Vers un rapprochement entre Thales Alenia Space et Airbus dans les satellites ? 

Après le big bang industriel des lanceurs, le tour des satellites ? Le délégué général de l'armement, Laurent Collet-Billon, s'est dit favorable au rapprochement entre les deux principaux fabricants de satellites européens, Thales Alenia Space (TAS) et Airbus Defense & Space.

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Vers un rapprochement entre Thales Alenia Space et Airbus dans les satellites ? 

Dans le secteur spatial, c'est l'heure des grandes remises à plat. Après avoir refondu la filière des lanceurs en donnant plus de pouvoirs aux industriels, certains veulent désormais s'attaquer à la filière des satellites. Ainsi, à l'occasion d'un débat sur la stratégie spatiale européenne qui s'est tenu au Sénat le 1er juillet dernier, Laurent Collet-Billon, le délégué général à l'Armement (DGA), s'est prononcé en faveur d'un rapprochement entre les deux principaux fabricants de satellites européens fortement implantés en France.

Pour celui qui dispose d'un budget de plusieurs centaines de millions d'euros par an pour le développement de programmes militaires spatiaux et d'achat de satellites de télécommunications, d'observation et d'écoute pour le compte des armées, la concurrence entre ses deux fournisseurs Thales Alenia Space (filiale de Thales et de l'italien Finmeccanica) et Airbus Defence & Space (qui englobe l'ex-Astrium) peut s'avérer contre-productive.

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"Je pense que la lutte entre nos maîtres d’œuvre, avec deux filières Instrument par exemple pour l'observation optique, n'est pas nécessairement une excellente chose. Cela a probablement conduit à affaiblir le tissu industriel. Notamment les fournisseurs d'équipements et de composants qui sont aujourd'hui à mon sens à peine capables de produire avec la qualité requise ce qu'on leur demande, en raison d'un niveau d'activité beaucoup trop faible", a précisé Laurent Collet-Billon.

"Laminage de la base industrielle"

La critique vaut également pour le segment des satellites de télécommunications, soumis à une forte concurrence internationale. Selon le délégué général à l'Armement, on a assisté ces dernières années à "un laminage de la base industrielle d'Airbus Groupe et de ThalesAlenia Space (qui) a diminué d'à peu près de moitié".

La récente actualité ne lui donne pas tort. Arguant d'un manque de compétitivité vis-à-vis de leurs concurrents, les deux fabricants ont annoncé séparément en début d'année des réductions d'effectifs sur leurs principaux sites d'assemblage, à Cannes et Toulouse pour Thales Alenia, et à Toulouse pour Airbus Defense & Space.

Les deux acteurs européens souffrent de la concurrence notamment vis-à-vis des acteurs américains comme Boeing qui ont été plus rapides à mettre en oeuvre certaines innovations comme la propulsion électrique. Selon Laurent Collet-Billon, il faut "encourager toutes réflexions visant à rapprocher les deux filières principales de satellites qui existent en France".

"Casse sociale"

Or avec des gammes totalement redondantes - les deux acteurs sont présents sur les mêmes segments avec des satellites scientifiques, de télécommunication, d'observation, de météo - la casse sociale pourrait être des plus sévères. En effet, en cas de rapprochement, les emplois d'un bon nombre des 8000 ingénieurs et techniciens de haut niveau répartis entre les sites français des deux fabricants se retrouveraient menacés.

Mais selon le DGA, cela pourrait être le prix à payer pour conserver cette industrie en France: "Je sais qu'il y a une réponse assez simple qui consiste à dire 'c'est un bain de sang social à l'issue'. Il n’empêche qu'à l'arrivée ça peut être un bain de sang social à l'exportation, résultant d'un affadissement total à l'exportation. Il faut peser le pour et le contre". D'où sa préconisation de s'inspirer de ce qui a été réalisé dans le domaine des lanceurs et notamment l'initiative d'Airbus Groupe et de Safran de créer une société commune ouverte à d'autres partenaires.

Grandes manœuvres

Et si les raisons industrielles ne suffisaient pas à convaincre de la pertinence d'opérer un tel rapprochement, l'assèchement des financements institutionnels indispensables pour le développement d'un tel secteur technologique pourrait le rendre inéluctable."Je ne pense pas qu'on soit capable de maintenir deux filières strictement séparées. C'est complètement illusoire", estime Laurent Collet-Billon.

Si le délégué général à l’Armement se risque à de tel propos dans l’enceinte du Sénat, il y a fort à parier que les grandes manœuvres sont déjà enclenchées chez les industriels et au sein des ministères de la Défense et de la Recherche.

Hassan Meddah

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