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L'Usine Matières premières

[Vrai ou Faux] Montagne d’or est-il le mirage économique (et le désastre environnemental) dénoncé par le WWF ?

Myrtille Delamarche , ,

Publié le , mis à jour le 01/02/2018 À 12H29

Dans une analyse publiée en septembre 2017, le WWF dénonçait l’impact environnemental et le manque d’impact social du projet minier Montagne d’or. A la veille de l’ouverture du débat public sur ce projet en Guyane, nous avons souhaité comparer et contextualiser les chiffres avancés par l’organisation écologiste et par la compagnie minière Montagne d’Or.

[Vrai ou Faux] Montagne d’or est-il le mirage économique (et le désastre environnemental) dénoncé par le WWF ? © Nordgold - Compagnie de Montagne d’Or

La mine verte n’existe pas. Nous l’avons écrit ici même. L’extraction de ressources minérales a toujours un impact environnemental énorme. Le débat public sur le projet de mine d’or Montagne d’or en Guyane – qui se tiendra via un site internet dédié et des débats en présence des promoteurs du projet, sous l’égide de la Commission nationale du débat public (CNDP) dépendant du ministère de la Transition écologique et solidaire – s’ouvrira en mars. La minière russe Nordgold, qui porte désormais le projet exploré par Columbus Gold, affirme qu’elle répondra point par point aux affirmations du WWF dans son rapport intitulé "Montagne d’Or, mirage économique ?", publié en septembre 2017. En attendant, voici les chiffres qu’annonce le WWF, majoritairement tirés de documents publiés par les porteurs du projet aurifère guyanais entre 2015 et 2017, des éléments de réponse de Montagne d’Or par la voix de son président Pierre Paris, et des éléments de contexte pour relativiser ces deux discours. Tous ces chiffres s’entendent pour la durée prévisible de vie de la mine, soit 12 années, hors extension (probable) liée à la validation de nouvelles réserves.

420 millions d’euros de subventions ?

C'est presque vrai. L’évaluation du montant global d’argent public mobilisé correspond bien au total des incitations fiscales éligibles, mais il ne s’agit pas de subventions. Il s’agit principalement de dispositifs d’incitation à l’investissement dans les territoires français d’Outre-mer, qui s’appliquent indifféremment aux investisseurs, quels que soient le projet et le secteur concerné. Le WWF évoque "quatre types de subventions : le prix d’achat de l’électricité, le financement d’une partie de la ligne à haute tension qui alimenterait le site, le financement d’une partie de la piste reliant Saint-Laurent-du-Maroni au site et la défiscalisation". Montagne d’Or nie les trois premiers et ne retient que le dernier. La minière paierait son électricité au coût fixé par la CRE (selon le système de péréquation ramenant le prix de l’électricité à celui de la métropole malgré un coût de production plus élevé) à tous les acteurs de taille comparable, notamment le centre spatial de Kourou, et financerait intégralement les 105 kilomètres de ligne à haute tension (un investissement de 50 millions d’euros selon Montagne d'Or) et la remise à niveau de la piste (ce que conteste le WWF qui affirme que 65 des 120 kilomètres seraient financés par la collectivité).

 

…soit 560 000 euros de subvention par emploi direct créé

Faux. Le calcul du coût par emploi (total des incitations à l’investissement sur nombre d’emplois directs) appliqué par le WWF est très restrictif. En appliquant le même calcul au CICE (Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi), on trouve par exemple que chaque emploi créé par cette mesure a coûté entre 287 000 et 574 000 euros. Ce calcul ne tient compte ni des emplois indirects, ni des autres retombées (emplois induits, financement d’infrastructures, éducation, etc). Selon l'Insee et diverses études, le nombre d’emplois indirects (sous-traitance et fournisseurs) et induits (financés par les revenus directs et indirects) par emploi direct créé varie en France de 1,1 à 4,36. Beaucoup plus dans les pays en développement ou en déficit de filières structurées. Dans le cas du centre spatial de Kourou, ce coefficient multiplicateur est évalué par l’Insee à 5,6 emplois. En appliquant ce coefficient, on obtiendrait 4200 emplois indirects et induits, ce qui rapporterait le "coût public" d’un emploi créé par Montagne d'Or à 85 000 euros.

Un projet à faible durée de vie

Vrai. "La pertinence des outils fiscaux et des subventions afin de soutenir le développement de la Guyane est réelle, mais des questions se posent face à ce type de projet, à faible durée et à très fort impact environnemental. La mobilisation de tels niveaux de financements publics ne peut s’entendre qu’au bénéfice de la structuration de filières socio-économiques inclusives et durables", affirme le WWF. La durée d’exploitation de la mine de Montagne d’or (12 ans) est effectivement courte par rapport aux standards du secteur. Elle pourrait être allongée à la marge si des ressources sont requalifiées en réserves (ce qui arrive fréquemment), mais elle restera plutôt inférieure à la durée de vie moyenne des mines. Il faut tout de même y ajouter la période de construction et de réhabilitation de la mine. En revanche, la validation d’un permis pour une première mine industrielle de grande ampleur ouvrirait la voie à d’autres projets, entre autres ceux porté par la minière américaine Newmont Mining (passe de détrôner Barrick Gold, en devenant en 2018 le premier producteur mondial d’or) à Bon Espoir et Iracoubo, dans un territoire, la Guyane, dont les ressources en or sont parmi les moins valorisées de toute la ceinture de roches vertes qui court de l’Afrique de l’Ouest à l’Amérique latine. Selon le BRGM, "le potentiel en or primaire est quasiment intact et constitue sans doute l’avenir de l’activité minière en Guyane." La naissance d’une filière industrielle dans les pas de Nordgold n’est donc pas à exclure. Et la formation des personnels guyanais entamée par Montagne d’Or va lever le frein à l’investissement que représente le déficit de compétences minières locales.

800 hectares : un gap est franchi sur la taille de la mine

Vrai, mais… La plus grande mine d’or au monde, dont Freeport-McMoRan et Rio Tinto extraient aussi du cuivre, a une emprise totale de 10 000 hectares. "Ce n’est pas un projet pharaonique, c’est une mine de taille moyenne comparé à celle sur lesquelles j’ai pu travailler chez Vale, BHP ou Rio Tinto", affirme Pierre Paris. Pour être précis, il s’agit de l’emprise totale, installations industrielles comprises (sur 700 ha), dont ne restent à défricher que 400 ha de forêt. La fosse, elle, ferait 2,5 km x 500 m, soit 125 hectares. Par ailleurs, la Guyane voit sa forêt bien plus dégradée par l’orpaillage illégal : "Durant la seule année 2015, environ 17 000 hectares (170 km2) de forêt ont été dégagés pour les activités aurifères", relevait le WWF dans une précédente étude. Le nombre de sites aurifères illicites en activité en Guyane est passé de "302 au 1er janvier 2017 à 609 au 31 décembre", le plus mauvais chiffre depuis 2009, affirmait fin janvier le procureur de Cayenne.

Un recours démesuré aux explosifs ?

Le WWF s'appuie dans son argumentation sur une ancienne estimation (de 57 000 tonnes d'explosifs). Un chiffre surestimé depuis la réduction de la taille de la fosse, selon la compagnie minière. Est-ce beaucoup ? En France, 40 000 tonnes d’explosifs sont utilisés chaque année dans les carrières et travaux publics, qui représentent 80% du tonnage total et 13% du chiffre d’affaires global de la filière, dont ils mobilisent 700 des 8200 salariés, selon le Syndicat des fabricants d’explosifs, de pyrotechnie et d’artifices. Montagne d’Or utiliserait donc chaque année 4750 tonnes d’explosifs (en réalité moins et inégalement réparties dans le temps), soit 10% du volume utilisé sur le marché français et 8,4% du seul volume utilisé dans les carrières et travaux publics. Pour réduire les risques liés au transport et au stockage, le projet prévoit l’installation par un sous-traitant d’une unité de fabrication des émulsions sur site. Seuls les dispositifs d’amorçage, boosters et détonateurs, seront transportés.

46 500 tonnes de cyanure

Faux, selon Montagne d’Or qui doit publier son propre chiffre durant le débat public. Malgré des développements intéressants en R&D de procédés sans cyanuration pour la séparation de l’or et de la roche, la cyanuration en circuit fermé reste actuellement le procédé industriel reconnu comme bonne pratique dans l’extraction aurifère. "Il n’existe à l’heure actuelle aucune alternative adéquate à l'utilisation du cyanure pour l'extraction de l’or", affirmait encore le BRGM dans une étude parue en 2013. Et de préciser : "environ 1,1 million de tonnes de cyanure d'hydrogène sont produites annuellement dans le monde, avec environ 6% utilisées pour produire des réactifs de cyanure pour le traitement de l'or. Les 94% de la production restante sont utilisés dans des applications industrielles, telle que la production de matières plastiques, les adhésifs, les retardateurs de flamme, les cosmétiques, la pharmaceutique, l’agro-alimentaire et comme additif antiagglomérants pour les sels de table et de voirie."

Dans un rapport de février 2017 sur les bonnes pratiques dans l’activité minière, le BRGM et ses co-auteurs (ministère de l’Economie, Ineris et le réseau Mine & Société) qualifient de "réglementaires bonifiés" les efforts de réduction des teneurs en cyanure dans l’activité minière en Guyane, et de "bonnes pratiques" (la notation la plus élevée) l’information des parties prenantes dans ce domaine et le choix des procédés (cyanuration en cuve plutôt qu’en tas notamment). Le recyclage du cyanure et sa destruction dans les rejets ainsi que la formation du personnel et des sous-traitants sont considérés comme dans la limite haute du respect de la réglementation (réglementaire / réglementaire bonifié). Globalement, l’activité minière guyanaise récolte 17 commentaires "bonne pratique" sur les 22 critères évalués. Le seul autre projet industriel d’extraction d’or en Guyane, celui d’Auplata, utilise ce procédé dans son usine de Dieu Merci. Par ailleurs, en Guyane, les importantes réserves d’or sont actuellement exploitées à 90% par des orpailleurs illégaux, selon l’ancien président d’Auplata. Ces exploitations artisanales illégales utilisent - sans les recycler - le cyanure et le mercure, dont l’usage est pourtant interdit et qui ne se dégrade pas une fois déversé dans la nature, contrairement au cyanure qui s’oxyde. En outre, le taux d’or récupéré sur le minerai est de 30%, contre 90% dans les procédés industriels par lixiviation en cuve, réduisant d’autant les volumes de résidus. Et pour réduire la part du cyanure dans les résidus miniers à moins de 10 ppm (parts par million, ou grammes par tonne), les porteurs du projet ont prévu une unité de décyanuration par oxydation en fin de process. La législation européenne, qui a abaissé la teneur en cyanure des résidus de 50 ppm en 2008 à 10 ppm en 2018 est l’une des plus strictes au monde. C’est celle qui s’appliquera en Guyane.

Des perspectives trop optimistes ?

Difficile à dire. Dans son analyse du projet, le WWF affirme que "le cours de l’or retenu est optimiste" et le taux de change euro / dollar "faible". L’ONG note que le cours retenu (1250 dollars l’once) est celui de février 2017, et préconise de retenir plutôt la moyenne des 12 dernières années (1097 dollars l’once). Ce qui, selon les calculs de sensibilité de la rentabilité du projet au cours de l’or effectués par SRK Consulting et adjoints à l’étude de faisabilité bancaire (-1,24 million de dollars par dollar de baisse du cours), réduit de moitié la valeur actualisée nette après impôts. Si l’on se tourne vers les analystes, personne ne se risque à des prévisions de très long terme sur le cours de l’or, trop volatil pour que ces moyennes très longues aient une valeur. Mais quelques éléments factuels permettent de se faire une idée. Après un point haut à 700 dollars en 1980, le cours de l’or s’est stabilisé à moins de 500 dollars jusqu’en 2003, année où il a entamé une folle remontée qui l’a amené à quadrupler pour effleurer les 1800 dollars fin 2011. Il s’est ensuite stabilisé autour de 1200 dollars l’once (1340 dollars ce 29 janvier). Le consensus actuel est à une correction à court terme - autour de 1100 dollars l’once - amortie par la baisse du dollar, dont l’évolution est historiquement inversement proportionnelle au cours de l’or. Puis à un rebond : la majorité des prévisionnistes voit le métal précieux remonter entre 1300 et 1400 dollars l’once dans les deux ans. Mais l’entrée en production de Montagne d’or n’est prévue que pour 2022, dans le meilleur des cas.

Même incertitude concernant le taux de change euro/dollar. Avec des coûts majoritairement en euros (puisqu’en Guyane) et des revenus en billets verts, le projet en est très dépendant. Le taux retenu par SRK Consulting est de 1,05 dollar pour un euro, avec une sensibilité de 12 à 13 millions de dollars par variation de 100 points de base (donc d’un cent US) de ce taux de change. Le WWF avance donc qu’un taux de change moyen de 1,3 dollar par euro (le taux moyen de ces douze dernières années) diviserait par cinq la rentabilité du projet. De fait, nombre d’analystes – dont Goldman Sachs –  retiennent pour les deux ans qui viennent une reprise de l’économie globale qui soutient les cours des matières mais pèse sur le dollar. "L’euro est largement sous-évalué et sous-détenu", affirmait ainsi l’analyste devises de la banque américaine d’investissement lors de la dernière Global strategy conference. Et ça, ce n’est pas un bon signe pour Montagne d’or. Mais qu’en sera-t-il entre 2022 et 2034 ?

Une rentabilité insuffisante ?

Faux. Selon le WWF, en s’appuyant sur ces prévisions trop optimistes, la minière surestime la rentabilité du projet et si celle-ci se dégradait, "il y a fort à parier que ses promoteurs feraient tout pour la rétablir, notamment en réduisant les dépenses, en premier lieu celles sur lesquelles ils ont des marges de manœuvre, à savoir le social et l’environnement". L’ONG affirme que le projet affiche dans son étude de faisabilité bancaire une valeur actualisée nette (VAN) "dans la moyenne"  mais un taux de rentabilité interne (TRI) "dans la moyenne basse des projets miniers industriels". Ce à quoi Montagne d'Or répond que des investisseurs comme Nordgold ne financent pas ce type de projet à perte. "A environ 30%, un standard dans notre industrie en raison des risques importants, la rentabilité reste acceptable, mais elle s’est effectivement dégradée depuis 2015, notamment en raison des aménagements apportés au projet pour réduire son impact environnemental", répond Pierre Paris, qui s’étonne qu’on lui oppose ce renchérissement du projet lié justement à la prise en compte de critiques environnementales. Ainsi, pour préserver un couloir de biodiversité entre les deux réserves intégrales situées au nord (massif Lucifer) et au sud (massif Dékou-Dékou) de la zone concernée, les infrastructures ont été regroupées à l’ouest de la fosse. Quant à l’alimentation électrique, pour des raisons sociales et environnementales, elle se ferait via un raccordement au réseau, plus utile aux communautés et permettant l’accès à un mix énergétique plus vert que la centrale sur site initialement envisagée par le promoteur. Moyennant un coût de l'électricité plus bas (un gain de 129 millions d'euros sur douze ans, selon le WWF) mais un investissement initial de 50 millions d'euros.

Des retombées fiscales de 308 millions sur douze ans ?

 

Difficile à dire en raison des incertitudes sur la rentabilité. Ce montant avancé par le WWF correspond aux seules royalties, affirme Montagne d’Or, dont le président évalue le total des impôts et taxes (hors charges sociales) entre 350 et 420 millions sur douze ans. Soit "à peu près autant que le total des incitations fiscales à l’investissement" dont le projet peut bénéficier, affirme Pierre Paris. Si on compte les effets de l’investissement (780 millions d’euros) en achats et sous-traitance aux deux-tiers français et les 1,5 milliard de coûts d’exploitation sur 12 ans, les retombées totales se chiffrent plutôt en milliards, affirme la minière. Qui prévient : "la Guyane a besoin de ces investissements. Si nous ne mettons pas de quoi provoquer ces trois milliards de retombées, la métropole devra les mettre."

Le débat public, qui devrait s'ouvrir en mars, permettra aux Guyanais de s'exprimer sur le projet sur ce site et lors de réunions publiques afin d'obtenir des réponses des promoteurs du projet. Il devrait pallier une partie de ces incertitudes. Les dernières, liées à l'évolution de l'économie sur quinze ans, ne trouveront de réponse qu'en cas de construction de la mine.


Nordgold et le WWF signent un partenariat en Russie

Opposés en Guyane, la minière britannique à capitaux russe Nordgold (actionnaire majoritaire de Montagne d'Or) et le Fonds mondial pour la nature en Russie (WWF Russie) ont signé le 1er février un mémorandum d'entente et un accord de coopération en matière de protection de la nature. Ils coopèrent entre autres au sein d'un projet intitulé "La cigogne orientale - oiseau symbole de la région de l'Amour", où Nordgold exploite la mine de Berezitovy. Cette mine à ciel ouvert acquise en 2008 par Nordgold a produit 79700 onces d'or en 2016, par un procédé de lixiviation au cyanure en cuve, précisément celui envisagé en Guyane.

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