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L'Usine Agro

[Vrai ou Faux] Les questions qui restent en suspens sur le retrait de lait infantile de Lactalis

Gaëlle Fleitour , , , ,

Publié le

Suite au retrait massif de laits infantiles du groupe Lactalis, en raison d'un risque de contamination par des salmonelles, des questions restent en suspens. Quelles sont les "mesures correctives" exigées par le gouvernement ? Et que devient l’usine de Craon dont la production est stoppée ?

[Vrai ou Faux] Les questions qui restent en suspens sur le retrait de lait infantile de Lactalis
Le ministère de l'Economie a étendu dimanche les mesures de suspension de commercialisation de produits de nutrition infantile fabriqués par Lactalis, estimant que les dispositions prises par le groupe laitier étaient insuffisantes pour maîtriser le risque de contamination par la salmonelle. /Photo d'archives/REUTERS/Charles Platiau
© Charles Platiau

Tous les sites de production de nutrition infantile de Lactalis sont à l’arrêt.

Faux. Depuis vendredi 8 décembre, l’usine de Craon (Mayenne) de Lactalis, aux 550 salariés dédiés à la nutrition infantile est à l’arrêt, jusqu’à nouvel ordre. Les deux tours de séchage ont été stoppées par mesures de précaution "afin d’y engager des mesures de nettoyage et de désinfection additionnelles et renforcées", mais une seule des deux "était concernée par la problématique", indique une porte-parole de l’entreprise. Mais l’activité industrielle de nutrition infantile de Lactalis se poursuit sur d’autres usines hexagonales du groupe, produisant d’autres marques et références.

La réaction du ministère de l’Economie est exceptionnelle.

Vrai. La vingtaine de bébés contaminée par des salmonelles "vont bien", ont confirmé les autorités. Ces intoxications alimentaires pouvant allant de la gastroentérite bénigne à des infections plus graves, le ministère de l’Economie a néanmoins demandé à Lactalis de procéder au retrait et au blocage, y compris pour l’export, de l’intégralité des références produites dans cette usine, soit 600 lots et près de 7 000 tonnes de lait infantile fabriquées entre le 15 février et la semaine dernière. De ses laits classiques Picot, aux laits bio, transit, ou Anti Régurgitations de Milumel…

L’an dernier, sur les 97 avis de rappels recensés par l’association de défense des consommateurs CLCV, seuls 2% avaient été émis par la DGCCRF. La situation – le ministre Bruno Le Maire imputant directement la responsabilité de la contamination à Lactalis, et jugeant publiquement insuffisantes les premières mesures prises par l’industriel - est donc exceptionnelle. Faut-il y voir un lien avec le bras de fer juridique engagé par l'Observatoire des prix et des marges des produits alimentaires contre le numéro un mondial des produits laitiers, afin qu’il publie ses comptes ? Ou une volonté du gouvernement, quatre mois après la crise du fipronil qui avait fait trembler l’Europe, de démontrer que tout est mis en place pour un risque et une tolérance zéro ?

Des mesures correctives d’ampleur sont prises.

Vrai-Faux. Dans un communiqué du 10 décembre, Bercy a donc estimé que les mesures "de gestion du risque" prises par Lactalis, dès qu’il a eu connaissance du problème le 1er décembre au soir, n’étaient "pas de nature à maîtriser le risque de contamination" par ces bactéries. Car entre temps, de nouveaux cas étaient survenus, dont un lié à un produit qui ne figurait pas dans les douze références rappelées par Lactalis le 2 décembre.

Pourtant, le géant des produits laitiers avait indiqué faire analyser les laits infantiles mis en cause et reprendre toute la traçabilité réalisée au fur et à mesure de la production. "Sur toutes nos analyses réalisées, plus de 11 000, nous n’avons pas eu cas de salmonelle positive", assure à L’Usine Nouvelle Michel Nalet, le directeur de la communication de Lactalis. En août et en novembre, le groupe avait noté deux cas positifs "sur du petit matériel de nettoyage et sur les carrelages", "traités par des nettoyages spécifiques ad hoc" mais sans lien avec l'appareil de production.

Alors, quelles mesures spécifiques doit prendre Lactalis ? "C’est la question que l’on est en train de traiter avec les autorités. Nous avons travaillé en toute transparence avec les services de l’Etat pour poursuivre les analyses, on ne peut pas dire que l’on n’a pas fait le nécessaire", se défend Michel Nalet, qui entend désormais "avancer pour trouver une solution" et pouvoir rouvrir le site de Craon au plus vite. Il faudra pour cela que l’Etat lève l’arrêté préfectoral.

La source de contamination a été identifiée.

Faux. Lactalis pense que la contamination est sans doute "survenue sur une de nos tours de séchage dans la période du 1er au 6 Mai 2017", durant une période de travaux. Mais les investigations se poursuivent pour en savoir plus sur l’étape du processus. Car la salmonelle est "une bactérie qui est présente partout, tout le temps, et nécessite des mesures d’hygiène permanentes", indique sa porte-parole. Les bactéries présentes dans le lait cru sont normalement tuées lors des phases de pasteurisation et de stérilisation.

Il y a peu de cas de salmonellose en France.

Faux. En 2016, l’association de défense des consommateurs CLCV avait recensé, "de manière non exhaustive", 97 avis de rappels concernant 147 produits alimentaires. 58% d'entre eux faisaient état d’"un danger biologique" comme la présence "possible" de bactéries comme Listeria, Escherichia coli et les salmonelles. "Depuis dix ans, on est sur une baisse de moitié du nombre d’infections à salmonelles chez l’Homme dans toute l’Europe", estime néanmoins le professeur François-Xavier Weill, de l’Institut Pasteur, interrogé par Le Monde.

"Dans l’agroalimentaire, le risque industriel lié à la salmonelle est présent, observe pour sa part Mathieu Dublanchy, responsable de missions au sein de la BU Agroalimentaire du cabinet Alcimed. Chaque année, en Europe et en France, des produits sont retirés de la vente en raison de contaminations microbiologiques, notamment dans les produits sensibles comme l'ultrafrais, même s’il s’agit d’épiphénomènes rapportés aux volumes produits. Ce type de risques est la hantise de tout industriel. Chacun a en tête l’incident qu’avait connu sur le lait infantile Danone en Chine il y a quelques années, à cause d’un sous-traitant, qui l'avait fortement pénalisé sur ce marché. Car lorsque l’on touche à la santé d’un enfant, c’est compliqué de retrouver la confiance dans la marque."

Le marché de la nutrition infantile est déjà très difficile.

Vrai. Dans le secteur de la nutrition infantile, peu d’acteurs sont présents car la réglementation est particulièrement drastique, avec des seuils de tolérance très bas pour éviter toute contamination microbienne ou présence de pesticides, métaux… "Les industriels investissent donc des dizaines de millions d’euros pour mettre à niveau leurs laboratoires d’analyses, s’entourer d’experts, dans une logique de prévention", constate Mathieu Dublanchy.

Dans l’Hexagone, premier marché de nutrition infantile en Europe (avec environ 200 kilos de lait et d’aliments de diversification par bébé et par an, et 1,2 milliard d’euros de ventes en 2012, selon une étude de Deloitte de 2013), les géants Danone (marques Blédina et Gallia, numéro un français et numéro deux mondial de l’alimentation infantile) et Nestlé (marques Nidal et Guigoz) se partagent déjà près de 80% du marché. Sur ce marché aux volumes stables, de nouveaux acteurs montent en puissance comme HiPP, le fabricant de nourriture bio pour bébé et Lactalis, fort de sa notoriété dans les produits laitiers de grande consommation avec Lactel.

Avec ses laits fonctionnels (anti-allergies, riches en nutriments, spécial intolérances) lié à un savoir-faire technologique développé à Craon, ce dernier a ainsi ouvert un nouveau segment. "Une opportunité de croissance aux frontières de la nutrition médicale" notait Deloitte, qui nécessitera désormais un gros travail de Lactalis pour retrouver la confiance des parents et des prescripteurs… Avec ses marques Milumel et Picot, l’industriel était parvenu à la place de numéro trois des laits infantiles vendus en grandes surfaces et numéro deux en pharmacie.

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1 commentaire

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12/12/2017 - 18h19 -

Sur le fond du fond il y a une erreur technologique à savoir que les tours de séchage de Lactalis sont souvent lavées ce qui engendre systématique des développements de bactéries. Dans le groupe Nestlé et chez ses sous traitant les unités de séchage sont nettoyées A SEC. Je suis un ancien de ce milieu que je connais bien
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