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Vers un nouveau statut pour le design ?

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Analyse Le moment semble approcher où le design trouvera enfin une place centrale dans le renouvellement des offres de nos entreprises, contribuant ainsi au redressement de notre économie.

Vers un nouveau statut pour le design ? © D.R.

Rien n’est encore gagné : l’inquiétude des chefs d’entreprise gagne du terrain ; les marges, notamment des PME, sont au plus bas et n’autorisent pas certains investissements ; la situation des caisses de l’État et des Régions ne permet pas des actions nouvelles d’envergure en soutien des entreprises. C’est donc le moment d’innover !

Les mentalités commencent à évoluer à l’égard du design ; le temps est donc venu d’amplifier le mouvement. Pour cela, d’une part, il faut rendre le discours sur le design encore plus explicite pour tous et rendre le recours aux designers le plus naturel et adéquat possible ; et, d’autre part, il convient de trouver les moyens de contourner l’impécuniosité publique.

Faire appel à un designer ici, comme on fait appel à un architecte là

Pour bien faire passer un message une métaphore peut être utile, même si elle présente des limites. Le designer serait envisagé comme un "architecte des objets" (objets, au sens contemporain : produits, services, systèmes).

L’architecte propose, pour chacune de ses créations, un concept contextualisé, lui donne une forme, des fonctions ouvrant sur des usages, et un agencement intérieur. Il en établit les plans avec des ingénieurs, les coûts avec des économistes. Il supervise les travaux jusqu’à la réception de l’œuvre.

Cette vision à grands traits de la fonction de l’architecte est transposable à la fonction envisagée du designer. Avec notamment le changement focal dû à son application. Présenter le designer comme l’architecte des "objets" permet de faire passer l’idée que sa fonction ne se réduit pas à du style – bien qu’il n’y ait pas de design sans style –, et qu’il est au cœur du processus de création et de conception de l’objet, qu’il peut même en être le maître d’œuvre.

C’est typiquement le rôle d’un Jonathan Ive chez Apple, une entreprise qui a fait du design, dans son acception globale, c'est-à-dire comme un "art des systèmes" (expression que Kant utilisait pour l’architecture), le levier premier de l’innovation différenciante.

Rappelons ici les propos de Steve Jobs : "Le design est l’âme du produit qui s’exprime du cœur jusqu’à l’enveloppe extérieure, couche par couche". Ainsi se trouve exprimée la profondeur du champ d’intervention du designer, à l’instar de l’architecte. Cela fait écho aux propos de Piet Mondrian quand il disait : "En architecture, l’extérieur s’exprime selon la construction interne".

Par rapport aux pratiques encore dominantes, cela conduit à une vision différente de la place relative de l’ingénieur et du designer dans la conception des "objets".

Considérer le recours au design comme un "investissement d’avenir"

Le gouvernement, notamment par la voix de M. Montebourg (ministre du Redressement productif français, ndlr), a annoncé une politique nationale en faveur du design.  Les entreprises et les designers l’attendent.

Une première initiative envisagée serait de rendre éligible au crédit d’impôt les dépenses afférentes au design. La conception de prototype avait été incluse dans le crédit d’impôt innovation dédié aux PME ; cela avait été un pas en avant mais reste insuffisant. Les ministères de Bercy, dit-on, sont en discussion sur cette question.

Même si un progrès peut être constaté, une large diffusion du design correspondrait encore à un changement culturel. Or il ne peut y avoir de changement culturel sans moyens et sans inscription dans la durée.

La solution viendra probablement de l'"extra-budgétisation" des dépenses correspondantes. Pour cela, il conviendrait de les placer sur un des axes des investissements d’avenir portés par le Commissariat général à l’investissement. La voie d’intervention serait alors de se doter d’un fonds dont les intérêts permettraient de financer de façon récurrente les actions engagées.

C’est le schéma des "initiatives d’excellence" dans le domaine de l’enseignement supérieur et de la recherche. Par exemple, la seule Université de Bordeaux a été dotée d’un fonds de 700 millions d'euros, ce qui lui permettra durablement de dégager, bon an, mal an, une quinzaine de millions consommables. Il peut y avoir des fluctuations sur les taux mais le risque est autrement plus limité que de dépendre chaque année des aléas de la loi de finance.

Ces moyens nouveaux seraient dédiés à des actions de promotion reposant sur des réalisations concrètes et emblématiques dans des PME, dans des clusters,  à l’intérieur desquels la diffusion de la démarche peut être rapide, dans des laboratoires de recherche pour inventer les objets et les usages de demain. Ce travail serait relayé et soutenu par la Banque publique d’investissement avec Oséo.

Le mouvement amorcé doit être rapidement amplifié. Les designers sont prêts à s’investir. Ils attendent le signal.

Alain CADIX,
Ancien directeur de l’ENSCI – Les Ateliers, conseiller scientifique de CEA Tech, directeur du Centre Michel Serres pour l’innovation (PRES heSam).

 

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