Vers la création d'un pôle public de traitement des déchets

Profitant de la faiblesse momentanée de la Générale et de la Lyonnaise des eaux, EdF et la Caisse des dépôts poussent leurs pions sur les marchés de l'environnement.

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Pronergies débute l'année en fanfare. La filiale d'EdF vient de décrocher l'exploitation de l'usine d'incinération d'ordures ménagères de la Communauté urbaine de Strasbourg (243000tonnes incinérées par an), la quatrième de France. Un marché jusque-là détenu par Altrim, une filiale de la Lyonnaise des eaux. Créée en 1992 et dotée d'un capital de 85millions de francs, Pronergies tisse sa toile dans l'Hexagone. Avant Strasbourg, la construction des usines d'incinération de Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne), de l'est de Marseille et d'Alès (Gard) sont tombées dans l'escarcelle de la filiale d'EdF. Soit plus de 2,5milliards d'investissements étalés jusqu'en 1998. "Nous espérons détenir le quart du marché du traitement des déchets en France dans les années à venir", avertit Norbert Mimoun, directeur général de Pronergies. Le ton est donné.

Les deux établissements publics veulent se faire un nom

EdF, comme "Environnement de France"? Le détournement du sigle est osé, mais il met en évidence la volonté d'EdF de se faire un nom sur le marché de l'environnement. Un dessein que nourrit aussi la Caisse des dépôts et consignations. Scet-Environnement, filiale créée il y a trois ans, sort de l'ombre. "Après une entrée prudente et progressive", comme l'explique Michel Crémieux, son P-DG, Scet-Environnement va réaliser 1,5milliard de francs d'investissement dans l'eau et les déchets dans les deux ans à venir. Assiste-t-on à l'émergence d'un pôle public dans le secteur de la dépollution? Même s'ils s'en défendent, les deux établissements publics profitent des suspicions qui pèsent sur la Générale et la Lyonnaise pour jouer les trouble-fête. Leurs routes se sont d'ailleurs déjà croisées. Pronergies et Scet-Environnement se sont associés pour répondre à l'appel d'offres destiné à la construction de l'usine d'incinération et de compostage des quartiers est de Marseille (un marché d'environ 600millions de francs).

... et ils assurent le risque financier des projets

Les deux établissements publics avancent un argument de choc: ils assurent seuls le risque financier des projets qu'ils montent. De quoi séduire les collectivités locales, largement endettées, mais qui doivent investir chaque année 30milliards de francs dans l'eau, l'assainissement et les déchets. En 1993, les concessionnaires, emmenés par la Générale et la Lyonnaise, n'ont contribué qu'à hauteur de 9% à l'ensemble de ces investissements. Une situation qui a poussé l'argentier des collectivités locales à utiliser ses connaissances centenaires acquises sur le terrain. Mais, à l'inverse de la filiale d'EdF, Scet-Environnement reste un financier. De son côté, Pronergies, opposée directement aux majors, bâtit les fondations d'un groupe à l'ombre de sa maison mère. En moins de deux ans, elle compte déjà cinq filiales, qui génèrent un chiffre d'affaires estimé à 500millions de francs. A travers elles, Pronergies intervient ainsi dans la construction de centres de traitement de déchets ménagers de petites et moyennes capacités, la régénération des sables de fonderie, le recyclage des poteaux en béton et celui des lampes fluorescentes. Associée à l'électricien allemand Badenwerk, elle s'implante outre-Rhin dans la collecte et le recyclage des déchets ménagers. Mais la prise de participation la plus significative de la filiale d'EdF a été, fin 1993, l'entrée dans le capital du groupe nantais Soaf Environnement à hauteur de 34%. Pronergies signe ainsi son entrée dans le marché de l'eau. Dans le capital de Soaf, la filiale d'EdF côtoie plusieurs autres établissements publics. Pronergies y retrouve ainsi CDC Participations (la branche capital-développement dans l'environnement de la Caisse des dépôts) et le groupe EMC. Pour étendre son activité à l'ouest de la France, Tredi, la filiale de l'entreprise publique spécialisée dans le traitement des déchets industriels (EMC) a pris 42% dans Crédia aux côtés du groupe Soaf. La société commune a pour objectif de créer deux centres de traitement de déchets industriels sur la bordure atlantique. Pronergies pourrait-elle pousser plus loin son lien avec Tredi? "Il n'y a pas d'accord entre nous pour créer une société commune. Mais cela fait partie du champ du possible", avance Norbert Mimoun.



L'observatoire s'installe

Avec trois mois de retard sur le calendrier prévu en juillet 1994, l'Observatoire chargé de la surveillance de la mise en oeuvre des engagements demandés à EdF et à GdF en matière de diversification a été officiellement créé le 12janvier sous la présidence de José Rossi, ministre de l'Industrie. Au moins deux fois par an - mais plus si besoin était -, il réunira quatre représentants de l'Administration, quatre représentant d'EdF et GdF, et huit représentants des douze professions s'estimant victimes de distorsions

de concurrence de la part des deux entreprises publiques. "Après discussions et approbation", les engagements d'EdF et de GdF devraient être rapidement intégrés dans leurs contrats de plan et d'objectif.A.J

USINE NOUVELLE N°2485

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