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Vers une nouvelle politique chinoise de soutien à la filière coton

Franck Stassi , , ,

Publié le

La mesure de subventionnement des producteurs de coton dans la région du Xinjiang rompt avec les politiques jusqu'alors en vigueur en Chine, dont les limites semblent atteintes.

Vers une nouvelle politique chinoise de soutien à la filière coton © Flickr/cc Mike Beauregard

Entre 2010 et 2014, la Chine a représenté 40% des importations mondiales de coton. Cette hégémonie sur ce marché pourrait être amenée à reculer, affirme le département américain de l’Agriculture (USDA) dans une étude consacrée à la politique chinoise envers cette fibre. "Les responsables chinois ont signalé leur intention de modifier leur politique de soutien au coton afin de réduire le lien entre le revenu et le soutien des prix", indiquent les analystes Stephen MacDonald, Fred Gale et James Hansen, soulignant que les actions menées ces dernières années en la matière ont atteint leurs limites.

 

Premier importateur mondial de coton depuis 2003, la Chine a mis en œuvre une politique axée sur le stockage massif de la fibre et des interventions sur le marché. En 2011, les autorités ont formalisé leur politique de soutien à l’industrie cotonnière en appliquant un mélange de droits de douane à l'importation, de quotas d'importation, et d’achats publics afin de maintenir les prix bord-champ au-dessus des prix pratiqués à l’échelle mondiale. La prime accordée par les autorités par rapport aux prix mondiaux est passée de 36% avant 2011 à 63% entre 2011 et 2013, faisant perdre en compétitivité l’industrie textile chinoise.

"Les prix élevés ont encouragé l’augmentation des coûts de production. Les prix intérieurs chinois ont alors dépassé les prix du marché international, favorisé les importations et mené à des achats publics massifs", commente l’Institut de l’élevage à propos de cette politique, également conduite sur le blé, le soja et le maïs. Les autorités ont par ailleurs été confrontées au coût du stockage de matériaux ne parvenant pas à trouver preneur.

Face à cette situation, "les responsables chinois ont récemment exprimé leur intérêt à déplacer une grande partie de leur soutien aux céréales et à l'agriculture vers un système de subventions", précise l’USDA. La baisse de la consommation et la hausse des stocks semblent avoir eu raison de cette politique, tandis que les mêmes doutes sont de mise sur les céréales, à l’instar du maïs dont les excédents de production pourraient rester sur les bras des autorités durant plusieurs années. Courant 2014, la Chine a progressivement réduit le prix du coton issu de ses stocks, afin d’éviter de créer un déséquilibre majeur sur le marché. Les autorités maintiennent des réserves d'une grande variété de produits dont les céréales, l'huile végétale, le sucre, la viande de porc, le pétrole et une grande variété de métaux afin de gérer notamment la volatilité des prix.

Un des objectifs publics en matière d’agriculture est de "transformer le soutien des prix en soutien du revenu, ainsi que réduire l'intervention du gouvernement sur le marché, de façon à ce que les prix puissent refléter pleinement les variations de l'offre et de la demande", affirmait en juin 2014 le Beijing Zhongguo Jingji Baobao, un titre de la presse officielle, cité par l’USDA.

DES MESURES DÉJÀ EN ŒUVRE

Les prémices de ce changement de politique sont à l’œuvre dans la région du Xinjiang, au sein de laquelle le coton représente 50% de la production agricole. Cette région, l’une des plus sèches au monde, recourt massivement à l’irrigation, facteur important de coûts. La région a toujours fait l’objet de politiques spécifiques dans le domaine du coton, que ce soit lors de la libéralisation du marché en 1999, repoussée localement d’un an, ou pour favoriser l’achat de matières y étant produites. Depuis l’an dernier, les agriculteurs locaux sont soumis à des prix-cibles, en fonction desquels ils ne percevront aucune subvention si le prix du marché est égal ou supérieur, ou un paiement correspondant à la différence. Les subventions liées au coton récolté mécaniquement sont par ailleurs plus élevées afin de favoriser la modernisation des exploitations.

Pour l’USDA, l’évolution de la politique du coton est donc bien enclenchée en Chine, même s’il n’est pas prévu de résorber complètement l’écart entre les prix mondiaux et les prix intérieurs afin de soutenir la production locale. Par ailleurs, le déstockage partiel des marchandises ne sera pas exempt de conséquences financières : les ventes de la réserve nationale de coton de la Chine s’effectueraient à des prix de 30% à 50% inférieurs à ceux  payés pour l’achat du coton durant la période 2011-2013.

Franck Stassi

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