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L'Usine de l'Energie

Vers un mix mondial plus vert

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Nucléaire, renouvelables, charbon, prix du carbone… Autant de facteurs qui ont leur rôle à jouer, en bien ou en mal, dans la lutte contre le réchauffement climatique. 

Vers un mix mondial plus vert
Chantier d’un réacteur nucléaire EPR à Taishan, Guangdong (Chine).
© Philippe Eranian - EDF

Les entreprises citées

La COP 22 s’ouvre au Maroc, à Marrakech, portée par l’élan de l’Accord de Paris ratifié par la communauté internationale en moins d’un an. Du jamais vu dans le domaine climatique ! On se prend à rêver à une planète plus verte, et surtout à un secteur énergétique – responsable de 66 % des émissions de CO2 d’origine anthropique – plus vertueux. Ensemble, les trois grandes énergies fossiles, pétrole, charbon et gaz, comptent encore pour 80 % du mix énergétique mondial, suivi par le nucléaire (9,8 %), la biomasse (5,8 %) et l’hydraulique (2,2 %). Les nouvelles énergies renouvelables – solaire, éolien, géothermie… – représentent seulement 2,1 % de ce mix. Certes, en valeur absolue, leur capacité a été multipliée par quinze ces trente dernières années, mais cette croissance reste faible face aux besoins énergétiques, en particulier en Asie et en Afrique. Autant de zones qui couvrent leurs besoins grâce aux énergies fossiles, avec une part croissante du gaz (26 % du mix), la moins émettrice de ces énergies.

Le charbon recule à tout petits pas

Lors de la COP 21, l’immense majorité des parties prenantes s’était dressée comme un seul homme pour pointer du doigt le charbon et le désigner comme ennemi du climat et de l’humanité. Ce combustible compte pour environ 30 % du mix énergétique mondial, à la deuxième place derrière le pétrole, mais il est de loin le premier contributeur aux émissions de CO2 avec près de 40 % du total. Mettre fin à l’exploitation du charbon est une condition sine qua non pour tenir l’objectif d’un réchauffement limité à 2, voire 1,5 °C d’ici à la fin du siècle. Mais plus facile à dire qu’à faire. À en croire une étude du WWF, entre 2007 et 2015, 42 milliards d’euros d’aides publiques ont été distribués à l’industrie du charbon dans le monde.

Un an après la COP 21, on s’aperçoit que les mots n’ont pas été vains. Une réaction est en cours. Plusieurs pays ont acté, à plus ou moins long terme, la fermeture de leurs centrales au charbon : la Belgique, le Portugal, le Royaume-Uni… En France, il ne reste que cinq unités charbon qui sont de moins en moins utilisées. La Chine a annulé 90 % de ses projets charbonniers pour les prochaines années. La part du charbon dans le mix électrique américain est passée de 50 % au début des années 2000 à environ 32 %, même si cette réduction est due essentiellement à l’essor des gaz de schiste. Dans tous ces pays, les États ont coupé l’essentiel des aides pour ce secteur d’activité. « La question est de savoir si l’Allemagne, le Canada, l’Italie et le Japon vont modifier leur politique », s’interroge Pascal Canfin, le président du WWF France.

Parallèlement aux engagements des États, de grandes entreprises se séparent de leurs activités charbonnières, comme Total, ou mettent fin à tous les nouveaux investissements, telle Engie. Surtout, les grandes banques – J.P. Morgan, Bank of America, Morgan Stanley, Wells Fargo… – ont toutes décidé de se dégager des actifs charbonniers, jugeant le changement climatique comme un risque trop important pour leurs investissements. Le charbon n’en fait pas moins de la résistance dans plusieurs pays majeurs. En 2016, il compte encore pour 69 % du mix électrique sud-africain, 68 % en Chine, 45 % en Inde, 37 % en Australie, 26 % en Allemagne, 25 % au Japon… L’Inde est un cas particulier. Face aux immenses besoins de sa population, le pays développe toutes les sources d’énergies possibles, décarbonées ou non. New Dehli, qui a ratifié l’Accord de Paris, compte tripler sa consommation de charbon entre 2013 et 2020. Lors de la COP 21, le sous-continent ne s’est pas engagé à réduire ses émissions, mais plutôt à diminuer son intensité énergétique par point de PIB.

Quel bilan tirer de toutes ces initiatives ? Selon le rapport « A shrinking coal pipeline » de l’ONG CoalSwarm, les nouveaux projets de centrales à charbon ont diminué de 14 % depuis le début de l’année. Début 2016, 1 090 GW de capacités étaient planifiées. Au milieu de l’année, le monde ne compte plus que 932 GW en projet. Cette différence de 158 GW représente à peu près l’équivalent du parc de centrales européennes. L’essentiel de ces diminutions provient de la Chine, avec 114 GW de projets annulés. Malgré ces avancées, l’ONG estime que cette baisse est insuffisante. « Les niveaux de capacités en construction (350 GW) et planifiées (932 GW) dépassent de loin le budget carbone maximum permettant de limiter le réchauffement en dessous de 1,5 °C », assure Ted Nace, le directeur de CoalSwarm.

Le nucléaire revendique une place dans la solution climatique

Le nucléaire s’est fait discret lors de la COP 21 en décembre dernier. « Il était inutile de nous mettre en avant, nous aurions été inaudibles », témoigne un patron du nucléaire français. On a légitimement donné la primeur aux grandes annonces en matière d’énergies vertes, comme l’Alliance solaire internationale menée par l’Inde, les 10 gigawatts (GW) de renouvelables à bâtir en Afrique d’ici à 2020 et la mission innovation pour doubler le budget R & D des cleantechs dans le monde. Un an plus tard, la filière nucléaire mondiale remonte au créneau et compte faire avancer sa cause en se présentant comme un allié indispensable des énergies renouvelables pour mener la chasse aux énergies fossiles, et au charbon en particulier.

Mi-septembre, l’accord final entre Londres et EDF pour la construction de deux réacteurs EPR à Hinkley Point a mentionné à plusieurs reprises les faibles émissions de CO2 du nucléaire. « Les deux réacteurs EPR d’Hinkley Point produiront une électricité sûre et bas carbone qui correspond à 7 % des futurs besoins en électricité du Royaume-Uni. Leur construction constitue une avancée majeure dans la lutte contre le réchauffement climatique », a expliqué EDF. « Des centrales nucléaires comme Hinkley Point jouent un rôle important pour assurer notre sécurité d’approvisionnement en électricité bas carbone », a déclaré, de son côté, Greg Clark, secrétaire d’État britannique à l’énergie. Un message très proche de l’initiative « Nuclear for climate » (N4C) lancée en 2014 par la Société française d’énergie nucléaire, l’American nuclear society et la European nuclear society. N4C réunit des scientifiques et des professionnels de l’énergie nucléaire. Ensemble, ils mettent en avant les études officielles qui appuient le rôle à jouer de l’atome. À commencer par les travaux du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) : maintenir le réchauffement en dessous de 2 °C implique que, d’ici à 35 ans, 80 % de l’électricité mondiale devront être bas carbone, contre 32 % aujourd’hui.

Pour Jean Jouzel, l’ancien vice-président du Giec, « très peu de scénarios réussissent [à limiter le réchauffement climatique] sous la barre des 2 °C sans nucléaire ». L’initiative s’appuie aussi sur les scénarios de l’Agence internationale de l’énergie (AIE). Celle-ci considère que, pour tenir les 2 °C, il faudrait plus que doubler la puissance nucléaire installée dans le monde d’ici à 2050 – afin d’atteindre environ 930 GW – et porter sa part dans le mix électrique mondial de 11 à 17 %. « Le nucléaire est indispensable pour l’après-COP 21 et le respect des engagements bas carbone », assurait Fatih Birol, le directeur exécutif de l’AIE, lors du Bourget du nucléaire, à Paris, en juin dernier. Le nucléaire a le vent en poupe. Avec 68 réacteurs en construction dans 15 pays différents, c’est la plus forte progression du secteur depuis vingt-cinq ans assure l’Agence internationale de l’énergie atomique.

Des prix du carbone en mosaïque

Le pragmatisme serait-il le nouveau moteur du prix du carbone ? Il faut en tout cas trouver un moyen d’avancer. Aujourd’hui, seuls 13 % des émissions carbone de la planète sont couverts par un prix explicite. Même en prenant en compte les prix implicites comme les taxes sur les carburants, la grande majorité des émissions a un prix nul ou faible. Pire, les quelque 5 000 milliards de dollars annuels de subventions aux énergies fossiles équivalent à des prix du carbone négatifs. Si l’Accord de Paris ne fait que mentionner la tarification carbone dans ses « Décisions », Émilie Alberola, la directrice du programme Industrie, énergie et climat à l’Institute for Climate Economics, estime que « la philosophie générale de la COP 21 […] imprime une dynamique positive ».

Pour l’économiste, « on revient du fantasme d’un prix unique du carbone fixé par un super-gouvernement qui couvrirait toutes les émissions. Il faut être pragmatique pour agir sans délais ». Dans la lignée de la COP 21, la tarification du carbone devient un instrument mis en place par un État au service de son engagement de réduction de ses émissions. Différents pays n’ont pas besoin de la même valeur pour réussir leur transition énergétique et le coût d’une émission évitée varie d’un pays à l’autre. Idem pour les secteurs d’activité. « Pour développer à lui seul la voiture électrique en Europe, 200 euros la tonne serait un prix insuffisant, mais à 100 euros, on mettrait à bas l’industrie cimentière, estime Émilie Alberola. On s’avance vers une mosaïque des prix du carbone en fonction des États et même, dans certains cas, des secteurs. » Il s’agit aussi de reconnaître que le prix carbone ne peut pas tout et que d’autres instruments comme la fiscalité, les normes, ... ont un rôle à jouer.

Ce mouvement n’empêche pas les ambitions ! La Carbon pricing leadership coalition menée par la Banque mondiale vise à ce que 25 % des émissions du monde soient couvertes par un prix en 2020, 50 % en 2030. En 2017, la Chine généralisera son système expérimental d’échanges de quotas, ce qui portera à 20 % la part des émissions mondiales couvertes. Le Canada a effectué un virage radical sur le sujet : Justin Trudeau, son Premier ministre, a annoncé le 5 octobre qu’une taxe carbone serait instaurée à un niveau qui irait de 6,80 euros la tonne en 2018 jusqu’à 33,90 euros en 2022, pour les provinces qui n’ont pas encore de système de ce type. L’Europe, elle, peine à réformer son système d’échange de quotas d’émissions (ETS). En l’état, « l’ensemble des mesures prévues vise à faire grimper le prix du carbone au maximum à 30 euros d’ici à 2030 », précise Émilie Alberola.

Le monde avance mais en ordre dispersé. De quoi donner du fil à retordre aux multinationales. « L’évolution vers une mosaïque de prix n’aide pas à tracer des perspectives solides, juge Claire Tutenuit, la déléguée générale d’Entreprises pour l’environnement (EpE). Les grandes entreprises sont donc de plus en plus nombreuses à se donner un prix interne du carbone pour guider leurs investissements. » Elles n’ont guère le choix. La pression sur la décarbonation vient aussi des investisseurs. En témoigne l’appel au G20, au mois d’août, d’un groupe d’institutions contrôlant 13 000 milliards de dollars. Parmi leurs revendications : imposer aux entreprises de déclarer leur exposition carbone, soit leurs risques liés au changement climatique et aux politiques de réduction des émissions. Prix du carbone en tête.

Solaire et éolien gagnent la planète

Remplacer les énergies fossiles par des énergies décarbonées s’impose pour réduire les émissions de CO2. Les énergies renouvelables (EnR) se sont emparées de ce défi. Le rapport World energy investment publié par l’Agence internationale de l’énergie mi-septembre pointe un phénomène majeur : « La bascule des investissements vers les énergies bas carbone. » L’électricité se convertit aux EnR, solaire et éolien principalement. Les EnR capteront 70 % des investissements dans la production d’électricité en 2016 selon l’AIE. L’éolien devrait dépasser légèrement son record de 2015, soit 65 GW installés cette année selon le Global wind energy council (Gwec). Le solaire exploserait à 73 GW (+ 43 % !) selon le consultant GTM Research, qui prévoit une croissance annuelle moyenne des nouvelles installations de 7 % d’ici à 2021. L’éolien croîtrait de près de 4 % par an d’ici à 2020 selon le Gwec. L’AIE, traditionnellement prudente dans ses prévisions, prévoit pour les nouvelles installations d’EnR une baisse de 10 % d’ici à 2021 dans son scénario de base. Mais Cédric Philibert, analyste senior à l’AIE, note que « ces prévisions sont 10 à 20 % plus élevées par rapport à celles de 2015. Il y a clairement une accélération ».

L’accélération est générale. Toute la planète se met aux EnR. À côté des géants chinois, américain, indien, japonais et européen, une multitude de pays émergents s’engagent sur de larges volumes : Mexique, Chili, Brésil, Turquie, Émirats arabes unis, Vietnam, Thaïlande… Les raisons de cette accélération sont d’abord la baisse des prix des EnR, solaire en tête. Après la chute brutale des prix des panneaux entre 2009 et 2014, les systèmes d’enchères désormais pratiquées dans un grand nombre de pays ont prix le relais, et les records de prix bas tombent les uns après les autres : 31,50 euros le MWh au Mexique en avril, 26,90 euros en mai à Dubai, 26,20 euros en août au Chili, 22 euros en septembre à Abu Dhabi… Soit bien moins que le prix de gros de l’électricité en France, autour de 32 euros ! Solaire et éolien sont souvent moins chers que les énergies fossiles. Au Mexique, ils ont évincé le gaz dans le dernier appel d’offres multi-énergies. Et la baisse des prix va continuer : l’Irena, l’Agence internationale des énergies renouvelables, prévoit que le prix de l’électricité photovoltaïque baissera de 59 % entre 2015 et 2025, l’éolien terrestre de 26 % et l’éolien offshore de 35 %.

« Personne ne sait vraiment comment atteindre les objectifs de l’Accord de Paris, mais avec la baisse des prix du solaire et de l’éolien, les gouvernements sont partout volontaires pour faire un premier pas, pour s’engager, explique Cédric ­Philibert. D’autant que les EnR génèrent d’autres bénéfices que la réduction des émissions : qualité de l’air, diversification du mix… » Il ne faut cependant pas oublier que si les EnR représentaient 22,3 % de la production d’électricité mondiale en 2014 – surtout grâce à l’hydraulique (16,4 %) – selon l’AIE, elles ne comptaient que pour 13,8 % de la fourniture d’énergie de la planète, les « nouvelles » énergies telles le solaire et l’éolien ne représentant que 1,3 %. Alors que l’électricité paraît vouée à basculer dans le renouvelable, chaleur et transport s’imposent désormais comme d’impératives conquêtes pour les EnR. 

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