[VRAI ou FAUX] La filière foie gras est-elle vraiment en crise ?

Touchée par l’interdiction d’élever et gaver des palmipèdes pendant quatre mois, à cause de l’épizootie d’influenza aviaire, la filière foie gras du Sud-Ouest va connaître cette année une crise sans précédent, avec d’importants manques à gagner pour tous les opérateurs. Quelles seront les conséquences économiques pour cette filière qui génère près de deux milliards d’euros de chiffre d’affaires et emploie près de 30 000 personnes ? Nos réponses en cinq points.

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Il n’y aura plus de production de foie gras en France jusqu’à la rentrée

FAUX. L’interdiction d’élever et de gaver des palmipèdes gras (canards et oies), qui a débuté le 18 janvier, ne concerne que la zone du grand Sud-Ouest, soit 18 départements. Elle représente cependant 80% de la production de foie gras en France, soit 36 millions de canards, selon le Comité interprofessionnel du foie gras (Cifog). La production de viande de canards et oies (magret, confits, rillettes...) est également concernée. "C’est un mal nécessaire pour éradiquer complètement le virus", estime Sébastien Joho, le directeur marketing de la marque Montfort. L'élevage de cannetons devrait redémarrer à la mi mai et les premiers abattages de canards gras devraient avoir lieu à la mi-aôut.

La Vendée, où des groupes comme Maïsadour-Val de Sèvres (Delpeyrat) et Euralis (Montfort / Rougié), possèdent des filières de production et d’abattage, n’est en revanche pas concernée par l’interdiction à ce jour.

Les industriels du sud-ouest vont pouvoir transférer une partie de leur production vers la Vendée

FAUX. Selon les industriels, les outils de production en Vendée (élevages et abattages), sont difficilement extensibles en quelques semaines. Euralis qui abat environ 4,5 millions de canards en Vendée et 4,5 millions également dans le Sud-Ouest, parle simplement "d’adaptation possible mais très à la marge". Tout comme Delpeyrat, qui produit 10 millions de canards dans le Sud-Ouest et 2,5 millions en Vendée. Il leur sera impossible en tous cas de transférer des canetons vivants du Sud-Ouest vers la Vendée, les mesures prises interdisant toutes sorties et mouvements de la zone infectée vers le reste du territoire français.

Le leader du marché en grandes surfaces, Labeyrie, propriété de la coopérative Lur Berri, ne possède pas d’outil de production en dehors de la zone Sud-ouest, contrairement à Delpeyrat et Montfort-Rougié.

L’équilibre de marché entre les trois grands groupes (Labeyrie, Montfort/Rougié et Delpeyrat) va se trouver bouleversé

VRAI. Selon les estimations du Cifog, la production hexagonale de foie gras devrait chuter de 30 à 40 % sur l’année 2016. Certains opérateurs de la filière risquent de se trouver plus touchés que d’autres par les mesures d’interdiction. Ne possédant pas d’outil de production hors du Sud-ouest, Labeyrie pourrait être plus handicapé que ses principaux concurrents. D’autres marques n’ayant pas ou peu de production intégrée, comme Larnaudie, pourraient également être fortement touchées.

L’autre conséquence possible est l’augmentation des importations des pays européens, principalement des pays de l’Est, comme la Hongrie et la Bulgarie. Certaines marques de distributeurs qui s’adressaient jusqu’à présent aux industriels du Sud-ouest pourraient faire appel aux pays étrangers, pour leur premier prix (foie gras en bloc). En 2014, les importations de foie gras en France avaient représenté 3 986 tonnes par rapport à une production hexagonale de 19 608 tonnes. "Nous serons particulièrement vigilants sur les opérateurs qui pourraient profiter de la situation pour importer du foie gras des pays de l’Est", a prévenu le 20 janvier, Dominique Duprat, le directeur général adjoint de Delpeyrat.

Les prix de ventes du foie gras vont augmenter

VRAI. Finie la période bénie du foie gras presque accessible à toutes les bourses, grâce aux promotions massives de fin d’année. "La crise va avoir un impact majeur et durable sur les coûts de production", estime Sébastien Joho chez Montfort, qui ajoute que la production ne sera pas suffisante pour répondre à la demande des fêtes de 2016.

Pour éviter des récidives d’influenza aviaire cet automne, même si le risque zéro n’existe pas, les opérateurs devront désormais limiter le plus possible le flux et transports de canards et ne plus mélanger les classes d’âges dans les exploitations. Des mesures qui auront des conséquences sur les coûts de production. Selon Philippe Caré, le directeur général de Delpeyrat, les investissements nécessaires dans les élevages pourraient avoisiner 170 millions d’euros.

la filière va bénéficier d'aides publiques

VRAI. 130 millions d'euros d'aides publiques sont débloquées pour compenser les pertes de revenus des 4 000 éleveurs touchés et leuurs fournisseurs accouveurs.

En revanche, pour les industriels et transformateurs, il apparaît difficile que des fonds publics, euro-compatibles, puissent venir soutenir directement leur trésorerie. Des mesures de chômage partiel et des formations aux salariés, financées par les collectivités pourraient cependant venir alléger indirectement la baisse de chiffre d'affaires des industriels. Au total, le manque à gagner pour la filière foie gras dans son ensemble devrait avoisiner les 350 millions d’euros sur l’année, selon le Cifog.

Adrien Cahuzac

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