[Vrai ou Faux] Qu'a-t-il été décidé lors des Etats Généraux de l’Alimentation ?

Un mois, c’était le délai fixé par Stéphane Travert, le ministre de l’Agriculture pour faire aboutir les premiers ateliers des Etats Généraux de l’Alimentation. A huit jours des annonces promises par Emmanuel Macron, L’Usine Nouvelle dresse un état des lieux alors que des crispations se font sentir entre le distributeur Michel-Edouard Leclerc et d'autres acteurs de la filière. 

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[Vrai ou Faux] Qu'a-t-il été décidé lors des Etats Généraux de l’Alimentation ?

Les Etats-Généraux, c’est fini

FAUX. Promesse de campagne d’Emmanuel Macron, les Etats Généraux de l’alimentation réunissent enfin depuis la fin juillet, tous les maillons de la filière alimentaire. Vaste, le programme a été scindé en deux temps. Jusqu’à la semaine dernière, des ateliers réunissant agriculteurs, industriels et grande distribution, mais aussi chercheurs et associations de consommateurs, ont planché sur l’épineux sujet de la création et de la répartition de la valeur. Ils viennent de formuler des propositions à Emmanuel Macron, qui doit annoncer le 11 octobre les premières mesures retenues. Mais les débats reprendront ensuite autour d’un second chantier visant à garantir "une alimentation saine, sûre, durable et accessible à tous".

Des consensus ont pu être trouvés

VRAI. La partie n’était pas gagnée d’avance. Mais les débats ont été constructifs, et des consensus ont même pu émerger. "Au sein de notre atelier, nous avons imaginé à l’unanimité de faire une proposition contractuelle nouvelle à partir d’indicateurs, qui pourraient être portés soit par les interprofessions soit par l’Observatoire des prix et des marges via FranceAgrimer. Ces propositions de ventes engageraient ensuite en cascade l’ensemble de la filière", confie à L’Usine Nouvelle Serge Papin, le PDG de Système U, qui codirige avec Danone le stratégique atelier 5 : "Rendre les prix d’achat des produits agricoles plus rémunérateurs pour les agriculteurs".

Afin d’"arrêter le dumping sur les produits alimentaires", le syndicat de l’industrie agroalimentaire (Ania) et le premier syndicat d’agriculteurs (FNSEA) proposent d’augmenter le seuil de revente à perte (SRP), le prix minimum en dessous duquel les distributeurs n'ont pas le droit de vendre, et d’y intégrer les coûts de distribution. Et, toujours pour mettre fin à la "guerre des prix" entre grandes surfaces, d’encadrer les promotions avec un double plafonnement : "une centrale d’achat ne pourra pas faire de promotion portant sur plus de 34% du prix d’un produit et 25% de son volume annuel", propose l’Ania.

Il va y avoir une hausse des prix des produits

VRAI. Mais pas celle annoncée par Michel-Edouard Leclerc..."Des hausses de prix de 5 à 15 % sur des milliers d'articles alimentaires... sous prétexte d'aider les agriculteurs", a dénoncé sur son blog mercredi 27 septembre le médiatique Michel-Edouard Leclerc. Lançant, dans la foulée, une campagne de communication pour prendre à parti les consommateurs. Un constat partagé par l’association de consommateurs UFC Que Choisir, qui estime qu’un relèvement du seuil de revente à perte se traduirait dès 2018, par une hausse de prix de 1,4 milliard d'euros, "soit 2,4% sur les rayons concernés".

Ce coefficient est encore "discuté au sein de l’atelier 7", réplique Serge Papin, selon lequel "cela ne conduirait pas à une augmentation du prix du caddy au global". "Pour redresser [l’ensemble de la filière alimentaire, en incluant l’agriculture], ce serait 15 euros par an et par Français, soit 30 centimes par semaine, précise pour sa part Jean-Philippe Girard, le président de l’Ania. Cela vaut le coup d ‘essayer."

L’industrie va garder les marges pour elle

FAUX. "Outre l'impact démesuré sur le pouvoir d'achat des Français, comment garantir que ces marges sur l'eau de Volvic, le Nescafé ou le Kinder seront redistribuées aux éleveurs ou aux maraîchers ?", accuse Michel-Edouard Leclerc. "C’est là tout l’enjeu de ces nouveaux contrats : il faut que l’on soit sûr que la cascade contractuelle bénéficie bien aux producteurs. Et que tout cela soit basé sur une expérimentation, qu’on fasse le point dans deux ans", lui répond Serge Papin.

Depuis 2014, près de trois milliards d’euros ont été détruits au sein de la filière alimentaire dans son ensemble, et le taux de marge des industries alimentaires a reculé de près de quatre points en dix ans selon l’Ania. Qui assure vouloir cette mesure dans l’intérêt de tous, et prône la contractualisation, tant qu’elle n’est pas imposée par la loi. "Il faut tenir compte d’un élément très nouveau : la hausse de la valeur des matières premières et leur grande volatilité", confie Jean-Philippe Girard, qui rappelle ne pas représenter que les multinationales : les 17 647 entreprises du secteur étant majoritairement des PME.

A la FEEF, qui représente les petites entreprises indépendantes, on préfère d'ailleurs à une majoration du SRP "un mécanisme plus direct : la maîtrise de la date d’application du tarif pour permettre à tous les maillons de la filière, agriculteurs et fournisseurs PME en particulier, de répondre à la volatilité des cours des matières premières agricoles".

La lessive et les cosmétiques seront touchés

A suivre, il est trop tôt pour se prononcer. "J’ignore encore le périmètre de ce projet sur le seuil de vente à perte, assure Serge Papin. Mais même si les produits de grande consommation comme les cosmétiques étaient inclus, cela n’engendrait pas d’augmentation des prix réels, car ils ne sont pas vendus au SRV. Ce que dit Michel-Edouard Leclerc, c’est comme si tous les produits étaient vendus aux prix coûtants, ce qui est faux !"

On va revenir sur la loi LME.

Vrai. Il semble désormais peu probable qu’Emmanuel Macron ne réforme pas la loi de modernisation de l'économie (LME), adoptée en 2008 pour régir les relations commerciales entre les grandes surfaces et l’industrie, tant elle est condamnée par toute la filière… A l’exception de Michel-Edouard Leclerc, qui a enchaîné depuis son adoption huit ans de gain de part de marché pour atteindre 21% (avec 36,5 milliards d’euros de ventes en 2016, hors carburant) et devenir numéro un en France devant son rival de toujours, Carrefour, selon Capital.

Le second chantier des Etats Généraux sera moins débattu

Faux. Une fois réglée la complexe problématique de la rémunération, s’ouvrira dans quelques jours le second chantier. Les ateliers porteront sur les modèles agricole et agroalimentaire à réinventer pour répondre aux attentes des citoyens, mieux prendre en compte l’impact sur la santé et l’environnement… Les conclusions sont attendues pour la mi-novembre. Or les attentes sont grandes, notamment de la part des associations environnementales… Et les dissensions déjà existantes au sein même du gouvernement, entre le ministre de l’Agriculture et ses homologues de l’Environnement et la Santé. Pesticides, avec l’épineux sujet du glyphosate, étiquetage nutritionnel… Les industries de l’agrochimie et de l’agroalimentaire devraient elles aussi monter au créneau.

Gaëlle Fleitour

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