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Quotidien des Usines

Voyage au pays du Blackberry

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Publié le

Au fin fond de l'Ontario, la région qui a vu naitre RIM, plus de 600 start-up et entreprises rêvent de dupliquer les exploits du créateur du Blackberry. Open text, Agfa ou Google sont aux premières loges.

Voyage au pays du Blackberry © DR

la reine d’Angleterre lors de son voyage officiel au Canada a fait un crochet par Waterloo, une ville inconnue ou presque, située au sud-ouest de l’Ontario à mi-chemin des lacs Erié, Ontario et Huron. L’objet de ce royal détour ? Une visite chez Research In Motion (RIM), la société qui a fait fortune avec le BlackBerry, l’une des plus belles success stories canadiennes avec, aujourd’hui, 15 milliards de dollars (US) de chiffre d’affaires, 12 000 salariés  et 18 % de marge nette.

A Waterloo, difficile de ne pas remarquer les trois lettres bleues R I M. Elles s’affichent à presque tous les coins de rues. Normal, le champion des smartphones, c’est 26 bâtiments (à moins que ce soit 27 ou 28, personne n’est d’accord sur le nombre), plus de 6 000 employés et une usine d’assemblage. Le succès de l’entreprise, créée ici en 1984 par Mark Laza-ridis, un immigré d’origine grecque de 49 ans, né à Istanbul, passé sur les bancs de l’université locale, a fait des émules dans cette région qui, depuis quelques années, se hausse du col sous le nom de Canada Technology Triangle ou CTT. Un périmètre qui comprend 500 000 habitants et s’étire entre les villes de Waterloo, de Kitchener et de Cambridge.

Derrière le discours bien rodé de l’agence de développement du CTT, force est de constater que cette contrée verdoyante, située à une heure d’autoroute de Toronto, prend un réel envol dans la high-tech. Comme tout le sud-ouest de l’Ontario, la région a une vieille tradition industrielle (Toyota est installé à Cambridge) et vient de souffrir de la récession dans l’automobile. Le taux de chômage local s’affiche ainsi à 8,1 %, contre 5 % en 2007. Mais, ici, à cette exception près, la crise ne semble avoir été qu’une inquiétude passagère, à l’image du Canada tout entier, qui prévoit 3,5 % de croissance cette année. La high-tech a donc été à peine affectée par la récession mondiale. « Il y a en permanence 2 000 postes à pourvoir dans ce secteur », assure Avvey Peter, la vice-présidente de Communitech, l’association regroupant les entreprises des technologies de l’information.

A côté de RIM, Open Text est l’un des autres beaux succès de la région avec 785 millions de dollars (US) de chiffre d’affaires et 3 500 employés. Spécialisé dans la gestion de contenus, cet éditeur, créé en 1991, emploie 5 000 personnes dans le monde. Cette spin-off de l’université de Waterloo a fait ses premiers pas en éditant une version digitale de l’Oxford Dictionnary. « Nous débordons de projets en Amérique du Nord, en Europe, en Asie, cela assure du travail pour nos équipes de développement ici », assure le PDG d’Open Text, Tom Jenkins, lui-même né à Hamilton à 70 km de là.

Clin d’œil à l’actualité, Open Text a  profité du sommet du G20, qui s’est ouvert le 26 juin à Toronto, pour se faire un coup de pub. Jouant de ses relations, l’entreprise a réussi à placer auprès des organisateurs sa solution de réseau social pour entreprises, Social Workplace. Elle a permis aux médias et aux délégués présents au G20 de communiquer entre eux. Son prochain challenge ? Un projet de 100 millions de dollars dans l’e-santé soutenu par des fonds publics dans le cadre du programme fédéral, Canadian Digital Media Network. Mené en partenariat avec RIM, Agfa et Intel, il s’intéressera notamment à la gestion et à la transmission d’images.

LE TROISIEME CENTRE HIGH-TECH DU PAYS

Témoin de cette expansion, le siège d’Open Text va être doublé sur le vaste Science Park, qui jouxte l’université pour accueillir à terme 3 000 salariés contre 1 000 aujourd’hui. Investisse-ment : plus de 100 millions de dollars* comprenant une subvention de 34 millions de dollars de la province d’Ontario, plutôt généreuse avec les entreprises de la région.

Outre RIM et Open Text, on compte aussi des filiales de McAfee, Sybase ou Oracle. Dans le domaine de l’e-santé médicale, le groupe belge Agfa a installé son principal centre de développement logiciels nord-américain pour l’imagerie numérique. Lui aussi va doubler ses locaux (200 millions de dollars d’investissement) et réaliser 45 embauches pour porter son effectif sur place à 350. La liste est longue mais on peut citer également Dafsa, l’un des spécialistes mondiaux des capteurs CCD et caméras de contrôle industriel, ou Navtech, l’un des leaders des solutions de navigation aérienne. Au total, la région rassemble selon le décompte de Com-muni-tech près de 700 entreprises opérants dans la high-tech, soit 17 milliards de chiffre d’affaires et 25 000 emplois, ce qui en fait le troisième pôle canadien de la spécialité derrière les deux poids lourds Montréal et Toronto où Ubisoft a annoncé l’an dernier 800 millions de dollars d’investissement sur dix ans.

« La croissance spectaculaire de RIM a joué un grand rôle dans l’émergence des TIC dans cette région, mais l’université de Waterloo est aussi un facteur clé, à la fois par ses effectifs (30 000 étudiants), le niveau de son enseignement, notamment en maths ou en informatique, et une stratégie très tournée vers les entreprises », assure John Jung, le président du CTT. Elle a ainsi un programme de formation en alternance par lequel passe plus d’un tiers des étudiants. D’ailleurs, Microsoft, IBM ou Google (lire l’encadré ci-contre) y viennent fréquemment à la pêche aux jeunes talents. Et pour favoriser la création d’entreprise, la règle d’or de l’université est de laisser à ses chercheurs 75 % de la propriété intellectuelle de leurs inventions, d’où un vivier de 250 spin-off en démarrage ou en phase d’études.

Depuis cinq ans, la « communauté » comme on dit ici, s’est organisée pour faciliter l’émergence de ces jeunes pous-ses en installant un réseau, en offrant des services de coaching gratuits puis des locaux adaptés pour les accueillir physiquement. Pour cela, l’Accelerator Center a été construit en 2006, un investissement de 100 millions de dollars, porté par l’université, des fonds publics et une aide de RIM omniprésent dans la région (lire l’encadré ci-dessus). Sur 2 200 m2, ce centre d’incubation accueille 26 entreprises.
On peut y trouver Client Outlook, une jeune pousse de la transmission d’images médicales, LoyaltyMatch, une autre spécialisée dans des solutions de gestion des programmes de fidélité (qui s’apprête à signer avec L’Oréal) ou une jeune entreprise innovante, qui développe des Apps pour l’iPhone (un peu incongru au pays du BlackBerry !). « Miovison, une jeune entreprise dans le comptage automatique du trafic urbain, est aussi l’un de nos succès. Elle a quitté le centre, ce qui est bon signe », assure Tim Ellis, le directeur de l’Accelerator Center.

UNE SELECTION SEVERE DES ENTREPRISES


Arrivé voilà trois mois, celui-ci met un point d’honneur à sélectionner les candidats éligibles à son incubateur. « Il nous faut des entreprises innovantes avec, surtout, un projet commercial crédible même si c’est très en amont. » Une vingtaine d’entreprises sont sur la liste d’attente. Une partie d’entre elles iront peut-être dans un centre dénommé The Hub. Installé dans une ancienne tannerie, il ouvrira mi-juillet dans la ville de Kitchener et a nécessité 100 millions de dollars d’investissement, dont 26 millions de fonds provinciaux. Celui-ci sera aussi l’un des neufs points de référence nationaux du Canada Digital Media Network et un espace de démonstration pour les équipements de Christie Digital, l’une des entreprises de la région, en pointe dans ce domaine de l’image (ses projecteurs haute définition ont servi lors de la cérémonie d’ouverture des J.O. de Pékin).

Un projet de plus dans un « triangle » en pleine mutation qui a peu de temps de s’interroger sur son futur. « Nous avons atteint une taille critique, il faut maintenant que nous soyons en mesure d’attirer plus de talents venant de l’extérieur », expose un patron. Pour ressembler à une Silicon Valley miniature, il y a clairement l’un des ingrédients qui fait défaut : le financement.  « Les capitaux-risqueurs n’ont pas encore vraiment cette région dans leur scope car son développement est assez récent. Du coup, c’est parfois difficile de lever des fonds », reprend-il. La bonne nouvelle, c’est qu’autour de Waterloo, les gens riches ont plutôt tendance à se multiplier...


A Waterloo (Canada), Pierre-Olivier Rouaud

« Waterloo est la troisième source de recrutement pour Google »
Steven Woods, directeur de Google à Waterloo

« Avant d'arriver ici, j'ai créé plusieurs start-up et passé dix ans dans la Silicon Valley, où j'ai travaillé notamment pour Aol. Voilà deux ans j'ai accepté une proposition de Google pour m'occuper de cette filiale à Waterloo qui s'est développée à partir de l'acquisition en 2007 d'une petite société qui avait développé un moteur de recherche pour mobile. Google a trois filiales au Canada dont les plus grosses sont Montréal et Toronto. Cette localisation est importante car l'université de Waterloo est la troisième au monde en matière de recrutement chez Google, derrière le MIT et Carnagie Melon. Ici nous ne travaillons par pour le marché canadien, mais de façon globale avec plusieurs types de développement notamment les applications pour les écrans tactile sous Chrome OS ou un programme sur l'évaluation de l'efficacité des clics sur les publicité. Une partie de nos projets sont issus des 20% de temps libre laissé à chacun pour imaginer de nouveaux idées. Et ça marche car nous allons nous agrandir! D'ici quelques mois nous allons faire construire un bâtiment près d'ici qui pourrait accueillir 150 personnes, près de deux fois plus qu'aujourd'hui. »

Le milliardaire qui aime les sciences dures

Dans le développement de la région de Waterloo, la marque de Rim est omniprésente, du financement de l'incubateur au soutien à l'association des industriels locaux. On trouve aussi cette trace dans des champs moins habituels. C'est le cas pour le Perimeter institute (PI). Celui ci a été crée sur une idée de Mike Lazaridis qui a mis de sa propre poche (et non de Rim) plus de 150 millions de dollars. Son objectif est simple : faire une découverte majeure... dans la physique fondamentale. Mené par Neil Turok, physicien de renom, il s'emploie à accueillir les chercheurs, souvent jeunes les plus prometteurs. Ici il n'y a pas d'obligation d'enseigner ou de publier, on créé simplement ici les conditions pour l'échange des idées. Planté près d'un exposition de vieilles locomotives, le bâtiment noir et parallélépipédique recèle sur quatre étages un ensemble de bureau design et de salons cosy agrémenté, entre deux machines à expresso haut de gamme, de tableaux noirs griffonnés d'équations incompréhensibles. Son extension est déjà en cours sous la parrainage du grand scientifique Stephen Hawkins qui a donné son nom au futur bâtiment. Cette fin de semaine, on pouvait même apercevoir celui ci dans une des salles de détente du PI en train de regarder un match de la coupe du monde. De passage à Waterloo, Stephen Hawkins devait donner cette semaine à l'Université une « leçon » retransmise sur la chaîne du câble local, un événement attendu avec impatience même par les chauffeurs de taxi !

Décidément reconnaissant pour la région Mike Lazaridis et sa femme ont aussi mis 200 millions de dollars dans une unité de recherche de l'Université vouée cette fois... à la physique quantique (IQC) et vont peut être remettre au pot pour le centre sur les nanotechnologies que construit encore l'université. Quant à Jim Balsillie un des autres dirigeants de RIM, (mis un temps en cause dans une affaire de stocks options douteuses) il a donné plus de 40 millions de dollars pour la création toujours à Waterloo du Centre for International Governance Innovation, un think tank spécialisé dans l'évaluation des politiques publiques. Plus classique.

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