n'a pas permis de désamorcer les tensions entre la Chine et certaines grandes puissances économiques, dont les Etats-Unis, qui tentent de faire pression sur Pékin pour obtenir une réévaluation du yuan.

"INSIGNIFIANT"

L'institut Peterson juge le yuan sous-évalué de 15% à 25% et Fred Bergsten est l'un de ceux qui réclament le plus ardemment une action de Washington.

A l'instar de beaucoup de parlementaires américains, il estime que Washington doit d'abord officiellement désigner la Chine comme pays manipulateur de sa monnaie, ce qui obligerait le gouvernement à se confronter directement à Pékin.

Timothy Geithner, s'il dit partager les préoccupations des parlementaires vis-à-vis du yuan, leur a toutefois dit qu'il ne serait pas particulièrement efficace d'appliquer à la Chine un qualificatif officiel.

Une porte-parole du Trésor a dit lundi qu'elle n'avait aucune information sur la date de publication du rapport autre que l'engagement pris en septembre par le secrétaire devant le Congrès de le rendre public "en temps opportun".

Les parlementaires avaient d'ailleurs à cette occasion pressé Geithner de questions sur ce point parce qu'il avait déjà repoussé de plus de deux mois la parution du rapport d'avril pour laisser le temps à Pékin d'agir de son côté.

De fait, la Chine a désancré le yuan du dollar fin juin et la monnaie chinoise a augmenté à peu près de 2% en valeur depuis lors. Pour beaucoup de parlementaires américains, ça ne va pas assez vite. Pour la Chine, il est hors de question d'accélérer le mouvement, pour des motifs de stabilité économique et sociale.

Daniel Ikenson, du groupe de réflexion Cato Institute, pense que Washington, une nouvelle fois, ne voudra pas froisser Pékin. "Fondamentalement, le gouvernement ne veut pas que la motion du Congrès prenne force de loi, à mon avis", dit-il.

En termes d'impact potentiel sur les exportations chinoises vers les Etats-Unis, le texte de loi de la Chambre est "insignifiant" mais il reste que la Chine considérerait comme une provocation que le Sénat l'endosse et que le président Obama le promulgue, ajoute-t-il.

Wilfrid Exbrayat pour le service français, édité par Dominique Rodriguez

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