Electronique

Vivendi en quête de cohérence

Hassan Meddah , , ,

Publié le

Principal moteur du groupe, le pôle télécoms reste pourtant une addition d'activités très autonomes. Difficile de lire une ligne stratégique forte.

Quel retournement ! En 2005, Cegetel, le pôle des activités fixes de Vivendi, en panne sur le marché grand public, perdait encore de l'argent. Aujourd'hui, l'introduction en Bourse de Neuf Cegetel, filiale commune de Vivendi et du groupe Louis Dreyfus, valorise la société à 4,2 milliards d'euros. Avec les quelques 250 millions d'euros levés à cette occasion, l'opérateur va même financer la quasi-totalité du rachat des activités internet d'AOL France et de ses 500 000 abonnés aux services haut débit.

Il n'empêche. Une question taraude l'esprit de tous les observateurs. Où vont les télécommunications de Vivendi ? Par le passé, plusieurs administrateurs ont posé cette question. Mi-octobre encore, Claude Bébéar, le président du comité stratégique, ne rejetait pas l'idée d'un éclatement du groupe.

Si Jean-Bernard Levy, le président du directoire de Vivendi, a réussi à constituer le premier concurrent de France Télécom à la fois dans le fixe et le mobile, il doit encore lui donner une cohérence. Surtout que le secteur s'apprête à connaître de nouveaux bouleversements : arrivée du très haut débit sur la fibre optique, convergence entre réseaux fixes et mobiles, course effrénée aux contenus...

Or les activités télécoms de Vivendi - tout de même 10,5 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2005 - apparaissent bien, plutôt qu'un ensemble intégré, comme une addition de filiales autonomes. Entre la filiale à 56 %, SFR, sans conteste une poule aux oeufs d'or, Neuf Cegetel, détenu à 40,6 %, qui a des allures d'un mini France Télécom ou les actifs étrangers Maroc Telecom (51 %) et PTC en Pologne, la convergence ne passe guère.

« On est dans un modèle à 90 % d'autonomie totale et à 5 à 10 % de projets communs. Vivendi s'appuie sur une forte culture entrepreneuriale. Le groupe donne les moyens et l'autonomie managériale à ses filiales pour qu'elles se développent », analyse Ignacio Garcia Alves, le président du cabinet Arthur D. Little en France

Un pôle condamné à se réorganiser

Le pôle télécoms de Vivendi est donc condamné à se réorganiser. Surtout face à des concurrents, soit fortement spécialisés comme Free dans les connexions internet haut débit pour le grand public, soit intégrés comme France Télécom et capables de distribuer un même contenu sur chacun de ses réseaux (fixes, mobiles, internet).

Vivendi saura-t-il saisir les opportunités de la convergence entre les réseaux fixes et mobiles ? A travers ses filiales, il n'a pu reproduire une offre concurrente aussi aboutie techniquement que celle du téléphone unique (GSM à l'extérieur, fixe à la maison) de France Télécom. Ses filiales, autonomes sur le plan opérationnel, finissent par se concurrencer ! SFR vient de s'emparer des activités de téléphonie fixe de Tele2 France (filiale du suédois Tele2) pour se lancer dans l'ADSL, alors que Neuf Cegetel continue de mener la consolidation du marché français dans le fixe. Pour mettre de l'ordre dans sa stratégie fixe, Vivendi - même s'il s'en défend pour l'instant - pourrait être tenté de prendre le contrôle total de Neuf Cegetel. Mais ce serait au prix d'une OPA sur la totalité de l'entreprise, une opération à 2,5 milliards d'euros!

Aujourd'hui, le groupe obéit plutôt à une stratégie d'opportunités. L'été dernier, il surenchérissait - sans succès - jusqu'à 1,2 milliard d'euros pour acquérir 35 % de Tunisie Telecom. En juillet, il tentait de racheter les Pages Jaunes à France Télécom, pour construire le « Yahoo Français », puis renonçait. Finalement, le groupe jetait son dévolu sur BMG Publishing pour 1,6 milliard d'euros!

Des arbitrages vont s'imposer

Le caractère prioritaire des télécoms reste à démontrer face à une activité de poids dans les médias (Canal+, Universal Music, Vivendi Games...).

Des arbitrages vont s'imposer. L'argent sera à nouveau nécessaire pour investir dans la technologie fibre optique pour réseaux fixes. D'autant plus que Neuf Cegetel s'est fait prendre de vitesse par son rival direct Free, qui vient d'annoncer la création d'un réseau optique jusque l'abonné. Un enjeu à 1 milliard d'euros.

Les synergies entre télécoms et média se font attendre. Sur le papier, Vivendi semble avoir toutes les cartes en main. A la tête d'activités de musique, de vidéo et de jeux, il dispose de tous les contenus dont rêvent les opérateurs mobiles et ADSL pour remplir leurs tuyaux. La vieille convergence à la Messier ! La réalité est plus complexe. « Les acteurs des médias cherchent à maximiser leur audience. La recherche d'exclusivité pour les chaînes TV n'a donc pas de sens. D'ailleurs, on retrouve le bouquet Canal+ aussi bien sur Free que sur France Télécom », indique Vincent Poulbère, du cabinet Ovum.

Vivendi a adopté la stratégie des petits pas dans les télécoms. A l'image de sa montée progressive dans le capital Neuf Cegetel (28,2 % en 2005, puis 34,9 % en mai 2006, et 40,6 % en septembre). Sans pousser artificiellement les synergies contenu-contenant qui émergent à peine. La page Messier est définitivement tournée. Mais cela suffira-t-il à ancrer les télécoms dans le groupe ?

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