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L'Usine de l'Energie

[VRAI OU FAUX] Les controverses autour des conséquences de Tchernobyl et Fukushima

Ludovic Dupin , , ,

Publié le

Le monde va fêter un triste double anniversaire en 2016. Les trente ans de l’accident de Tchernobyl en Ukraine (26 avril 1986) et les cinq ans de l’accident de Fukushima (11 mars 2011). Ces catastrophes ont contaminé de vastes territoires et forcé l’évacuation de milliers d’habitants. Les zones irradiées sont devenues des laboratoires à ciel ouvert pour tous les scientifiques du monde qui y observent les effets sur les êtres vivants, l’occurrence de cancers dans les populations humaines ou encore l’impact social de tels évènements. Les résultats de ces études, parfois contradictoires, ont donné naissance à des controverses scientifiques. L’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) tente de démêler le vrai du faux dans un séminaire ouvert à la presse, le 11 février.

Encadré : Faut-il initier un dépistage systématique après un accident ? En matière de cancers de la thyroïde, Elisabeth Cardis, directrice de recherche au CREAL (Centre de Recerca en Epidemiologia Ambiental), s’interroge sur la mise en place d’un dépistage systématique par échographie chez les enfants après un accident nucléaire. Au Japon, les 360 000 enfants exposés passent une échographie tous les deux ans. "Cela pose une vraie question éthique de suivre par échographie des gens qui ont reçu une dose équivalentes à un examen médical en France. On détecte des lésions sans impact sur la santé. Mais dire à des gens qu’ils ont un nodule, même sans gravité, les inquiète et affecte leur qualité de vie", juge-t-elle. Du côté de Tchernobyl, elle constate que ces tumeurs, extrêmement agressives, ont été découvertes par palpation. Elle estime que le coût émotionnel d’une détection systématique est supérieur au bénéfice sanitaire.

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Centrale de Tchernobyl en 2006 - stahlmandesign CC Flickr

La faune et la flore pullulent dans les zones irradiées

FAUX

Plusieurs études font état que la faune et la flore repeuplent avec vigueur les zones les plus irradiées autour de Tchernobyl et de Fukushima. Anders Pape Møller, chercheur au Laboratoire d'Ecologie, Systématique et Evolution du CNRS, illustre la réalité à travers un enregistrement audio. Un premier son nous fait entendre des dizaines de cris d’oiseaux différents dans une zone proche de la centrale japonaise accidentée. 200 mètres plus loin, un autre enregistrement se limite à un silence lugubre. Ce qu’il se passe est qu’autour d’un site accidenté, la radioactivité se dépose par tâches et "il y a une survie plus faible de la faune en zone contaminée", assure le chercheur.

Selon une étude menée sur des hirondelles de cheminée, seuls 30 % des individus survivent dans des zones contaminées, contre 50 % dans des zones peu ou pas contaminées. D’autres études montrent une prévalence de l’albinisme chez des mésanges et de cataractes chez les rongeurs en zones contaminées, deux facteurs de mortalité précoce. Pour Jean-Christophe Gariel, directeur de l’environnement à l’IRSN, les résultats discordants reflètent le fait que "l’étude des effets sur la faune et la flore par des éléments de stress extérieurs est extrêmement complexe". Cela demande des approches pluridisciplinaires (écologie, biologie, statistique et dosimétrie) qui ne sont pas toujours bien maîtrisées.

 

On trouve des animaux mutants dans les zones irradiées

FAUX

Les biches à deux têtes, les moutons à cinq pattes et autres bizarreries ne seraient pas légion dans les zones irradiées. "Ces bêtes sont même extrêmement rares, explique Anders Pape Møller. Les animaux malformés sont éliminés très rapidement par les prédateurs". En ce qui concerne les malformations humaines, une étude de l’IRSN  en Biélorussie a constaté une hausse du nombre de malformations dans des zones de moindres expositions aux radiations, mais peu dans les zones très irradiées. Cela n’a pas permis de conclure à un résultat précis chez l’homme.

 

Le nombre de cancers de la thyroïde croît chez les enfants

A Tchernobyl, 2 millions d’enfants ont reçu des doses de 50 à 200 milligrays (mGy), avec des pointes jusqu’à 10 000 mGy. A Fukushima, un peu plus de 360 000 enfants ont reçu 3 à 4 mGy. Dans le cas de Tchernobyl, jusqu’en 2005, 6 800 cas de cancers de la thyroïde ont été identifiés avec une quinzaine de décès (tous n’étant pas imputables au cancer). Les autorités locales n’ont pas mené de dépistage systématique.

A Fukushima, la situation est différente, le développement de cette maladie est lent et tout cancer qui apparaît dans les trois ans après l’accident ne peut pas être lui être imputé. Une première campagne de dépistage a eu lieu entre 2011 et 2014 présentant une occurrence de 11 cas pour 100 000. Une deuxième étude entre 2014 et 2016 présente entre 6 et 15 cas pour 100 000. "Ce n’est que si l’incidence annuelle du cancer de la thyroïde chez l’enfant augmente à partir de la période 2016-2018 qu’un lien avec l’accident pourra être évoqué", affirme Jean-René Jourdain, adjoint à la direction de la protection de l’homme à l’IRSN.

Ainsi, nous sommes face à deux situations différentes. "L’accident de Tchernobyl est responsable de l’apparition de plusieurs milliers de cas de cancers de la thyroïde chez les plus jeunes (…). Le lien avec l’exposition aux rayonnements ionisants ne fait aucun doute", affirme Elisabeth Cardis, directrice de recherche au CREAL (Centre de Recerca en Epidemiologia Ambiental). Dans le cas de Fukushima, tout reste à démontrer, les doses reçues ayant été bien moins fortes.

D’autres prévalences de maladies ont pu être observées chez les liquidateurs de Tchernobyl, qui ont reçu de fortes doses, comme des leucémies, des cancers du sein, des effets cardio-vasculaires, cérébro-vasculaires et des cataractes.  


La majorité des morts ne sont pas dues aux radiations

VRAI

Même si les cas de cancers de la thyroïde croissent, le pronostic vital est bon, assurent les experts de l’IRSN. Aujourd’hui, le nombre de morts directement liées aux rayonnements ionisants à Fukushima est nul. En revanche, il y a de nombreuses morts induites (Ndlr : suicides ou morts prématurées dues au déracinement), une notion qui a été prise en compte par le gouvernement japonais.

A Fukushima, les 1 800 km² contaminés ont entraîné 160 000 évacuations. "Aujourd’hui, 1 979 décès indirects sont reconnus par l’Etat. 90 % concernent des plus de 65 ans", rapporte Reiko Hasegawa, chercheur associé au Medialab de Sciences Po Paris. Ce chiffre est à comparer aux 1 373 suicides dans la population touchée par le tsunami, soit 180 000 personnes.

Le fait qu’il y ait plus de décès indirects dus à l’accident nucléaire qu’à la catastrophe naturelle est lié à "une division communautaire", assure Reiko Hasegawa. Les victimes du tsunami ont eu le choix de pouvoir reconstruire leur maison où ils le souhaitaient : à la place d’origine, dans des hauteurs pour s’éloigner de la mer, dans une autre province... Pour les évacuées de l’accident de Fukushima, "le gouvernement a proposé pour seule option la réinstallation dans leur maison après décontamination", constate Reiko Hasegawa. Or seuls 8 à 10 % des évacués sont volontaires pour le retour.

 

Il faut largement évacuer les zones contaminées et lancer un dépistage systématique des cancers

"L'approche post-accidentelle repose avant tout sur la radioprotection. Il faut envisager une autre approche pour éviter que l’accident n’altère trop la liberté d’action à cause des évacuations et des prises d’iode", juge Jacques Repussard, directeur général de l’IRSN, en regard du nombre de suicide post-Fukushima.

Selon lui, si un accident survenait en France, certaines zones légèrement contaminées - de l’ordre de 1 millisievert, ce qui n’a pas de signification sanitaire - seraient évacuées en vertu du principe de précaution. "Au final, cela peut avoir un coût sanitaire très élevé. Il faudrait laisser plus de droits individuels. Plutôt que d’encadrer des populations, il vaut mieux les accompagner dans leurs choix".

En ce qui concerne, le dépistage systématique des cancers, Elisabeth Cardis s’interroge. Au Japon, les 360 000 enfants exposés passent une échographie tous les deux ans. "Cela pose une vraie question éthique de suivre par échographie des gens qui ont reçu une dose équivalente à un examen médical en France. On détecte des lésions sans impact sur la santé. Mais dire à des gens qu’ils ont un nodule, même sans gravité, les inquiète et affecte leur qualité de vie", juge-t-elle.

Ludovic Dupin

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1 commentaire

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15/02/2016 - 21h39 -

"En ce qui concerne les malformations humaines, une étude de l’IRSN en Biélorussie a constaté une hausse du nombre de malformations dans des zones de moindres expositions aux radiations, mais peu dans les zones très irradiées."
Pouvez-vous donner la référence de cette étude s'il vous plait ?
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