Volkswagen-Porsche : la guerre des clans

En marge de l'affaire des moteurs truqués, le procès Porsche pour sa tentative d’OPA ratée sur Volkswagen se tient actuellement à Stuttgart. Il met en lumière les querelles familiales des actionnaires principaux, qui risquent de refaire surface.

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Martin Winterkorn et Ferdinand Piech Crédits : Delrieu Sophie D.R.

En pleine crise des moteurs truqués, une autre affaire secoue actuellement le camp Porsche-Piëch, actionnaires des géants automobiles allemands Volkswagen et Porsche. Depuis la fin octobre se tient en effet le procès de Porsche pour manipulation des cours de Bourse lors sa tentative ratée de rachat de Volkswagen en 2008. Sur le banc des accusés comparaissent Wendelin Wiedeking et Holger Härter, l’ex-patron et l’ancien directeur financier du fabricant de la célèbre Porsche 911. Le procès devrait durer plusieurs mois.

"Informations trompeuses"

Le parquet de Stuttgart tente de vérifier si Wiedeking et Härter ont volontairement fourni des "informations incorrectes ou trompeuses" sur leurs intentions, un délit passible d'une peine allant jusqu'à cinq années d'emprisonnement selon la loi allemande.

Précisément, ils sont accusés d’avoir démenti dans des communiqués et des articles de journaux parus entre mars et octobre 2008 leur intention de prendre le contrôle de Volkswagen, alors qu’ils préparaient effectivement une OPA sur l’entreprise (Au final, c'est Volkswagen qui a pris le contrôle de Porsche courant 2012). Pour l’heure, plusieurs témoins ont tenté d’innocenter les deux hommes, mais toutes les parties n’ont pas encore été entendues. "Je n’ai prévu de convoquer ni Ferdinand Piëch, ni Wolfgang Porsche, car je ne veux convoquer personne pour qu’il me dise qu’il ne dira rien", a tranché le juge Frank Maurer.

Deux clans

Piëch, Porsche, les patriarches, les cousins à la tête de deux clans familiaux en pleine lutte de pouvoir depuis maintenant un demi-siècle. Faite de réconciliations et de querelles, leur histoire familiale n’aurait rien d’exceptionnelle si elle ne se passait au sein de deux des plus grands groupes automobiles allemands.

Les deux hommes ont en effet le même grand-père, Ferdinand Porsche, le fondateur de Porsche en 1931 puis de Volkswagen en 1938. Ferdinand Piëch, ingénieur génial, amoureux des voitures de sport, est le deuxième fils de Louise Porsche, la fille aînée mariée à Anton Piëch. Héritant du caractère dur de sa mère, il s’est souvent opposé au clan Porsche dont Wolfgang, le plus jeune fils de Ferry Porsche, est aujourd’hui devenu le porte-parole. Plus prudents et réservés, les Porsche ne partagent pas sa stratégie qu’ils considèrent comme trop risquée et coûteuse, au point de le pousser à quitter Porsche en 1971. Restant actionnaire à 13 %, il passe alors chez Audi, puis VW où il fera toute sa carrière jusqu’à devenir son tout puissant président en 1993. A partir de là, deux camps se forment nettement : les Piëch, représentant les intérêts de VW, et les Porsche pour ceux de leur entreprise éponyme.

Lourdes pertes

Mais alors que le groupe de Wolfsburg se remet de la crise des années 1990, Porsche, en pleine expansion, décide de se rapprocher de VW en commençant un rachat d’actions. Pendant plusieurs années, l’entreprise dix fois plus petite que sa cible augmente de manière progressive sa participation au capital de VW en s’endettant de plusieurs milliards d’euros. Et soudainement, le 26 octobre 2008, Porsche crée la surprise en annonçant détenir 74,1% du capital et viser les 75% en 2009, se plaçant ainsi en position de contrôler entièrement le premier constructeur européen. L’information fait alors s'envoler le titre Volkswagen, jusqu’à plus de 1000 euros, entraînant de lourdes pertes chez les investisseurs, notamment des fonds qui spéculaient sur une baisse du cours.

Faillite

Et du côté du clan Piëch, cette fusion amicale transformée en OPA hostile menée par le nouveau PDG Wendelin Wiedeking provoque la crispation. Finalement, de chasseur, Porsche devint le gibier. Avec l’arrivée de la crise financière de 2008, le groupe exsangue doit se rendre à l’évidence : il ne sera pas en mesure de racheter son entreprise cousine.

Il doit même accepter un prêt relais de 700 millions d’euros de la part de VW qui l’absorbe et le sauve de la faillite. La holding Porsche SE, contrôlée par les familles Porsche et Piëch, reste alors actionnaire majoritaire de Volkswagen, avec 52,2 % et conserve de fait un pouvoir sur le directoire. A la lumière de ces rivalités, on comprend mieux certaines décisions, comme l’arrivée juste après la crise des moteurs de Matthias Müller, protégé de Ferdinand Piëch.

Elle était en effet pour ce dernier une revanche contre Martin Winterkorn, soutenu par le camp Porsche, qui avait tenté de l’évincer quelques mois plus tôt.

Gwénaëlle Deboutte, à Berlin

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