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"Véolia n'a jamais exercé la moindre pression sur Arte"

Publié le

La chaîne franco-allemande Arte diffuse ce soir le documentaire "Water makes money", en écho à la journée mondiale de l'eau ce mardi. Véolia, l’un des acteurs majeurs du secteur, est mis en cause dans ce documentaire. Interrogé par l'Usine Nouvelle, Marc Reneaume, Directeur Général adjoint de Veolia Eau, réagit et s'explique.

Véolia n'a jamais exercé la moindre pression sur Arte © D. R.
La bataille de Paris
Traditionnellement, la gestion de l’eau à Paris était confiée à Véolia rive droite et à Suez Environnement rive gauche. Bertrand Delannoë a décidé de confier le contrat à une régie publique voici un an, et annonce ce mardi 22 mars une baisse du prix de l’eau à Paris. « On lui a rendu un service de l’eau excellent », indique Suez Environnement. « Les élus l’ont tourné en campagne, indiquant que passer en régie est moins coûteux, par ce que les privés doivent rémunérer l’actionnaire.  Mais nous disposons d’une mutualisation et d’une innovation remarquables ! »

L'Usine Nouvelle - Comment réagissez-vous aux informations apportées par le documentaire ?
Marc Reneaume - C’est un film complètement militant, entièrement à charge.  Nous n’avons pas grand-chose à dire, c’est la liberté des gens de faire des documentaires. Mais il s’agit d’un tissu de mensonges et de raccourcis redoutables.  Les histoires évoquées dans ce documentaire ont plus de 20 ans !

Par ailleurs, j’ai reçu six mille messages de soutien à Arte pour nous demander de ne pas faire pression contre la diffusion du documentaire. Nous n’avons jamais exercé la moindre pression ! Le concepteur du site internet incitant les citoyens  à nous envoyer des messages a d’ailleurs dû présenter ses excuses, la chaîne Arte ayant confirmé qu’elle n’avait pas subi de pressions de notre part.

Pourquoi le prix de l’eau est-il si disparate selon les régions ?

Peu de questions pour Suez Environnement
«Nous avions été contactés voici plus d'un an , et nous sommes exprimés », indique Suez Environnement. « Seules quelques phrases ont été gardées au montage. Lors de projections en avant-première par des associations militantes, nous sommes venus et nous sommes signalés auprès des organisateurs. Très peu de questions ont fusé dans le public à notre égard». 
Il faut bien comprendre une chose : l’eau ne se transporte pas. Parce qu’elle doit rester potable, elle ne peut être convoyée sur des kilomètres et des kilomètres de conduite. De là découlent trois facteurs qui expliquent cette disparité.

Les conditions naturelles tout d’abord. La ressource est-elle facilement accessible, de bonne qualité ? Ou bien faut-il beaucoup la retraiter ? En Bretagne, l'eau est plus chère parce qu'elle est plus polluée et qu'il faut la retraiter. Si l’eau est récupérée au berceau en montagne, elle est relativement pure. S’il est nécessaire de la pomper dans une rivière à des kilomètres de la source, des choses ont le temps de se passer sur le cours d’eau !

Le réseau peut par ailleurs être plus ou moins dense (nombre d’abonnés au km). Le terrain peut quant à lui être plat, voire en pente pour permettre à l’eau de couler naturellement.  S’il est au contraire accidenté, s’il faut pousser l’eau d’un côté de la montagne puis la freiner de l’autre côté pour qu’elle ne casse pas les installations, c’est plus compliqué et donc plus coûteux.

Le niveau de service souhaité, ensuite. Une collectivité peut s’accommoder d’un service client disponible deux demi-journées par semaine, tandis qu’une autre exigera un accueil téléphonique 24h sur 24.

La politique d’investissement de la collectivité enfin, qui peut fluctuer au cours du temps. Parfois, lorsque le prix de l’eau est bas, c’est que cela cache un défaut d’investissement sur les canalisations. Et parfois, quand le prix augmente, c’est beaucoup plus lié à l’assainissement et à une nécessaire modernisation des ouvrages qu’à la fabrication d’eau potable.

Le modèle prédominant pour les industriels des services de l’eau aujourd’hui est d’être rémunéré au volume d’eau véhiculé. Or l’un des enjeux actuels est d’économiser la ressource. Faut-il changer le modèle économique ? Seriez-vous d’accord pour être rémunéré à la performance par exemple ?

Prédominance du privé
72% de la population française est servie par des entreprises privées pour l’acheminement et le traitement de l’eau qui arrive à son robinet. Moins de 30% est servie par une régie.
Je tiens à rappeler que tous les services de l’eau sont publics : ils appartiennent à l’Etat. Ce sont les élus qui décident de tous les tarifs en France, quel que soit l’opérateur. Et l’on peut estimer que le modèle actuel va très bien : en France, nous avons des prix situés sous la moyenne européenne.

Par ailleurs, les services d’assainissement comportent beaucoup de coûts fixes. Même si aucune goutte d’eau ne coule à un moment donné dans les tuyaux, 80% à 90% des charges doivent tout de même être consommées. En effet, les usines de retraitement, les stations de pompage, les compteurs et les services clients doivent en effet être financés en permanence.

En face, les recettes sont actuellement proportionnelles au volume circulant, à 80%. Si l’on était dans un modèle purement économique, on disposerait de 80% de rémunération fixe, et de 20% de rémunération proportionnelle ! Mais il s’agit d’un service public.

Toutefois, nous adhérons à l’idée d’inclure un système d’objectifs pondérés, avec bonus et malus liés à la performance, pour une partie des recettes. L’impératif sanitaire et de préservation des ressources doit être pris en compte.

Certaines villes comme Lyon ou Toulouse nous ont déjà demandé voire imposé des clauses d’incitation à la performance, pénalités et primes à l’appui. Les collectivités restent les donneurs d’ordre. Nous sommes dans une obligation de service public.

Quel est l’état des canalisations d’eau en France ?
Notre pays est relativement privilégié : nous avons des sources d’eau partout. La politique publique ne consiste pas à avoir un rendement de 100%, soit aucune fuite. Cela coûterait une fortune. L’idée est toutefois de rester dans des limites raisonnables et de ne pas dépasser un certain taux de pertes.

Dans l’Hexagone, lorsque les collectivités délèguent le service à une entreprise spécialisée, le rendement est en moyenne de 82% (taux de fuite de 18%). Lorsque les collectivités préfèrent s’occuper elles-mêmes des canalisations et de l’assainissement, et déléguer cela à une régie commune, le rendement est en moyenne de 78% (taux de fuite de 22%). C’est honorable, même s’il est dommage de ne pas entretenir le réseau.

A Paris par exemple, où le réseau n’est pas enterré mais au contraire facilement accessible dans des galeries en surface, le rendement était de 98% quand nous en avions la charge. Depuis que la municipalité en a repris la gestion, voici un an, le rendement a baissé.

Paris était-il une vitrine pour vous ?

En 25 ans, nous avons fait de Paris le réseau le plus performant du monde. 

Le service de l’eau vous semble-t-il suffisamment transparent ? Informez-vous de manière satisfaisante les collectivités des travaux que vous menez pour elles et des coûts véritables que cela engendre ?

Transparence
Les opérateurs détiennent l’information de première main sur la gestion du réseau. Une information dont les collectivités doivent se saisir,  pour pouvoir mieux piloter cette gestion confiée à un tiers privé. «Aujourd’hui, elles sont beaucoup plus investies», indique Suez Environnement. 

 

Les élus nous disent plutôt que nous leur donnons trop d’informations, qu’ils ont du mal à s’y retrouver. Il faut savoir que sur les 9 000 contrats de délégations de service public signés en France, 4 000 ont été attribués à Véolia. Chaque année, nous faisons un rapport au maire sur le prix de nos interventions, le niveaux des marges, les investissements qui seraient nécessaires…

La masse de données n’est pas toujours aisée à recevoir : il y a des efforts à faire sur la qualité de l’information, mais non sur la quantité. Rappelons que nous sommes extrêmement transparents en France, comparés à d’autres pays. L’eau est toutefois un bien vital, c’est normal d’être plus exigeant en termes d’informations que pour des autoroutes par exemple.

L'arrivée à échéance d'ici à 2015 des contrats des trois quarts des communes : qu’est-ce que cela implique pour vous ?
C’est faux. L’association France Libertés véhicule cette information en se basant sur un arrêté du conseil d’Etat. Cet arrêté indique qu’aucun contrat ne peut dépasser 20 ans... sauf si les conditions techniques liées aux investissements de départ l’imposent.  Elle oublie ce « sauf si » ! Et en conclut les contrats des trois quarts des communes arrivent à échéance en 2015. C’est réducteur.

D’ailleurs à Toulouse, le contrat qui nous lie à elle a été revisité par la municipalité de façon assez sévère, et cela a été validé par les élus après trois ans d’études. Résultat : notre contrat court jusqu’en 2022.

Y a-t-il suffisamment de concurrence dans votre secteur ?
La concurrence est extrêmement vive. Certes, on ne compte pas 200 ou 300 entreprises susceptibles de gérer les services de gestion de l’eau : seule une douzaine de sociétés en est capable. Mais considérez ce chiffre : on estime qu’un millier d’appels d’offres sont lancés pour l’exploitation et l’assainissement des réseaux d’eau dans le monde entier. La France en lance 750. Elle représente donc 80% de ces appels d’offres mondiaux ! La concurrence dans l’Hexagone est extrêmement dynamique.

Ci-dessous, un extrait du documentaire "Water makes money" :


Water makes Money par mansan  

 

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