Quotidien des Usines

Vers un démantèlement de Heuliez

, , , ,

Publié le

Le carrossier risque la cessation de paiements depuis que l'indien Argentum, qui devait reprendre l'entreprise, ne donne plus signe de vie. L'intervention du FSI, demandée par la direction et les partenaires sociaux avec le soutien de Ségolène Royal, n'es

Vers un démantèlement de Heuliez

Les syndicats du carrossier automobile Heuliez, au bord de la cessation de paiements, espéraient l'intervention du Fonds Stratégique d'Investissement (FSI) pour porter secours à l'entreprise. Ils se sont vus opposer un refus, indiquait ce matin à Usinenouvelle.com Michel Boureau, délégué syndical CFE-CGC, à l'issue du comité d'entreprise extraordinaire. Suite au retrait de l'indien Argentum, qui devait prendre 60% du capital et injecter 10 millions d'euros au moins dans l'entreprise, la situation financière d'Heuliez, en procédure de sauvegarde depuis 2007 suite au transfert de ses contrats à des équipementiers étrangers, le conduit à mettre en péril le versement des salaires au mois d'avril

Argentum Motors avait annoncé la reprise d'Heuliez en août dernier. Mais d'après les informations fournies au comité d'entreprise, « Argentum devait emprunter pour acheter Heuliez et pour relancer son usine en Inde. Avec la crise financière, l'Etat indien a rejeté toutes les demandes de financement. » L'argent n'est pas arrivé à la date prévue (le 15 octobre) dans les caisses du carrossier, qui a l'intention d'assigner son ex chevalier blanc au tribunal, indique Gérard Quéveau, président du conseil de surveillance du groupe, dont la famille est actionnaire majoritaire.

Changeant son fusil d'épaule, direction et syndicats avaient mis au point un second plan présenté aux partenaires sociaux le 28 février, reposant sur les banques (15 millions d'euros), un groupe d'investisseurs européens (15 millions), la région Poitou-Charentes (5 millions), et le FSI dont la contribution attendue s'élevait à 10 millions d'euros. Une solution repoussée par Christine Lagarde, qui doit rencontrer dans les prochains la présidente de la Région Poitou-Charentes, Ségolène Royal. Alors que les banques et les investisseurs avaient validé le nouveau business plan, mais en le conditionnant à l'obtention d'une garantie de l'Etat, la fin de non recevoir du FSI jette à l'eau les derniers espoirs des salariés.

Cependant, l'Etat ne repousse pour l'instant sa garantie que « dans la version actuelle d'Heuliez », précise Michel Boureau. En effet, c'est une solution de démantèlement des activités de l'industriel qui se profilait ce matin, impliquant une scission entre les activités bureau d'études, production, et véhicules électriques. A la suite de quoi une intervention de l'Etat n'est pas exclue. Heuliez emploie 970 personnes en France, et 1.100 en ajoutant la Slovaquie et l'Espagne. L'activité bureau d'études/prototypes rassemble 200 salariés, pour quelque 800 postes dans la production et l'informatique, véhicules électriques compris.

« Cette solution ne nous satisfait pas, commente Michel Boureau. Nous avions le pressentiment que l'on nous cachait des choses, cela se confirme [en janvier, la direction confiait que son problème de liquidités était en voie de règlement, ndr]. Si Heuliez ferme, nous entraînons quatre ou cinq entreprises derrière nous, avec des pertes d'emplois énormes au niveau du bocage. »   

D'où l'intervention de Ségolène Royal, en déplacement chez Heuliez ce matin, qui devait se réunir avec la direction et les salariés en milieu de journée pour faire le point sur la situation et mettre tout le monde au même niveau d'information.

Mardi dernier le 17 mars, les dirigeants d'Heuliez ont été reçus par le secrétaire d'Etat chargé de l'Industrie Luc Chatel, « pour examiner les différentes pistes envisageables pour préserver une part aussi large que possible de l'outil industriel et des compétences ». Le gouvernement mise particulièrement sur le pôle dédié au véhicule électrique, et a demandé « une expertise complémentaire pour examiner les orientations qui pourraient être proposées pour intégrer certaines activités de la société dans la démarche en cours de constitution d'un pôle industriel du véhicule électrique en France »

Heuliez a développé depuis les années 90 une expertise dans la conception et la fabrication de véhicules électriques (fabrication de Peugeot et Citroën électriques dès 1994). Un de ses modèles électrique, la Friendly, a été conçu dans le cadre d'un appel à projets de la région Poitou-Charentes et a été sélectionné par Veolia dans le cadre de sa candidature à l'appel d'offres Autolib. Un prototype roulant de la Friendly, dont l'outillage est actuellement en cours de réalisation, a été présenté au salon de Genève. Sa production doit démarrer fin 2009, début 2010, 7.000 unités étant prévues l'année prochaine. La Will, issue d'un partenariat avec Michelin, en est à la phase de prototype. Quant à la Pelican, un utilitaire à trois roues, il est en cours de production, l'objectif étant de 400 unités cette année.

Un rôle dans le développement de la voiture électrique dont Gérard Quéveau est particulièrement fier. « C'est la formation qui crée la recherche, la recherche qui crée le produit, et le produit qui crée l'emploi. Sur la Friendly, nous avons 12 brevets. » Confiant, le président du conseil de surveillance affirme qu'il ne « voit pas comment on pourrait fermer Heuliez » et renouvelle sa confiance dans la politique industrielle de Nicolas Sarkozy, « qui prend la suite de la politique de Pompidou »

Cependant, le virage de l'électrique n'a pas suffi à diversifier suffisamment les activités d'Heuliez, resté avant tout centré sur la fabrication de toits rétractables, au moment où les constructeurs ont rapatrié en interne la production des petites séries pour rentabiliser les lignes de production (d'où les problèmes rencontrés également par ses concurrents Pininfarina ou Karmann). 

Une manifestation des salariés, tous au chômage partiel - les usines ne sortent que 20 Opel Tigra cabriolets par jour, pour une capacité de production de 200 véhicules - était prévue cette après-midi à partir de 14 heures dans les rues de Cerizay dans les Deux-Sèvres, siège du groupe. Mardi, les représentants syndicaux sont attendus au Ministère. Nicolas Sarkozy se serait "lui-même saisi du dossier", rapporte Jean-Pierre Raffarin sur son blog repris par l'AFP, et devrait faire des propositions "très prochainement" concernant l'avenir de l'équipementier.

Raphaële Karayan

Dossier : Automobile, le crash
 

Testez L'Usine Nouvelle en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte