Usinor privatisée, que vont devenir Sollac, Ugine et Aster?

Usinor Sacilor va être privatisée au lendemain de l'élection présidentielle. Une opération qui permettra à chacune des trois branches du sidérurgiste d'affirmer avec plus de clarté une stratégie autonome.

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Pour Usinor Sacilor, l'heure de la privatisation a sonné. Le gouvernement vient de débloquer le dossier, préparé depuis de longs mois par la direction du groupe. Les grandes lignes de la privatisation, qui devrait avoir lieu juste après l'élection présidentielle, étaient arrêtées depuis quelques semaines En mal d'argent, l'Etat et le Crédit lyonnais, qui détiennent respectivement 80 et 20% d'Usinor, vont céder partiellement leurs titres à des partenaires financiers. Son président, Francis Mer, évalue le sidérurgiste à au moins 20milliards de francs. Dans le même temps, une augmentation de capital - on parle de 5milliards - permettrait au groupe de se rapprocher de son objectif d'un ratio endettement sur fonds propres compris entre 0,5 à 0,6. Cette opération de privatisation intervient au meilleur moment. "C'est la bonne fenêtre, il faut en profiter", estime un analyste financier qui suit le dossier. Usinor, qui, en 1994, a affiché 1,5milliard de francs de bénéfice net, profite à plein du boom de l'acier mondial. N'ayant pas d'investissements majeurs programmés au cours des prochaines années, le groupe peut consacrer une bonne partie de sa marge d'autofinancement au désendettement. Socialement et politiquement, Francis Mer a désamorcé le dossier en plaidant pour une privatisation globale, contre ceux, notamment du côté de Sollac et d'Ugine, qui militaient pour une vente par appartements. Mais, à terme plus ou moins rapproché, la privatisation amènera chacune des trois grandes filiales d'Usinor à affirmer une stratégie autonome. Les changements juridiques apportés à la structure du groupe ces derniers mois ont largement tenu compte de cette perspective, allant même jusqu'à rechercher la simplicité dans les situations patrimoniales. Ainsi, Sollac, qui alimente les lamimoirs de Sogérail (production et commercialisation de rails) à partir de son aciérie lorraine, vient de prendre le contrôle de cette ancienne filiale d'Unimétal. Même avec un actionnaire commun, Sollac, Ugine et Aster sont destinées à vivre chacune leur vie: leurs métiers, leurs contextes concurrentiels sont différents. Et toutes ont devant elles la nécessité de nouer des alliances, qui pourront avoir des implications dans leur périmètre d'activités ou leur actionnariat. L'exemple d'Ugine pourrait faire école. L'an dernier, le producteur d'aciers inoxydables a accueilli comme actionnaire le sud-africain Samancor (groupe Gencor). Ce mineur est l'un des leaders du ferro-chrome. Opérateur de Columbus, le plus gros projet mondial d'aciérie inoxydable, Gencor est intéressé par la force de frappe industrielle et commerciale d'Ugine en Europe et aux Etats-Unis. Les positions du français en Asie sont aussi attractives: l'augmentation de capacité de l'usine de laminage Thainox, inaugurée l'an dernier, vient d'être décidée. Cette alliance et le prochain passage à l'échelle industrielle du pilote de coulée en bandes minces testé à Isbergues (procédé qui supprime le laminage à chaud) constituent des solutions à l'échec subi par Ugine dans la reprise de l'italien AST. Installée sur un marché, celui des produits plats, où l'offre s'est concentrée, depuis la dernière crise, Sollac apparaît assez bien armée. La reprise de Klöckner par Sidmar et d'Eko Stahl (ex-RDA) par Cockerill montre que la profession commence à s'organiser à l'échelle européenne.

Interrogations pour la branche aciers spéciaux

La candidature malheureuse de Sollac à la reprise d'ILP (produits plats d'Ilva) participait de ce mouvement, même si Francis Mer n'a jamais caché ses réticences devant cette démarche voulue par Edmond Pachura, président de Sollac. Pour assurer l'avenir de son usine de Fos, qui ne possède pas d'aval, Sollac a développé une véritable politique méditerranéenne, avec des associations dans l'aval en Italie (avec le groupe privé Lucchini) et en Espagne. La privatisation pourrait permettre d'aller plus loin. En réalité, c'est le pôle aciers spéciaux, coiffé par le nouveau holding Aster, qui soulève le plus d'interrogations. Certaines sociétés inquiètent. Creusot Loire Industries ne va pas très bien. Unimétal doit réussir le passage complet à la filière électrique - le four de Gandrange est encore en phase de rodage - et faire la preuve de sa capacité à redevenir bénéficiaire en vendant un produit, le fil machine, pour lequel les clients feront jouer de plus en plus une concurrence mondiale. Dans ces domaines, la restructuration européenne n'est pas encore terminée. Ainsi, Thyssen ne fait pas mystère de réviser son engagement dans ces spécialités ou d'y trouver des associations. De même, le problème posé depuis la mi-1993 par le dépôt de bilan de Saarstahl n'est toujours pas réglé. Dégagé de ses contraintes financières, le producteur sarrois gagne beaucoup d'argent. Mais il faut encore apurer le passif et trouver un actionnaire qui prenne la succession du Land de Sarre. Et Dilling, filiale prospère de Sollac, partage son amont (le haut-fourneau de Rogesa) avec Saarstahl...

Des stratégies européennes

"Dans ces secteurs, la situation va bouger, peut-être dès cette année", analyse un administrateur salarié du groupe. De plus, on peut légitimement s'interroger sur l'avenir des relations entre Vallourec - dont Usinor détient 28% du capital et 40% des droits de vote - et Ascométal. Les deux sociétés ont, en effet, des marchés communs (pétrole, automobile) et deux aciéries dans le nord de la France qui sont techniquement complémentaires. Même si leurs situations sont très différentes, les trois filiales d'Usinor ont besoin d'une plus grande marge de manoeuvre. Car la dernière crise, qu'elles ont traversée sans recevoir aucune subvention ni aide extérieure, a changé quelque chose. Pendant une vingtaine d'années, la sidérurgie européenne a continué à raisonner sur des bases essentiellements nationales, et les producteurs d'acier ont conduit les restructurations grâce au soutien de leur actionnaire privé - c'était le cas des Allemands - ou en passant par le pis-aller de la nationalisation. Aujourd'hui, les sidérurgistes ont fait des choix industriels clairs, découlant de l'évolution de leurs marchés. Et les stratégies se mènent à l'échelle européenne, voire mondiale dans certains cas. Ainsi, Usinor ne réalise plus qu'un tiers de son chiffre d'affaires en France. C'est ce qui rend sa privatisation nécessaire. Jean-Pierre GAUDARD



L'année du rebond

Avec un chiffre d'affaires 1994 de 79,6milliards de francs, en progression de 9,3% à structure comparable, Usinor a bien profité de la sortie de crise. Les résultats sont impressionnants. La marge brute d'autofinancement, négative de 1,2milliard en 1993, passe à 5,8milliards, et le résultat net s'inscrit à 1,5milliard au lieu d'une perte de 5,7milliards. Grâce à une baisse des investissements - 2,9milliards, contre 3,6milliards - et à 2milliards de cessions nettes, Usinor a redressé sa structure financière. Les fonds propres passent de 20 à 23milliards, et l'endettement chute de 24 à 17,4milliards.



USINE NOUVELLE N°2489

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