Valorisation : Comment l'IFP transfère ses technologies

Les trésors technologiques de l'IFP, qui fête son cinquantième anniversaire, sont accessibles aux PMI.Cent cinquante conventions de partenariat sont déjà signées.

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La décision est prise, les financements sont prêts, et la technologie se révèle prometteuse: dans quelques jours, la société rennaise Langlois Chimie posera la première pierre d'une unité de recyclage de solvants usagés d'une capacité de 10000tonnes par an. Un investissement de 55 millions de francs. L'ingénierie est signée Technip. La technologie a été validée par l'Institut français du pétrole (IFP). Spectaculaire, mais loin d'être unique, cet exemple illustre bien le travail accompli depuis quelques années par l'IFP en direction des PMI. L'organisme de recherche, qui fête aujourd'hui même ses 50 ans, n'était, jusqu'à un passé récent, guère connu en dehors du monde pétrolier et parapétrolier. La situation a changé. Qui pourrait deviner, par exemple, que les cuves de fabrication du cassoulet Spanghero sont nettoyées par un robot mis au point par l'IFP? Ou que les cuves de lisier pourront bientôt être désodorisées par un procédé dérivé de l'adoucissement des essences? Avec ses 10000 brevets "vivants", l'IFP fait aujourd'hui figure de véritable caverne d'Ali Baba de la technologie, dont les trésors sont désormais accessibles à de nombreuses petites entreprises. "En 1988, nos autorités de tutelle nous ont demandé de consacrer une partie de nos moyens et de notre savoir-faire pour aider les PMI à développer et à industrialiser leurs produits, explique François Dawans, directeur de la division relations PME-PMI. Depuis cette date, nous avons noué plus de 1000 contacts avec des PMI, et ce travail a débouché sur 150conventions de partenariat dans des secteurs aussi divers que la pharmacie, l'agro-alimentaire, les cosmétiques, la mesure ou l'environnement."

Ce sont souvent les PMI qui apportent l'idée

Un transfert de technologie classique, comme en réalisent depuis quelques années la majorité des grands centres de recherche publics ou privés? Pas tout à fait. La démarche comporte plusieurs originalités. Tout d'abord, l'IFP ne se contente pas de valoriser les seules technologies présentes sur ses étagères et dans ses cartons. "Dans plus de la moitié des cas, c'est la PMI qui nous apporte son idée et qui nous demande de l'aider", affirme François Dawans. "Nous avions réalisé pendant plusieurs mois des études sur la chromatographie, explique ainsi Roger-Marc Nicoud, directeur de Separex, la petite société lorraine de recherche sous contrat. Et nous avions trouvé quelques pistes pour rendre continue cette méthode chimique de séparation. Mais nous manquions de moyens pour développer et industrialiser le procédé." En 1990, les chercheurs de Separex rencontrent ceux de l'IFP, qui connaissent parfaitement toutes les ficelles de la chromatographie. Ensemble, ils finalisent la technique dite du "lit mobile simulé". Son avantage: une séparation en continu, avec une excellente sélectivité. Plusieurs brevets sont déposés. L'industrie chimique s'enthousiasme; et Separex, qui emploie une trentaine de personnes à Champigneulles (Meurthe-et-Moselle), a déjà vendu plusieurs unités pilotes. "L'IFP nous a aidés financièrement, et il nous a apporté la compétence de ses spécialistes", résume Roger-Marc Nicoud. Cette assistance peut revêtir des formes très diverses et complémentaires: prêts, aide à la recherche de financement et au dépôt de brevet, conseils et, bien sûr, soutien technique. "Nous avons travaillé avec l'IFP pendant de nombreux mois sur la récupération de solvants usagés, explique ainsi Rémi Berneau, directeur technique de Langlois-Chimie, à Rennes. L'IFP a testé le procédé sur des dizaines d'échantillons de solvants et de mélanges, il a vérifié la faisabilité d'une installation industrielle et il nous a aidés à en définir les caractéristiques." Le procédé, baptisé Récosolve, appartient désormais au groupement Langlois-Chimie, IFP et Technip. Il est en cours d'agrément pour un label Eurêka.

L'aide à l'intégration dans les circuits européens

Cette intégration dans des grands programmes technologiques européens n'est pas unique parmi les PME partenaires de l'IFP. "Les procédures européennes sont complexes, et notre rôle est d'aider les PME à s'introduire dans ces circuits", note Daniel Morel, directeur de l'IFP. "Il est parfois difficile de faire accéder les PME à ces aides", ajoute François Dawans. Difficile, mais pas impossible. Deux entreprises spécialisées dans les échangeurs thermiques, Setrem et Seccacier, ont ainsi réussi à bénéficier du programme Thermie. Setrem est une société d'ingénierie thermique de quinzepersonnes implantée à Phalempin, dans le Nord. Elle a développé, avec l'aide de l'IFP, des échangeurs à plaques plastique. Leurs avantages: la possibilité de récupérer de la chaleur sur des fumées acides ou corrosives, la dépollution de l'air et la déshumidification. "Nous avons mis en place une installation de récupération de calories à basse température dans une malterie", explique Alain Dehay, directeur de l'entreprise. Setrem travaille actuellement avec Reydel et Phillips Petroleum pour mettre au point de nouvelles plaques, dans un plastique plus résistant (PPS), qui tiendront à 230°C, au lieu de 90°C actuellement. "Il nous reste quelques problèmes d'injection à maîtriser", note Alain Dehay. Un site pilote est néanmoins en cours d'installation en Belgique, dans une briqueterie du groupe Ampe, pour dépolluer les fumées de séchage des briques, très chargées en fluor. Le fabricant de chaudières Seccacier, qui emploie 400personnes, a lui aussi fait appel à l'IFP pour ses compétences en matière d'échangeurs. "L'IFP avait mis au point des échangeurs à parois poreuses permettant une combustion propre avec des rendements très intéressants, explique Daniel Billy, le responsable du développement. Les brevets n'étaient pas directement exploitables. Mais l'IFP nous a aidés à améliorer les parois poreuses et à réaliser les modélisations et les calculs de transfert thermique." Une nouvelle gamme de chaudières, Altarex, a ainsi vu le jour, avec la collaboration de Gaz de France. Et Seccacier passe maintenant à la vitesse supérieure: l'entreprise construit actuellement, avec la société allemande NEA, un échangeur de 9mégawatts (vingt fois plus puissant que ses échangeurs actuels). Ce prototype de forte puissance est destiné à une installation de chauffage d'immeubles en Allemagne qui sera mise en service en octobre prochain. Il fait l'objet d'une aide financière dans le cadre du programme européen Thermie.

Une participation aux résultats plutôt qu'une facturation de l'aide

Cette aide, technologique ou logistique, l'IFP ne la facture pas aux entreprises. Et c'est sans doute, là aussi, l'une de ses grandes originalités. "Nos moyens sont mis gratuitement à la disposition des PME, mais nous négocions une participation aux résultats en fonction du chiffre d'affaires attendu ou du marché potentiel", explique François Dawans. "L'IFP touche des royalties lorsque nous vendons un pilote de séparation", confirme Roger-Marc Nicoud, de chez Separex. L'exploitation de produits ou de procédés se réalise surtout par le biais de licences. "Nous exploitons une licence IFP pour fabriquer des mousses syntactiques, très légères, mais résistant aux fortes pressions", indique ainsi Jean-Claude Maillet, gérant de Plastocean, une société spécialiste des composites qui emploie quinzepersonnes à Melun. Ces mousses sont aujourd'hui utilisées pour réaliser des éléments de flottabilité dans les sous-marins. Matériaux, chimie, environnement, robots: où s'arrêtera l'IFP? Avec une telle palette de compétences, l'organisme ne risque-t-il pas de marcher sur les plates-bandes des professionnels de l'innovation? "Il est hors de question d'acquérir des compétences pour répondre aux besoins spécifiques d'une PME", avertit François Dawans. L'IFP reste avant tout au service du monde pétrolier, et la place de cette activité de valorisation (4 à 5% du budget global) demeurera limitée. Mais ses richesses technologiques sont importantes. Aux PME d'en profiter!





L'IFP EN CHIFFRES

Effectifs: 1800 personnes.

Budget: 1,6 milliard de francs, dont 1 milliard de taxes parafiscales (payées par les automobilistes à raison de 1,92 centime par litre de carburant).

Implantations: 1500 personnes à Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine) et 300personnes à Solaize (Rhône). Dans le cadre de la loi de décentralisation, l'IFP fait partie des établissements qui devraient quitter la région parisienne. Implantation la plus probable: le parc Eco-Normandie, près du Havre, en Seine-Maritime.



Les principaux domaines de compétence

Analyses chimiques et physico-chimiques; techniques de séparation;

Chimie, biochimie, catalyse, thermodynamique;

Génie chimique, génie des procédés;

Combustion, génie énergétique;

Matériaux polymères et composites;

Techniques de dépollution et traitement des déchets;

Mécanique, électronique, mécatronique;

Génie logiciel;

Mécanique des sols, mécanique des fluides;

Géologie, géochimie, géophysique.



Les moteurs, la grande spÉcialitÉ

Les utilisations du pétrole se concentrent de plus en plus dans le secteur des transports. "La dernière goutte de pétrole sera utilisée dans un moteur", prédit André Douaud, directeur de l'objectif "moteurs énergie" de l'IFP. Logiquement, l'Institut du pétrole s'intéresse donc depuis de nombreuses années à la technologie des moteurs. En 1980, un GIE rassemblant les constructeurs d'automobiles français et l'IFP a été créé: le Groupement scientifique moteurs. Son but: développer des outils pour mieux comprendre et modéliser les phénomènes de combustion, et aider ainsi les constructeurs à développer leurs moteurs futurs. "Ce GIE devrait probablement s'élargir dans un proche avenir, estime André Douaud. En effet, des fonctions complexes, comme la dépollution, la catalyse ou le contrôle moteur sont de plus en plus souvent confiées à des équipementiers qui vont avoir des besoins considérables en matière de recherche et développement." L'IFP commence donc à resserrer ses liens avec nombre de ces équipementiers. Des contacts avancés ont été pris avec Sagem, Valeo ou Labinal. "Les futurs grands programmes de recherche et développement dans l'automobile feront participer les équipementiers", assure André Douaud. Une autre manière, pour l'IFP, de diffuser ses technologies.

USINE NOUVELLE - N°2459 -

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