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Quotidien des Usines

Urgo panse collaboratif

Aurélie Barbaux

Publié le

Pour devenir le champion mondial de la cicatrisation, les Laboratoires Urgo misent sur la collaboration avec les professionnels de santé et multiplient les partenariats publics et privés, jusqu'à investir en recherche fondamentale.

L'ENTREPRISE > Laboratoires Urgo fait partie du groupe Viva Santé (417 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2008) avec les Laboratoires Juva Santé et Esprit Bio > 1 324 salariés (dont 800 en France) > 260 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2008, dont 48 % à l'international > 5 unités de production 2 en France, 1 au Royaume-Uni, 1 en Espagne et 1 en Thaïlande > 5 marques Urgo, Humex, Alvityl, Urgotul, Cellostart L'INNOVATION > 10 millions d'euros investis en R et D en 2008 > 55 personnes aux laboratoires de R et D à Chenôve (Côte-d'Or) > 22 % des ventes de la division Soins et santé (pansements, Humex) sont réalisées avec des produits de moins de 2 ans > 10 études cliniques sont en cours, 2 ont été publiées en 2008 Quelle est la formule Urgo pour innover ? Pour imaginer les produits qui répondent aux besoins du marché, nous tenons compte à la fois du médecin, de l'infirmière et du patient. Pour les concevoir, nous créons un triptyque liant des chercheurs en matériaux, des cliniciens et des ingénieurs qui conçoivent les machines de production. Les chefs de projet ont pour mission de tout mettre en oeuvre pour qu'il soit impossible d'échouer. Par exemple en étudiant en parallèle deux ou trois solutions à un même problème. Pourquoi investissez-vous en recherche amont ? La recherche publique est un moteur qui tire l'économie. Pourtant, en France, 1,25 % seulement des dépenses de recherche des entreprises vont à la recherche publique, contre 13 % en Allemagne et 50 % aux Etats- Unis, si l'on compte les fondations publiques. Or on crée plus de valeur en collaborant. Mais les deux partis doivent encore apprendre à se parler. N'est-ce pas la vocation de la fondation Le Lous ? En 2007, j'ai décidé d'investir personnellement 1,5 million d'euros dans une fondation qui finance des thèses de doctorat. En échange, les thésards s'engagent à suivre, dans nos entreprises, des formations à la gestion de projets, à la communication et à l'analyse décisionnelle. Le but est de rapprocher le monde académique de celui de l'entreprise. Trois thésards sont déjà parrainés et nous en recrutons actuellement quatre autres. > Dans la série Les Champions de l'innovation, rendez-vous le 12 novembre pour découvrir comment Chanel investit dans la R et D sur les cosmétiques. Les pansements aussi seront bientôt bardés d'électronique. Première étape : mesurer le vieillissement d'une bande de compression et prévenir si la plaie se remet à suinter. « Nous avons développé un démonstrateur qui comprend deux capteurs de pression et un d'humidité, une antenne, une carte électronique souple et une batterie », explique Laurent Apert, le directeur R et D d'Urgo. Un brevet a même été déposé. Mais l'aventure est collective : c'est le CEA qui a proposé à Urgo de participer au projet de recherche européen Stella (Stretchable Electronics for Large Area Applications), qui vise à développer des applications utilisant des cartes électroniques embarquées sur des matériaux souples. Piloté par l'allemand Frendenberg, spécialiste des matériaux non tissés pour l'automobile, le projet inclut aussi IMEC, un centre de recherches en électronique, et Philips. Stella a aussi permis de mettre au point des T-shirts affichant de la vidéo ou des équipements de fitness intelligents. Reste à passer à l'étape industrielle. Comment fonctionne le mécanisme de formation de l'épiderme ? Comment réagissent les cellules en environnement humide ? C'est le type de défi qu'Urgo a lancé à la fondation Pierre-Gilles de Gennes, coopération scientifique de droit privé qui fédère 140 équipes de recherche et 1 450 chercheurs issus de l'Ecole supérieure de physique et chimie industrielles, de l'Institut Curie, du CNRS et de l'Inserm. Le deuxième défi, confidentiel, concerne les matériaux. « Financés à près de 60 % par le crédit impôt recherche, ces travaux, s'ils débouchent, nous donneront deux ans d'avance sur la concurrence, même si les chercheurs publient les résultats », explique Hervé Le Lous, le président d'Urgo. Il en est d'ailleurs tellement convaincu qu'il a accepté de prendre la présidence de la fondation Pierre-Gilles de Gennes à sa création, en 2007. L'avenir dira si investir en recherche amont, pour une entreprise, est vraiment rentable.

L'intelligence s'installe partout, même dans les pansements. Ceux des Laboratoires Urgo ne se contentent plus de protéger la plaie pendant la cicatrisation. Depuis quelques années, ils soignent les ampoules mais aussi les brûlures, les ulcères, les escarres... Une division Medical a d'ailleurs été créée en 2000. Objectif : faire entrer à l'hôpital une innovation : Urgotul, un tulle gras non gras (technologie lipido-colloïde) qui ne colle pas à la plaie. Pari réussi. La division Medical a continué à lancer des produits innovants et tire aujourd'hui la croissance d'Urgo, notamment à l'international (48 % des ventes d'Urgo). En 2008, elle a même pesé pour 57 % dans le chiffre d'affaires. Mais la division traditionnelle soins et santé, qui rassemble les trois marques grand public Urgo (pansements), Humex (médicaments pour voies respiratoires) et Advityl (suppléments vitaminiques) n'est pas en reste : 22 % du chiffre d'affaires sont réalisés avec des produits lancés il y a moins de deux ans (25 nouveautés en 2007), comme les pansements filmogènes contre les aphtes, contre les crevasses ou contre les ongles abîmés. Ce dernier produit a même reçu en 2009 un trophée de l'innovation pour le meilleur lancement en officine.

ÉVALUER LES PANSEMENTS COMME DES MÉDICAMENTS

Ces produits bien ciblés ont trouvé leur marché. Pour autant, chez Urgo, il n'est pas question que le marketing prenne le pas sur la R et D. Ni l'inverse, d'ailleurs. Si ces deux équipes collaborent étroitement au quotidien, elles sont loin d'être les seules dans la boucle de l'innovation. En fait, le développement de produits est largement collaboratif. Outre les équipes de R et D et du marketing (qui remontent les besoins des clients), les équipes juridiques, les achats mais aussi la production sont systématiquement impliqués dans les nouveaux projets. Surtout, patients, médecins et personnels soignants sont consultés en permanence. « Urgo est l'une des entreprises qui a réalisé le plus d'études cliniques dans le monde », avance Pierre Moustial, son directeur général. Depuis 1998, quelque 15 000 patients et une centaine de centres de soins ont ainsi participé à des tests cliniques et à des études observationnelles. « Les pansements commencent à être évalués comme des médicaments », explique Hervé Le Lous, le PDG du groupe Viva Santé, dont les Laboratoires Urgo font partie.

De plus en plus actifs, les pansements sont aussi de plus en plus techniques et complexes à fabriquer. « Les équipes de production sont impliquées dans chaque nouveau projet, car elles travaillent en parallèle à la mise au point des machines qui vont fabriquer les produits. Nous avons déjà développé une vingtaine de prototypes de machines », précise Pierre Moustial. D'ailleurs, une partie des brevets déposés chaque année concerne le process de fabrication.

« Nous sommes présents dans l'équipe de recherche dès les phases amont d'un projet de nouveau produit, même lorsqu'il ne s'agit encore que d'un concept », précise Pascal Valois, le directeur du développement industriel. Son équipe de quinze techniciens et ingénieurs en mécanique, électricité et automatisme s'est d'ailleurs enrichie de nouvelles compétences pour accompagner la mutation des produits vers la cicatrisation. Pascal Valois vient ainsi de recruter deux ingénieurs, l'un spécialisé en chimie des polymères et l'autre en physique des matériaux.

Installée à Chevigny-Saint-Sauveur (Côte-d'Or), l'équipe de développement industriel n'est qu'à quelques minutes du siège et du laboratoire R et D d'Urgo, à Chenôve, dans la banlieue de Dijon, la ville d'origine d'Urgoplast, devenu les Laboratoires Urgo en 2003. En effet, à la mort du fondateur, Jean Le Lous, le groupe Fournier - dont faisait partie Urgoplast - a été démantelé (les laboratoires pharmaceutiques Fournier et Plasto, expert en bandes adhésives, ont alors été cédés). Une proximité qui, bien plus que l'usage de l'outil informatique de travail collaboratif Lotus Notes, facilite les échanges entre des équipes qui ne donnent pas toujours le même sens au même mot.

LA CICATRISATION, UN DOMAINE D'ÉTUDE RÉCENT

« La notion d'hydrophilie, par exemple, a donné lieu à de passionnantes discussions entre physiciens et chimistes », raconte Laurent Apert, le directeur R et D. Ancien chercheur des Laboratoires Fournier et pharmacien d'origine, il pilote aujourd'hui une équipe de 55 chimistes, polyméristes, techniciens biologistes, physiciens, pharmaciens et médecins. Ils n'étaient que 15 en 2003, à la création du laboratoire d'Urgo. Les moyens aussi ont augmenté. Le budget de la R et D a doublé en 2007, pour atteindre 10 millions d'euros en 2008, soit près de 5 % du chiffre d'affaires. Car Hervé Le Lous et Pierre Moustial ont de grandes ambitions. Ils veulent faire reconnaître Urgo comme le grand expert de la cicatrisation. « Les connaissances scientifiques dans ce domaine sont récentes. Les premières études sur la cicatrisation remontent à à peine une quinzaine d'années. Ce n'est pas une spécialité médicale et aucun grand laboratoire universitaire n'est dédié au sujet, hormis peut-être un ou deux aux Etats-Unis. En France, l'Institut Curie ne travaille que sur les plaies cancéreuses. Il y a donc tout à faire », explique Laurent Apert.

RECHERCHE EN AMONT POUR INNOVATIONS DE RUPTURE

Malgré ses efforts de R et D, Urgo n'a pas les moyens de tout faire seul. Le groupe multiplie donc les partenariats, publics et privés. « Nous travaillons par exemple avec des start-up de biotechnologies qui disposent de laboratoires in vivo et in vitro », ajoute Laurent Apert. Depuis deux ans, il travaille aussi en coopération avec des grands laboratoires publics, comme le CNRS, l'Ecole supérieure de physique et chimie industrielles (ESPCI), l'Institut Curie, le CEA, les universités de Bourgogne et de Franche-Comté et, bien sûr, les centres hospitaliers universitaires. Et le rythme s'accélère : 4 projets lancés en 2007, 8 en 2009 et 10 en 2009. De plus, l'entreprise investit en recherche amont en vue de développer des innovations de rupture (lire ci-contre). Pas banal, pour une PME ! Deux personnes ont été embauchées pour suivre les projets à plein temps et deux thésards sont venus rejoindre l'équipe, l'un via la fondation Pierre-Gilles de Gennes, l'autre pour travailler sur le projet Stella (lire ci-dessus). « Il est quand même plus facile de travailler avec la recherche privée, comme celle des industriels Philips ou BASF, où les cycles de décision sont plus courts, qu'avec le public », reconnaît Laurent Apert.

En interne, les équipes de R et D sont scindées en deux services. D'un côté les trente-cinq chercheurs, dont quinze se concentrent sur la conception de nouveaux produits (réponse au cahier des charges issu des besoins des patients, recherche de composants, de nouveaux matériaux, plan de formulation, maquettes...), les dix-huit autres effectuant des tâches dites analytiques (mise au point des méthodes d'analyse adaptées aux matières et aux produits finis, études de vieillissement et de stabilité).

Le développement occupe, lui, une vingtaine de personnes selon trois axes : projets grand public, recherche clinique et projets de prescription. A partir des maquettes sélectionnées par la recherche, l'équipe effectue des études microbiologiques, des tests in vitro sur cellules ou peaux reconstruites. Elle définit aussi des profils de sécurité, notamment en matière de tolérance cutanée, et gère les études cliniques afin de préparer le dossier d'enregistrement ou de remboursement à déposer auprès des autorités de santé. « Pour Urgotul, nous avons eu de la chance et le produit était prêt en deux ans. Mais avec des produits toujours plus actifs, comme Cellostart, un pansement qui relance la cicatrisation, introduit en 2007, il faut compter quatre à cinq ans. Le temps de mener les études cliniques et d'effectuer tout le parcours réglementaire », précise le directeur de la R et D, Laurent Apert. Mais c'est le prix à payer pour que les produits Urgo entrent à l'hôpital. Et pour que la marque soit définitivement liée à la notion de soins, Hervé Le Lous a une nouvelle idée. Il n'envisage rien de moins que de créer une fondation Urgo pour la cicatrisation.

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