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Quotidien des Usines

Usine Ford de Blanquefort, 20 millions et le néant?

Jean Berthelot de La Glétais , , ,

Publié le

Analyse Ford vient d’accepter de verser 20 millions d’euros pour la réindustrialisation du site de Blanquefort (Gironde). En parallèle, la Direccte a homologué son plan de sauvegarde de l’emploi.  

Usine Ford de Blanquefort, 20 millions et le néant?
L'entrée de l'usine Ford de Blanquefort le 5 mars 2019.
© Jean Berthelot

Deux annonces fortes ont été faites, mardi 5 mars, mais il reste toujours beaucoup d’incertitudes autour du sort de l’usine Ford de Blanquefort (Gironde). Le constructeur américain a, d’une part, annoncé que la Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi (Direccte) avait homologué son plan de sauvegarde de l’emploi (PSE). Ford a, d’autre part, accepté de verser les 20 millions d’euros demandés par Bercy pour réindustrialiser l’usine.

Sur ce deuxième point, c’était le flou qui régnait mardi après-midi : il se disait ainsi que ces 20 millions seraient alloués à la région, charge à elle, ensuite, de trouver un avenir au site. "Sauf qu’on n’est encore au courant de rien", expliquait Francis Wilsius, conseiller régional de Nouvelle-Aquitaine, délégué à la restructuration économique. "On a tout appris par la presse, jusqu’ici, donc on ne connait rien des détails. On espère quand même en être informés avant demain (mercredi 6 mars) puisqu’on reçoit les représentants syndicaux de l’usine. Mais dans l’immédiat, on ne sait même pas quel rôle on veut nous faire jouer. Les sommes allouées aux revitalisations sont de toute façon sous tutelle de l’État, qui peut évidemment nous faire une délégation. Mais on aimerait au moins savoir ce que recouvre exactement l’accord conclu. Par exemple, est-ce que Ford va céder pour un euro symbolique le foncier ? C’est essentiel pour imaginer la suite."

Devant l'usine, l'indignation s'exprime      © Jean Berthelot

Les salariés veulent tourner la page

Concernant l’annonce du plan social, Francis Wilzius semblait en revanche plus satisfait : "les employés vont être largement indemnisés et pourront bénéficier d’un reclassement grâce à un cabinet spécialisé très efficace. Finalement, certains vont partir avec une grosse prime et retravailler juste derrière." Un discours en décalage complet avec les réactions recueillies, toujours mardi après-midi, sur le parking de l’usine. "La réalité, c’est que la grande majorité des ouvriers va partir avec 40 000 à 60 000 euros d’indemnités", déplore Laurent, 40 ans dont 18 passés chez Ford, aujourd’hui en poste au service qualité. "Évidemment, si on calcule le montant moyen des indemnités touchées par tous les salariés licenciés, il est bien plus élevé, car les membres du comité de direction, par exemple, vont partir avec 500 000 euros. Mais pour les autres... "

Les vêtements des employés, avec leur prénom, leur ancienneté, et "viré(e)" tracés au feutre.  © Jean Berthelot

Au sein de l’usine, les 850 salariés ont été, un temps, divisés en deux camps à peu près égaux en nombre : ceux qui sont à moins de sept ans de la retraite, et doivent toucher 70 % de leur salaire jusqu’à ce qu’ils ne soient plus dans la vie active. Eux ne voulaient pas entendre parler d’un repreneur. De l’autre côté, les salariés plus jeunes, dont Mona*, 42 ans, entrée en 2000 chez Ford, qui ont pu croire, un temps, à une reprise du site. "Mais franchement, on a vite compris que ce serait compliqué. Aujourd’hui, on est certains que si le site avait un avenir, un repreneur se serait déjà manifesté. Nous, tout ce qu’on veut, c’est tourner la page au plus vite."

"Il va y avoir de la 'casse'"

Un sentiment partagé par la majorité des employés. "On veut aller de l’avant, et arrêter d’être pris dans des jeux d’influence dérisoires", reprend Laurent. "Tout le monde joue avec nous. Ford, l’État qui fait semblant de l’obliger à retrouver un repreneur dont chacun sait qu’il n’est pas sérieux, et même les syndicats, qui ont déjà annoncé qu’ils attaquaient le PSE en justice. On veut simplement que ça s’arrête, et regarder vers l’avenir. Même s’il ne s’annonce pas rose. Car au-delà des sommes des indemnités de licenciement, il apparaît déjà acquis que l’on ne pourra pas compter sur le cabinet de recrutement mandaté pour nous reclasser. On a eu l’occasion de discuter avec eux, ils ne connaissent rien au milieu industriel. Et de toute façon, repartir dans une autre usine veut aussi dire changer de spécialité, or beaucoup ont fait la même chose toute leur vie et ne sont polyvalents. Il va y avoir de la 'casse'", déplore Laurent.

 

*À la demande de l’intéressée, le prénom a été modifié

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