Wall Street redoute l'effet du pétrole sur les résultats du 2e trimestre

par Caroline Valetkevitch et Rodrigo Campos
Wall Street redoute l'effet du pétrole sur les résultats du 2e trimestre
A l'approche des résultats du deuxième trimestre, dont le coup d'envoi sera donné par les banques vers la mi-juillet, les investisseurs sont à l'affût de signes suggérant la poursuite des bonnes performances financières des entreprises du S&P 500, espérant y trouver une justification à la valorisation d'un marché actions américain au plus haut depuis 2004. /Photo d'archives/REUTERS/Andrew Kelly

NEW YORK (Reuters) - A l'approche des résultats du deuxième trimestre, dont le coup d'envoi sera donné par les banques vers la mi-juillet, les investisseurs sont à l'affût de signes suggérant la poursuite des bonnes performances financières des entreprises du S&P 500, espérant y trouver une justification à la valorisation d'un marché actions américain au plus haut depuis 2004.

Or, le déroulé de ce scénario risque toutefois d'être contrarié par le reflux des cours du pétrole et par une croissance économique qui ne s'avère pas aussi soutenue qu'espéré plus tôt dans l'année.

"Un grand nombre des espoirs de progression des bénéfices repose sur un prix du brut à entre 47 et 50 dollars le baril", a déclaré Hugh Johnson, chargé des investissements chez Hugh Johnson Advisors.

"Donc, si nous n'arrivons pas à ce niveau, nous n'aurons pas les résultats solides dont le marché actions a besoin. Ceci n'est pas anodin. Cela occasionne beaucoup d'incertitudes et de volatilité dans les prévisions."

Le cours du brut léger américain (WTI) est plombé par une situation d'offre excessive sur le marché pétrole - et cela malgré l'accord de réduction de la production mis en oeuvre par l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) et une dizaine de pays, dont la Russie, non membres du cartel.

S'il est ressorti en moyenne à 48 dollars depuis le début de trimestre, il a terminé vendredi à 43,01 dollars, accusant une chute de plus de 20% par rapport à un pic de 18 mois atteint en février.

Toujours porté par un effet Trump, le Dow Jones est en hausse de plus de 8% depuis le début de l'année, le S&P 500 affiche une progression de près de 9% sur la période et le Nasdaq un bond de 16,4%.

Cet élan a essentiellement été initié par un trio de promesses de Donald Trump jugé favorable à la croissance : dérégulation, baisse des impôts et grands travaux d'infrastructure.

Or, plus de cinq mois après son investiture, le président américain n'a pas encore réussi à faire adopter le moindre texte d'envergure par le Congrès, ce qui conduit les investisseurs à s'interroger sur le calendrier des réformes promises par Donald Trump.

ESTIMATIONS TROP OPTIMISTES

Du coup, dans ce contexte de doutes et de valorisations élevées, la qualité des résultats d'entreprise est encore plus importante que d'habitude, certains redoutant une correction à Wall Street si les chiffres sont trop en-deçà des attentes.

Les analystes tablent sur une progression moyenne des bénéfices des entreprises membres du S&P de 7,9% pour le deuxième trimestre, contre une précédente prévision, remontant à avril, de 10,2% et une hausse de 15,3% au premier trimestre, selon des données Thomson Reuters.

Le compartiment technologique devrait afficher une croissance à deux chiffres de ses bénéfices, grâce notamment aux fabricants de semi-conducteurs. Le secteur bancaire devrait également connaître une période avril-juin faste, avec une hausse des résultats estimée à 8,1%.

Même si un recul des cours du pétrole peut être bénéfique pour des secteurs tels que l'industrie et les transports ainsi que pour la consommation des ménages, les anticipations pour les résultats des entreprises énergétiques sont tellement élevées que tout couac est susceptible d'être violemment ressenti.

Par rapport au deuxième trimestre 2016, quand les comptes d'un grand nombre d'acteurs pétroliers étaient dans le rouge, les bénéfices du secteur sont attendus en hausse de 683%.

Hors compartiment énergétique, l'estimation de la progression des bénéfices des composantes du S&P 500 revient à 4,8%.

Si les cours de l'or noir restent faibles au second semestre, les anticipations pour le secteur devront être revues à la baisse pour le reste de l'année, a déclaré David Joy, chargé de la stratégie de marché chez Ameriprise Financial.

"Aujourd'hui, la grande inconnue c'est le prix du pétrole. Les attentes pour les résultats annuels se fondent sur des cours plus élevés que ce nous avons aujourd'hui."

Après avoir bondi de 23,7% en 2016, l'indice S&P des valeurs énergétiques est en repli depuis 14,4% depuis le début de l'année, accusant la plus mauvaise performance sectorielle sur la période.

Indépendamment des cours du pétrole, certains analystes estiment que les acteurs de marché se montrent trop optimistes en matière de bénéfices.

(Benoit Van Overstraeten pour le service français)

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