Visite officielle de Mohammed VI aux Etats-Unis avec qui le Maroc accuse un lourd déficit commercial

Le roi du Maroc est pour trois jours aux États-Unis où il doit rencontrer Barack Obama vendredi. Outre les sujets stratégiques, cette visite revêt aussi un caractère économique important. Les deux pays ont conclu un accord de libre-échange en 2006, mais les exportations américaines au Maroc progressent plus vite que celles du royaume vers les États-Unis. Petit panorama des relations d'affaires entre les deux pays. [Actualisé le 22 novembre avec signature d'un accord sur la facilitation des échanges]

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Visite officielle de Mohammed VI aux Etats-Unis avec qui le Maroc accuse un lourd déficit commercial
Barack Obama doit rencontrer le roi du Maroc, le 22 novembre

Le roi du Maroc Mohammed VI est arrivé mercredi 20 novembre à Washington aux États-Unis pour une visite de trois jours.

Cette visite officielle a une dimension politique très marquée. Dans le monde arabe, les dossiers de la Syrie ou de l'Iran occupent le devant de la scène. Mais, il s’agit aussi notamment pour Mohammed VI de s’assurer de l’appui, ou au moins de la neutralité de Barack Obama sur le dossier du Sahara occidental administré par le Maroc, revendiqué par les indépendantistes du Polisario soutenus par l'Algérie. Le statut de cette région au regard des Nations-Unis demeure pendant et depuis des années dans l’attente d’une solution politique définitive alors que le royaume qui propose un statut d'autonomie vient de décider d'y investir massivement.

Le Maroc reste sans discussion au plan stratégique un point d’appui très fort des États-Unis en Afrique du nord et dans la très troublée zone sahélienne. Mais, il y a eu récemment un certain différent entre Rabat et Washington à propos notamment du mandat de la force des Nations-Unies (Mission des Nations unies pour l'organisation d'un référendum au Sahara occidental ou Minurso) qui doit être prolongé en avril 2014 au sujet de l’inclusion ou non de la surveillance des droits de l’homme dans sa mission.

John Kerry, le secrétaire d'État américain et le secrétaire à la défense Chuck Hagel ont rencontré mercredi le roi. Celui-ci doit surtout avoir un entretien avec Barack Obama ce vendredi.

ACCORD DE LIBRE ÉCHANGE

Mais à côté de la géopolitique, ce voyage royal a aussi une forte tonalité économique. Outre le ministre des Affaires étrangères Salahedine Mezouar, la délégation marocaine comprend notamment le ministre de l'Économie et des finances, Mohamed Boussaid, celui de l'Industrie, du Commerce, de l'Investissement et de l'Économie numérique, Moulay Hafid Elalamy, Miriem Bensalah-Chaqroun, présidente de la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM) et d’autres représentants du patronat marocain dont Mohamed Kettani PDG d’Attijariwafa bank ou Mostafa Terrab le patron de l’Office chérifien des phosphates (OCP) pour qui les États-Unis sont un marché important.

Si la France et l'Espagne demeurent les deux principaux partenaires du royaume, les relations commerciales entre les États-Unis et le Maroc ont connu un très fort développement ces dernières années. Cela fait suite notamment à l'accord de libre-échange entre les deux pays conclu en 2004 sous la présidence de George W. Bush. Celui-ci est en vigueur depuis début 2006 et couvre 95% des échanges.

En 2006, le commerce total entre les deux pays s’élevaient à 1,3 milliard de dollars au total avec un déficit de 316 millions de dollars au détriment du Maroc, soit un taux de couverture de 62% pour le royaume.

Six ans plus tard en 2012, ces échanges ont été multipliés par 2,28 pour atteindre 3,1 milliards de dollars mais se soldaient par un déficit de 1,2 milliard de dollars au détriment du Maroc, soit un taux de couverture chutant à 42%. Un déséquilibre qui est un motif d'inquiétude pour les autorités marocaines sur fond de déficit commercial chronique et de débat actuel sur une certaine désindustrialisaiton du pays.

Les échanges commerciaux Etats-Unis - Maroc depuis 2006

Exportations américaines vers le Maroc

Importations américaines venant du Maroc

Solde commercial pour les États-Unis

2013 (neuf mois)

1 863,7

733,5

+ 1 130,2

2012

2 175,2

932,1

+ 1 243,1

2011

2 822,3

995,7

+ 1 826,7

2010

1 947,6

685,5

+ 1 262,1

2009

1 630,3

468,0

+ 1 162,3

2008

1 435 ,9

878,7

+ 557,1

2007

1 294,2

609,9

+ 684,2

2006

837,9

521,4

+ 316,6

En millions de dollars. Source : US Census bureau

Dans le détail, en 2012, à elles seules, les exportations américaines vers le Maroc de produits énergétiques (pétrole, charbon et gaz) ont représenté 700 millions de dollars. À cela s’ajoutent l’alimentation animale (202 millions), les produits oléagineux (162 millions) ou encore le secteur aéronautique (151 millions). L'ensemble représente environ 5% des importations du Royaume.

Côté marocain, les 962 millions de dollars d’exportations en 2012 comprenaient surtout les produits minéraux (incluant les engrais), pour 438 millions de dollars, les produits électroniques (90 millions) et la confection (57 millions).

Par ailleurs, en matière d'investissements directs, selon des chiffres dévoilés par les autorités américaines le 21 novembre, le stock d'IDE américains au Maroc s'élevait à fin 2012 à 613 millions de dollars contre 329 millions en 2010 (par comparaison le stock français dépasse 11 milliards de dollars). Soit un quasi doublement en deux ans.

Accord sur la facilitation des échanges. Le représentant américain au Commerce Michael Froman et le ministre marocain de l'Economie, Mohamed Boussaid ont signé jeudi 21 novembre à l’occasion de la visite de Mohammed VI aux Etats-Unis un accord de facilitation du commerce sur la modernisation des pratiques douanières. Celui-ci qui s'appuie sur l'Accord de libre-échange États-Unis-Maroc comprend des dispositions sur l’échange de données par Internet, le transit, et la transparence. Le Maroc est le premier pays de la région MENA à conclure un accord de facilitation des échanges et a approuver les principes communs sur l'investissement et le commerce des services de technologie de communication avec les États-Unis. Selon l’ambassadeur Froman, «cet accord fera faire des affaires à la fois plus facile et plus transparent pour les entreprises américaines et marocaines." Le communiqué du représentant au commerce indique par ailleurs  que : « ces importantes initiatives témoignent de notre engagement commun à renforcer les liens économiques entre le Maroc et les Etats-Unis.

De fait, dans l'industrie ou le numérique plusieurs grandes entreprises américaines établies au Maroc ont renforcé leur présence.. Dans le domaine automobile, Lear exploite par exemple 4 usines dans le royaume dont une qu’il vient d’ouvrir à Kénitra.

Delphi est présent avec deux sites dont un ouvert à Tanger en 2009. Le groupe a fait part en milieu d’année aux autorités marocaines de son intention de continuer à investir dans le pays.

Dans le domaine aéronautique UTC et sa filiale Ratier Figeac sont présents à Casablanca tout comme Matis, une JV dans le cablage aéronautique entre Boeing et Labinal (Safran).

À cela s'ajoute la présence de longue date de géants de la consommation comme Coca-Cola ou Colgate Palmolive.

IBM pour sa part vient d’annoncer la création à Casablanca d’un centre de ressources qui sera l'un de ses plus importants en Afrique.

Le fabriquant d'ordinateurs Dell pour sa part a installé en 2008 un centre support de plus de 1 000 personnes sur la zone Casanearshore à Casablanca. Toujours dans cette même ville, à l'occcasion du salon du Bourget en juin le conglomérat industriel Eaton a indiqué son intention d'étendre ses activités sur la zone franche aéronautique Midparc.

vente d'avions de chasse F-16

La Chambre de commerce américaine au Maroc compte 285 membres dont 40% d’entreprises américaines. À l’occasion d’une manifestation organisée par l'"Am Cham Morocco" à Tanger, il y a quelques jours, celle-ci avait indiqué que les investissements américains sur cette région totalisaient à ce jour, 250 millions de dollars et avaient créé 20 000 emplois au total.

Dans le domaine de la prospection pétrolière, qui agite beaucoup les milieux économiques en ce moment au Maroc, le californien Chevron s'est lui engagé dans l'exploration de blocs offshore au large d'Agadir en début d'année.

À noter, que parfois, les questions économiques et stratégiques se rejoignent. En 2007, le Maroc pour moderniser son armée de l’air avait choisi les F-16 du constructeur américain Lockheed Martin les préférant au Rafale de Dassault pourtant favori.

En 2012, le Maroc a demandé des autorisations pour importer 1,12 milliard de dollars de matériel militaire américain, selon l'ONG washingtonienne Arms control association. En vue, notamment, depuis 2009 : l'achat pour un montant total de 134 millions de dollars.de trois mega hélicoptères Chinook fabriqués par Boeing.

Enfin, dans un registre plus pacifique, le Maroc bénéficie régulièrement des soutiens de l'aide américaine au développement (USAid) ou aussi du Millenium Challenge, un programme visant le développement social doté en 2007 de 697,5 millions de dollars.

Pierre-Olivier Rouaud

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