Votre stress n’est pas celui du voisin

Patrick Collignon et Jean-Louis Prata viennent de publier "Votre profil face au stress" aux éditions Eyrolles. Ancien DRH dans une entreprise d’ingénierie, Jean-Louis Prata est aujourd’hui consultant et dirige la R&D de l’Institute of Neuro Cognitivism. Il a répondu à nos questions sur les causes du stress et sur les moyens, individuels et collectifs, de s’en débarrasser.

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 Votre stress n’est pas celui du voisin

L'Usine Nouvelle - On parle beaucoup de stress, certains disent qu’il est le mal du siècle. De quoi s’agit-il précisément ?

Jean-Louis Prata - Le stress correspond à un état physiologique nécessaire pour survivre face à un danger. Il revêt trois formes principales. D’abord : la fuite, l’inquiétude, l’anxiété. Ensuite : la colère, l’énervement, la susceptibilité, voire l’agressivité. Enfin l’inhibition, le découragement, la déprime.

Ce sont trois manifestations d’un même mécanisme qui a pour but d’échapper à un danger. Ces trois formes peuvent cohabiter chez une même personne, qui pourra aussi passer de l’un à l’autre : on passe de l’angoisse à la colère, puis au découragement.

Autrement dit, le stress est vieux comme l’Homme. Il n’est pas lié à la vie moderne ?

Oui. Ce sont des instincts. Ce n’est pas en soi une pathologie négative. Au contraire, dans les sociétés premières, pour le chasseur, être stressé c’est se préserver. Des siècles plus tard, ces mécanismes existent toujours.

Alors, à partir de quand faut-il s’inquiéter du stress ?

Dès qu’il se déclenche alors que la survie n’est pas en jeu, soit dans la quasi-totalité des cas, serais-je tenté de répondre. Pour préciser, un petit coup de stress de 5 minutes ce n’est pas grave. En revanche, c’est quand il s’installe sur de longues périodes que cela devient inquiétant. Ou bien quand les épisodes de stress durent plusieurs minutes. Au bout d’un certain temps, les individus ne se rendent plus compte qu’ils sont stressés, cela devient normal de leur point de vue.

Le stress, au-delà de l’inconfort qu’il représente, a-t-il des effets dangereux ?

Trop de stress n’est pas bon pour la santé. C’est un état de surchauffe de l’organisme. On peut avec sa voiture faire une pointe de vitesse, mais on ne peut pas rouler en permanence à plein régime, car cela finit par abimer le moteur. C’est pareil avec les manifestations du stress qui finissent par accélérer le cœur, provoquer une mauvaise circulation sanguine, baisser nos réactions de défense face aux pathologies.

Y’a-t-il des situations en soi stressante ? Ou une situation est-elle stressante pour une personne et pas pour une autre ?

Pour qu’il y ait stress, il faut deux choses : un événement extérieur qui déstabilise l’individu et une façon de réagir propre à l’individu que dans le livre nous avons appelé stressabilité. Dans la vie privée ou au bureau, tout le monde n’est pas stressé pour la même raison. Si, par exemple, on demande à quelqu’un de partir le lendemain matin en mission étranger, certains individus vont s’en réjouir, d’autres vont éprouver un stress épouvantable. Tout dépend de la personnalité des uns et des autres. Le stress naît autant de notre réaction à un événement que de l’événement lui-même.

Est-ce à dire que tout le débat sur le mal-être au travail est mal posé ? Si je vous comprends : l’entreprise n’y est pour rien, ce sont les individus qui réagissent mal ?

Je suis beaucoup plus nuancé que ça. Dans une entreprise, dans un service, si une situation est désagréable pour un grand nombre de personnes, voire pour une majorité, il est probable que l’entreprise doive prendre des mesures pour revoir les conditions de travail. Toutefois, elle ne maîtrise pas toujours tout. Certains commerciaux sont soumis à un fort stress parce qu’ils ont au téléphone des interlocuteurs agressifs, voire grossiers. Que peut faire l’entreprise ? Changer de clients ?

Justement, certaines entreprises forment leurs salariés à bien réagir face aux incivilités. Cela vous semble une bonne voie ?

Oui. Les entreprises peuvent former les personnes pour qu’elles s’adaptent à ce stress, pour qu’elles sachent comment réagir.

Dans votre livre, le dernier chapitre s’intitule "pour déstresser, donnez-vous les moyens de vos ambitions". Cela demande-t-il un tel effort ?

Avant tout, je voudrais insister sur le fait qu’une personne peut changer. Ne plus être stressé c’est mettre en œuvre des réactions que tout le monde possède, mais que certains ne savent pas mobiliser ou utilisent à mauvais escient.
Ceci dit, déstresser est un vrai travail, une hygiène de vie. C’est comme faire du sport. Notre expérience montre qu’en deux jours, une personne obtient de bons résultats.

Sur quels fondements s’appuie votre méthode ?

Nous utilisons les résultats des travaux des neurosciences. Elles ont montré que le stress survient lorsque face à une situation inconnue, la personne réagit avec ses automatismes, ses habitudes, ses routines. Le stress indique qu’il faudrait plutôt adopter un mode adaptatif. Cela ne s’apprend pas vraiment, mais l’on peut entraîner une personne à le faire, développer sa capacité à débrayer en quelque sorte de la fonction automatique.

A part envoyer des salariés en stage chez vous ou un de vos concurrents, les entreprises ne peuvent rien faire ?

Elles peuvent, par exemple, développer une culture d’entreprise qui réduise le stress. Ces dernières années, elles ont plutôt travaillé pour tout maîtriser, tout "processer", pour se rassurer face à l’incertitude des marchés. Pour revenir à ce que je disais juste avant, cela se traduit par une moindre mobilisation des capacités d’adaptation des salariés.

Réduire le stress, c’est créer une culture d’entreprise où le salarié recourt à la fois aux automatismes quand c’est nécessaire, mais qui lui laisse aussi des marges de manœuvre, où il pourra recourir à ces qualités d’adaptation, d’innovation.

Propos recueillis par Christophe Bys

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