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L'Usine de l'Energie

Voyage au coeur d’un réacteur nucléaire

Ludovic Dupin , , ,

Publié le

Arrêté à l’occasion de sa troisième visite décennale, le bâtiment réacteur de la deuxième unité est accessible. L’occasion de mesurer le gigantisme de ces monstres industriels et les exigences de leur maintenance.

Voyage au coeur d’un réacteur nucléaire

Posée sur une presqu’île au cœur de la vallée de la Loire, la centrale nucléaire de Saint-Laurent-des-Eaux (Loir-et-Cher) est immanquable. Ce mercredi 24 avril, une des deux immenses cheminées aéroréfrigérantes crache son panache de vapeur d’eau. L’autre, vierge de toute fumée, témoigne de la mise à l’arrêt de l’unité de production n°2. Et pour cause, depuis le 23 février 2013, cette dernière a entamé sa troisième visite décennale. Une lourde inspection, menée avec l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) pendant trois mois au minimum, destinée à obtenir le droit de fonctionner 10 ans de plus. C’est une occasion rare de pouvoir pénétrer jusqu’au cœur du bâtiment réacteur, inaccessible en fonctionnement normal.

Une fois entré sur le périmètre du site d’EDF, un long marathon de contrôles commence. Après avoir fait preuve de mon identité, EDF me remet une carte d’accès et un code personnel. La combinaison code-carte est indispensable pour passer toutes les barrières à venir. Mais avant d’aller plus loin, c’est une agence de sécurité qui entre en jeu : détecteur de métaux, scanner pour les sacs, fouille corporelle en cas de sonnerie. Puis, c’est le passage par le premier des nombreux détecteurs de radiation qui ponctueront la journée. Il s’agit tout d’abord de s’assurer que le visiteur entre bien denué de toute contamination initiale. Je franchis tant bien que mal la porte de cette première enceinte barbelée.

A peine quelques dizaines de mètres plus loin, un garde me hèle. L’accompagnatrice EDF lui dit que tout va bien… que je suis avec elle. Rien à faire. Vérification de tous mes papiers, de mon autorisation de photographie… Il hésite, me scrute, hoche la tête et me laisse continuer. Nouveaux barbelés, nouvelle porte codée… Enfin, je suis dans l’aire des deux réacteurs de 900 MW de la centrale, dont la construction a été finalisée en 1981.

En caleçon devant le réacteur

Direction le bâtiment réacteur n°2, là où, en fonctionnement, l’uranium enrichi produit sa réaction de fission, libère sa chaleur et ses radiations… Sans surprise, le trio gagnant surgit de nouveau : porte, badge, code. Direction les vestiaires. Petit conseil : laissez toute pudeur à l’entrée car il n’est pas questions d’aller plus loin avec ses vêtements civils. Il faut abandonner ses affaires dans un casier. Et, avouons-le, on ne se sent pas grand-chose à l’entrée d’un bâtiment nucléaire, simplement vêtu d’un caleçon et de mules en papier !

C’est dans cette “tenue” qu’il faut marcher un peu pour rejoindre la zone d’habillement. Je récupère un dosimètre, posé au milieu de dizaines sur un rack. Plus loin, je m’équipe : chaussettes, T-shirt, gants, charlotte, casque, surlunettes et chaussures de sécurité. Dernière présentation de badge et je peux enfin pénétrer réellement dans le réacteur. Pour en arriver là, il a fallu compter environ une demi-heure. Cette durée est à mettre en regard des 700 salariés qui peuplent le site en période d’activité normale et des 2 300 intervenants externes lors des pics d’activité de la visite décennale. Bien sûr, tout le monde ne va pas jusque dans le réacteur, mais tous doivent au moins passer par une partie de ces étapes.

Après avoir grimpé une bonne dizaine de mètres d’escaliers, j’atteins le sas censé sanctuariser le cœur du réacteur. Les deux lourdes portes blindées sont aujourd’hui ouvertes et permettent de franchir l’épais mur de béton du bâtiment réacteur (90 centimètres). A l’intérieur, lles 30 °C tombent lourdement sur les épaules. "Entre la température, la peur et l’absence de toute ouverture sur l’extérieur, certaines personnes ne réussissent pas à rentrer. Il y a souvent des évanouissements", témoigne un responsable du site.

Le dosimètre s’éveille

Il faut avouer que l’antre de la bête est impressionnant. A commencer par ses dimensions : 60 mètres de haut pour 37 mètres de diamètre. Parfaitement ordonnée en période de fonctionnement, la salle de la cuve est ici un imbroglio de trappes, de câbles, de pièces mobiles, de lourds outils de manutention, de cadrans de mesures… Les trois grands générateurs de vapeur rutilent autour de la salle gigantesque, au centre de laquelle trône la cuve, lourde pièce de fonderie de 330 tonnes pour 13 mètres de haut et 4 mètres de diamètre. Cette dernière, vide de tout combustible, est ouverte. Elle vient d’être inspectée par un robot capable de réaliser des examens gammagraphique (type de radiographie), écographique, et visuel.

Je monte sur une passerelle à quelques mètres au-dessus du couvercle de la cuve pour mieux observer les multiples outils de mesures et de contrôle. Jusqu’alors, mon dosimètre affichait paresseusement une dose reçue de 0,000 millisievert (mS). Soudain, il passe à 0,001, puis quelques minutes plus tard, il grimpe à 0,003. Oh ! Intellectuellement, je sais que ce n’est rien… A peine 3 millièmes de la dose autorisée pour un non-travailleur du nucléaire. Mais cela n’en reste pas moins un brutal rappel du fait que je ne suis pas dans un lieu anodin.

De toute manière, pas question de rester, les opérateurs s’apprêtent à refermer le couvercle pour opérer l’un des principaux tests de la visite décennale : la mise sous pression du circuit primaire (circuit d’eau au contact de l’uranium). Sa pression normale de fonctionnement est de 155 bars. Là, il va être mis sous 207 bars pendants deux à trois heures afin de vérifier l’intégrité et l’étanchéité du système. Plus tard, l’autre grand test sera la mise sous pression du bâtiment réacteur lui-même. Des compresseurs vont soumettre les 51 000 m3 de la pièce à 5 bars (5 fois la pression atmosphérique). Le but est de s’assurer que la paroi de béton tient son rôle de confinement. Au total, 13 000 examens et 5 000 opérations de maintenance seront réalisés sur l’unité de production… sans compter d’éventuels imprévus.

Turbine géante en petits morceaux

Ressortir du bâtiment réacteur prendra une dizaine de minutes. Il faudra compter trois nouveaux tests de contamination : deux en tenues, un en sous-vêtement. Avant de quitter le site, passage par la salle des machines où l’eau chauffée par le réacteur permet de faire tourner une turbine et un alternateur. Nouveau choc… L’énorme turbine Alstom, d’une dizaine de mètres de long, de plusieurs centaines de tonnes, capable de tourner à 1 500 tours par minutes et de déployer plus de 900 MW de puissance, a été sortie de son carter. Elle a été entièrement démontée et ses différents éléments sont répartis dans l’immense bâtiment. Des personnels d’EDF et d’Alstom fourmillent autour des grosses pièces métalliques. Ils les observent de près, les mesurent, les graissent, les bichonnent… Voir cette énorme machine en morceaux au sol défie presque l’imagination. On comprend mieux où passent les 30 à 50 millions d’euros dépensés par EDF lors de ces visites décennales, hors alimentation en uranium.

Impressionné par le gigantisme des opérations, il est temps de sortir du site. Dernier passage par un appareil de mesure de contamination, récupération des papiers d’identité… En sortant, on aperçoit au loin les deux anciens massifs réacteurs graphite gaz, aujourd’hui partiellement démantelés. Ces unités sont à l’origine de l’accident nucléaire le plus grave en France (niveau 4 sur l’échelle Ines) alors qu'une partie du cœur était entrée en fusion.

En haut d’une des tours, deux faucons pèlerins veillent sur trois œufs. Ils se sont installés en 2010 et sont le premier couple observé dans le département depuis 1955. Afin qu’ornithologues et salariés de la centrale puissent suivre les aventures des rapaces, EDF a installé une caméra à proximité du nid… Anecdotique ? Sans doute… Pourtant, cette information a juste ce qu’il faut de concret, de mesurable, pour reprendre pied en sortant de cette cathédrale de l’atome.

Ludovic Dupin

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1 commentaire

Nom profil

30/04/2013 - 12h56 -

Article intéressant ,une seule erreur mais de taille:la cuve n'est pas une pièce de fonderie (heureusement) mais constituée de pièces forgées de trés haute qualité

JPM
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