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Vent frais sur l’économie allemande

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L’Allemagne pâtit désormais de la dégradation de la demande mondiale, en particulier en Russie. Quatre entreprises témoignent de la situation et de leurs prévisions pour 2015.

Vent frais sur l’économie allemande

L’Allemagne frôle la récession », titrait la presse économique allemande à la mi-novembre, à l’annonce de la croissance enregistrée outre-Rhin au troisième trimestre : + 0,1 %. Après le mauvais résultat du deuxième trimestre (- 0,1 %) et un score décevant au premier (+ 0,7 %), les signes d’essoufflement se précisent. Mais les entreprises du Mittelstand ne cèdent pas au catastrophisme. « Nous sentons un ralentissement, mais si l’on regarde l’évolution de la croissance du PIB entre 1991 et 2014, les calculs indiquent une moyenne de 0,29 %, avec un maximum à + 2,1 % au deuxième trimestre 2010 et un minimum à - 3,7 % au premier trimestre 2009. Les chiffres actuels n’ont rien d’exceptionnels », tempère Bertrand Schmitt, directeur de l’exploitation et membre du directoire de Hager, un fabricant de matériel électrique implanté à Blieskastel, dans la Sarre.
 

L’impact de cette croissance atone sur les résultats et les carnets de commandes reste encore limité. « Nous terminerons l’année avec un chiffre d’affaires en hausse de 8 %, se satisfait Roland Bent, le directeur de Phoenix Contact, un spécialiste des systèmes d’automatisation de Blomberg, en Rhénanie-du-Nord-Wesphalie. C’est un bon résultat au regard du contexte difficile, marqué par des crises géopolitiques, des facteurs d’insécurité sur le marché de la finance et un haut niveau d’endettement dans la zone euro. »
 

Pour la suite, l’Institut économique de Cologne a cherché à sonder le moral de 2 900 entreprises. De manière anonyme, celles-ci expriment plus facilement leurs inquiétudes. Il en ressort que 31 % d’entre elles s’attendent à une augmentation de leur production en 2015. Un résultat qui démontre une rapide érosion de la confiance des entrepreneurs, puisqu’ils étaient 53 % en début d’année à entrevoir une hausse de leur activité. À l’inverse, 21 % d’entre eux s’attendent à devoir réduire leur production pour s’adapter à la demande contre 10 % en début d’année ; 24 % espèrent une croissance de leurs exportations, 18 % craignent une baisse. Autre facteur significatif, 30 % des dirigeants d’entreprise prévoient d’augmenter leurs investissements en 2015 contre 44 % en début d’année.
 

Des stratégies multiples

L’Allemagne a déjà connu des périodes de ralentissement économique. La multiplication des zones géographiques en recul rend cette fois la situation plus insaisissable, donnant le sentiment aux patrons allemands de ne pas pouvoir exercer d’influence à court terme [lire ci-contre]. Une raison suffisante pour changer de stratégie ? Pas forcément. « Nos projets sont décidés sur une période de cinq ans, justifie Bertrand Schmitt. Même si la période est un peu plus difficile, nous n’avons aucune raison de freiner nos investissements en Europe ou hors d’Europe. Nous ne faisons pas de politique opportuniste. » Historiquement tourné vers l’Europe de l’Est, le pays souffre en particulier de la crise en Ukraine. Sur les cinq premiers mois de l’année, les exportations vers la Russie ont chuté de 15 % par rapport à la même période de 2013, à hauteur de 12,9 milliards d’euros. Les machines, l’automobile et la chimie sont les secteurs les plus concernés. « Bien que nous sentions un ralentissement sur le quatrième trimestre en raison de l’embargo, nous maintenons nos investissements sur le site industriel de Togliatti, dans le sud de la Russie. Nous sommes confiants dans le fait que la situation va s’améliorer. Par ailleurs, notre diversification géographique nous permet de réduire les risques sur ce marché », estime Frank Jehle, le directeur financier de Mann+Hummel, dont le siège est à Ludwigsburg, dans le Bade-Wurtenberg. L’équipementier automobile prévoit pour 2015 un chiffre d’affaires en très légère hausse, avec un niveau d’investissements égal à celui de 2014.
 

D’autres n’ont pas eu cette chance. Gausepohl, le cinquième abattoir allemand (255 000 têtes de bétail par an), a dû mettre en dépôt de bilan sa branche bovine, après une saison particulièrement faible et une baisse de ses ventes vers la Russie. « En parallèle, les préoccupations principales des entreprises concernent aussi des facteurs intérieurs », souligne Oliver Kreh, de la chambre d’industrie et de commerce de Stuttgart. Depuis la décision de l’Allemagne de sortir du nucléaire, le coût galopant de l’énergie figure aux premiers rangs des inquiétudes. « Notre objectif est de ne pas augmenter notre facture, malgré la hausse des prix de l’électricité, avoue Robert Stöhr, le directeur de MSR, un fabricant de pièces pour moteurs installé à Laupheim, dans le Bade-Wurtenberg. Cela passe par une optimisation de notre consommation, via des systèmes automatiques d’allumage et d’extinction de l’éclairage ou par l’investissement dans des machines et des robots plus économes en énergie. »
 

Concession faite aux sociaux-démocrates dans la grande coalition CDU-SPD, l’annonce de l’avancement de l’âge de la retraite à 63 ans pour les salariés ayant cotisé pendant quarante-cinq ans – contre 67 ans auparavant – a aussi pris les sociétés de court. Plus de 100 000 salariés ont jusqu’ici fait valoir leurs droits à la retraite, forçant les entreprises à organiser leur succession plus tôt que prévu. Le surcoût annuel pour le système des retraites est estimé entre 2 et 3 milliards d’euros.
 

Restent des facteurs d’affaiblissement bien connus, pointés du doigt par le récent rapport de Jean Pisani-Ferry et Henrik Enderlein : le vieillissement démographique – il pourrait être compensé par une augmentation du solde migratoire –, et le sous-investissement public. Sur ce dernier point, les entreprises saluent la prise de conscience du gouvernement d’Angela Merkel, qui a annoncé un plan d’investissements de 10 milliards d’euros d’ici à 2018 et qui complète une première enveloppe de 5 milliards d’euros. Trois axes stratégiques ont été identifiés : les infrastructures routières et ferroviaires, l’énergie et l’efficacité énergétique, le numérique. De quoi satisfaire la France qui demandait depuis des mois un effort de la part de Berlin sur les dépenses publiques. 

« Je ne vois aucune raison de s’alarmer »

Simon Junker, économiste à l’Institut allemand de recherche économique (DIW)
 

À quoi attribuez-vous le léger ralentissement que connaît l’économie allemande ?

La situation mondiale affecte nos exportations, à commencer par les sanctions imposées par la Russie. En France, le premier partenaire commercial de l’Allemagne, la reprise est plus lente que prévu, ce qui déçoit aussi les entreprises. Enfin, la récession au Brésil et le ralentissement de la croissance en Chine affectent également certains marchés.
 

La situation est-elle sérieuse ?

Je ne vois aucune raison de s’alarmer. L’économie allemande reste solide, avec une production stable et un marché du travail en hausse, même s’il est moins dynamique qu’en début d’année. Sur les trois premiers trimestres de 2014, les exportations et les importations sont en hausse. On note aussi la bonne santé de marchés majeurs, comme les États-Unis et le Royaume-Uni. Enfin, la demande intérieure, traditionnellement faible, a progressé de 0,7 % au troisième trimestre, évitant au pays de tomber en récession.
 

Quel sera l’impact de la généralisation du salaire minimum ?

Il est très difficile à chiffrer. Cela ne concernera que cinq millions de travailleurs, sur 41 millions d’actifs. Parmi ces personnes, on trouve de nombreuses femmes, travaillant à temps partiel, qui apportent un salaire d’appoint au foyer. Le pouvoir d’achat de ces salariés ne sera pas démultiplié, puisque l’État complétait souvent leurs revenus, un apport qui va mécaniquement diminuer avec l’augmentation de leurs ressources. 

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