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Veolia court contre la montre

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Publié le

Enquête Après des années d'expansion géographique et de diversification menées tambour battant, le leader mondial des services à l'environnement doit revoir un modèle devenu obsolète.

Veolia court contre la montre © PASCAL GUITTET ; STÉPHANE HARTER ; D.R.

Trop confiant mais aussi trop grand. Après un règne sans partage sur les métiers des services aux collectivités locales, Veolia Environnement doit se réinventer. L'action est au plus bas, la rentabilité s'effrite... Et le conflit ouvert entre le PDG, Antoine Frérot, et son prédécesseur, Henri Proglio, aujourd'hui patron d'EDF, pour le contrôle de Dalkia (une filiale commune des deux groupes dédiée aux services énergétiques), détériore un peu plus l'image d'une entreprise longtemps très discrète. Lancé dans une course contre la montre, le géant français cherche à sortir d'un modèle vieux d'un siècle et demi qui ne fait plus recette. Il doit redresser la barre avant que sa dette de 15 milliards d'euros ne le cloue définitivement au sol.

Antoine Frérot, le dauphin choisi puis renié par Henri Proglio, a décidé de solder l'héritage de son prédécesseur. Après des mois de luttes intestines, il a imposé la nomination de François Bertreau au nouveau poste de directeur général adjoint chargé des opérations. L'homme, réputé à poigne, a accéléré l'internationalisation du logisticien Norbert Dentressangle. Depuis le 1er décembre, il met en place une organisation moins coûteuse. Les défis sont de taille. D'autant que le grand concurrent, Suez Environnement, se met en mouvement avec des actionnaires qui ont décidé, la semaine passée, de mettre fin au pacte qui les liait. Les deux groupes avaient engagé des discussions pour un éventuel rapprochement. Pour l'instant, elles sont interrompues...

UN MASTODONTE À RECALIBRER

Avec ses centaines de filiales, une collection de PME de cultures différentes, Veolia fait figure de mastodonte tentaculaire. Il est loin le temps où la Compagnie générale des eaux, créée en 1856, n'était chargée que de la distribution de l'eau à Lyon. « Veolia a réalisé beaucoup d'acquisitions entre 2003 et 2008, sans qu'elles soient toujours liées à son coeur de métier », constate Jeanine Arnold, analyste chez Fitch Ratings. "Nous sommes en train d'unifier nos indicateurs de performances métier par métier, de faire remonter les bonnes pratiques, de définir des méthodes de travail sur ce qui est obligatoire ou non, énumère Jérôme Le Conte, le président de Veolia Propreté. C'est une véritable transformation."

LE GÉANT DES SERVICES
29,6 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2011 (dont 11,5 milliards en France)
331 000 collaborateurs (hors Veolia Transdev)
15 milliards d'euros de dette
SOURCE : VEOLIA ENVIRONNEMENT
D'ores et déjà, le groupe s'est attaqué à son mille-feuille managérial. Au cours des prochains mois, pas moins de 100 cadres sur les 500 que compte le siège social à Paris quitteront l'entreprise via un plan de « départs volontaires ». Chez Dalkia, les fonctions de chef d'unité d'exploitation et de chef d'exploitation devraient être remplacées par une fonction de responsable d'exploitation. Par ailleurs, la direction ne cache pas son souhait de ne pas remplacer une bonne partie des départs annuels en retraite. Pour redresser durablement le groupe, la réduction des coûts ne suffira pas. Veolia doit se doter d'un nouveau business model.

NOUVELLES RÈGLES DU JEU DANS L'EAU

Tout comme celles de son concurrent Suez Environnement, les solides bases sur lesquelles le groupe était assis sont devenues instables, notamment dans l'eau. En plus de l'érosion des volumes, les collectivités locales, qui assurent l'essentiel du chiffre d'affaires de l'entreprise en France, veulent reprendre la main sur la gestion de l'eau potable. Après des décennies de gestion opaque de la part des majors du secteur, les élus cherchent à redéfinir les règles du jeu. Ils réclament une stabilité, voire une baisse des tarifs. "Il y a un changement très graduel mais fort dans le temps, assure Nicolas Rivière, analyste chez Standard et Poor's. Les collectivités locales ont gagné en expertise et en pouvoir de négociation."

La communauté d'agglomération Évry Centre Essonne a ainsi décidé d'opérer un retour en régie pour la distribution d'eau potable au mois de janvier 2013. Lors du renouvellement de son contrat d'assainissement avec la Société des eaux de l'Essonne (groupe Suez), elle a fixé ses conditions. "Nous avons obtenu une baisse du coût de 14% avec des prestations supplémentaires de gestion des risques. Nous voulons des relations plus équilibrées", avance Francis Chouat, le président de la communauté d'agglomération. Cette nouvelle donne bouscule les opérateurs privés. "Ils cherchent à asseoir leur rémunération non plus sur la quantité mais sur la performance", précise Thierry Raes, associé-fondateur du département développement durable de PricewaterhouseCoopers.

Codécision, assistance pour la gestion du risque de fuites d'eau, conseils... "Cet arc-en-ciel de solutions est l'un des grands sujets de l'évolution de notre maison", affirme Jean-Michel Herrewyn, le directeur général de Veolia Eau. Pour ce qui est de la gestion des déchets, la menace du retour en régie plane aussi, mais Veolia doit en plus faire face à des évolutions brutales. Concurrence féroce de petits acteurs, baisse des volumes, contrats plus courts... le taux de marge brute de Veolia Propreté qui s'élevait à 7,9% en 2007 a chuté à 3,7% en 2011. Et l'arrivée du recyclage bouleverse les habitudes. Alors que les marges se concentraient sur l'enfouissement des déchets, leur valorisation devient la norme.

"Nous devenons aussi un producteur de matières premières et d'énergie", avance Jérôme Le Conte, le président de Veolia Propreté. Mais pour l'instant son métier ne va pas (encore) jusqu'à la mise des produits sur le marché, car nombre de filières de commercialisation restent à monter. Pour s'adapter le groupe a choisi de s'associer à de grands noms de l'industrie, comme Total, pour les huiles de moteurs régénérées.

LES INDUSTRIELS, NOUVELLE CIBLE

Confronté à cette nouvelle donne sur ses marchés traditionnels, Veolia a décidé de partir à la conquête d'une cible jusqu'ici non prioritaire... les industriels. Le groupe compte ainsi faire passer ses revenus provenant de l'industrie de 30% en 2010 à 40% en 2014. La stratégie ? Suivre ses clients dans les pays à forte croissance pour traiter leurs effluents liquides, leurs déchets dangereux et améliorer l'efficacité énergétique de leurs usines. Ses arguments pour les séduire ? Répondre à des réglementations environnementales plus strictes, faire des économies d'énergie et transformer leurs effluents en ressource (production de biogaz, récupération de matières).

Veolia Eau - dont l'activité dans l'industrie représentait 15% de son chiffre d'affaires en 2011 - mise sur de nouveaux secteurs d'activité, comme l'exploitation du gaz de schiste et des sables bitumineux, et propose ses services dans les mines. Les nouvelles ambitions de Veolia pourraient cependant se heurter à des freins, notamment dans les déchets. "La clientèle industrielle fait au moins autant pression sur les prix que les collectivités locales. Par ailleurs, les volumes de déchets industriels tendent à diminuer en raison du changement des comportements", avance Philippe Gattet, directeur d'études chez Xerfi Percepta.

UN SAUT TECHNOLOGIQUE INDISPENSABLE

"Demain, les technologies seront un élément différenciant sur les marchés", prédit Thierry Raes de PricewaterhouseCoopers. Un défi d'autant plus difficile à relever pour les majors de l'environnement qu'elles ne sont pas les championnes de la R et D. Veolia a investi 130 millions d'euros en 2011, soit 0,45% de son chiffre d'affaires (0,5% pour Suez). "Dans le traitement de l'eau, une partie des solutions innovantes viendra des chimistes et des pétroliers", affirme Pascal Gendrot, le président du directoire d'Orège, une start-up du traitement des effluents industriels. Veolia, qui possède un portefeuille de technologies classiques, tente d'acquérir des pépites, concurrencé par des fonds d'investissement et des industriels.

Lorsque le Grand Besançon a décidé de déployer la redevance incitative pour les particuliers, c'est-à-dire le paiement en fonction du poids de déchets produits, c'est Plastic Omnium qui a raflé la mise sur le choix de la solution technologique... Dans le nouveau monde de la "smart city", dans lequel il faudra maîtriser les technologies de l'information, Veolia n'est pas forcément la mieux placée. Télérelevé de compteurs, facturation électronique, géolocalisation... la mutation ne fait que commencer.

LA GALAXIE VEOLIA ENVIRONNEMENT
VEOLIA EAU
Activités Production et distribution d'eau potable, collecte, transport et traitement des eaux usées
Chiffre d'affaires 12,6 milliards d'euros (dont 4,5 milliards en France)
Collaborateurs 96 650
Principales filiales Veolia Eau Solutions et Technologies (ingénierie), Sade, Seureca, Setude Concurrents Lyonnaise des eaux (Suez Environnement), Saur, General Electric
VEOLIA PROPRETÉ
Activités Collecte, tri, traitement, recyclage et valorisation des déchets banals et industriels
Chiffre d'affaires 9,7 milliards d'euros (dont 3,5 milliards en France)
Collaborateurs 69 600
Principales filiales Sarp, Sarpi, GRS Valtech, Bartin Recycling Group, Veolia Propreté France Recycling, Sede Environnement Concurrents Sita (Suez Environnement), Séché, Pizzorno, Nicollin, Urbaser, Coved, Derichebourg, Paprec, Plastic Omnium
VEOLIA TRANSDEV
Activités Opérateur de transport public multimodal créé en 2011
Chiffre d'affaires 7,8 milliards d'euros
Actionnaires Veolia Environnement (40 %) et Caisse des dépôts et consignations (60 %)
Collaborateurs 102 000
Concurrents Keolis (groupe SNCF), RATP Dev, Arriva (Deutsche Bahn), FirstGroup, Go-Head,
MTR DALKIA
Activités Services énergétiques (efficacité énergétique, réseaux de chaleur et de froid...)
Chiffre d'affaires 7,3 milliards d'euros (3,5 milliards en France)
Collaborateurs 52 700
Concurrents Cofely (GDF Suez), Legrand, Schneider Electric, Siemens, GE, ABB, EDF Energy, Eiffage Énergie, Vinci Énergies, Honeywell

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