Uranium, un marché en quête d'équilibre

Malgré les importants programmes de développement du nucléaire, la demande d'uranium restée stable a violemment infléchi la hausse des cours du yellow cake.

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Uranium, un marché en quête d'équilibre
Après l'envol qui avait vu le prix de la livre d'oxyde d'uranium (U3O8) grimper de 15 dollars en 2004 à 138 dollars en juin 2007, la correction a été sévère et le métal s'échange aujourd'hui à 74 dollars. Cette envolée des prix spot correspondait à la « renaissance du nucléaire » annoncée alors que l'extraction d'uranium ne couvrait pas plus des deux tiers des besoins des centrales, le reste étant assuré par la reconversion des stocks militaires. L'an dernier, des investisseurs qui prétendaient être des mineurs d'uranium, mais qui en réalité n'étaient que des détenteurs de terrains, peuplaient les conférences spécialisées en Australie, rappelle un expert. Cette année, ils ont disparu et ce type de conférence n'est plus fréquenté que par des juniors ou des spécialistes du secteur.

La volatilité des prix de l'uranium devrait se poursuivre en 2008, mais sans atteindre les écarts extrêmes de 2007, estimait récemment le vice-président d'Ux Consulting, Eric Webb, lors d'une conférence à Toronto. Alors que pendant les deux décennies jusqu'à 2005, les mouvements annuels des prix sur le marché spot ne dépassait pas 2,5 dollars chaque année, en 2007, ces évolutions ont totalisé 146 dollars. Parler de volatilité était devenu un « understatement », souligne l'analyste. La « renaissance du nucléaire » n'est pas à l'ordre du jour, affirme Eric Webb. Les annonces par 86 pays d'un programme de développement nucléaire d'ici à 2050 ne sont que le potentiel de cette renaissance.

Début 2008, indiquait une étude de la World Nuclear Association (WNA), il y avait 439 réacteurs nucléaires dans le monde pour une puissance combinée de 2 658 GW, soit 16% de la production d'électricité. A cette date 38 réacteurs (28 GW) étaient en construction, 93 (101 GW) programmés et 222 (193 GW) à l'étude. Ce qui représenterait, si tout est réalisé, un quasi doublement de la consommation de yellow cake. Le Royaume Uni et les Etats-Unis ont en particulier décidé de relancer leurs programmes nucléaires et en mars, la Chine a annoncé l'accélération de la construction de centrales. De 40 GW prévus initialement d'ici à 2020, sa capacité grimperait à 60 GW et entre 120 et 160 d'ici à 2013. La Chine dispose actuellement de 11 réacteurs (8,6 GW) et aurait l'intention d'en construire 116 nouveaux.

Un marché fragile

La production a éprouvé d'immenses difficultés pour répondre aux attentes du marché et à la hausse des prix en raison, bien plus que pour les autres métaux, de deux décennies de crise et de sous-investissements et d'un quasi arrêt de l'exploration. En 2006, la production mondiale avait reculé à 103 millions de livres d'oxyde, contre 108 millions l'année précédente, avant de remonter à 107 en 2007, tirée par la production kazakhe.
L'évolution des prix de l'uranium va dépendre de la vitesse à laquelle les programmes nucléaires seront mis en route, et de celle des mises en activité des nouvelles mines, explique Webb. Toutefois, avec les politiques restrictives d'extraction de l'uranium, à l'exemple de l'Australie, la montée en puissance de la production minière prendra du temps. La volatilité des cours est accrue par l'intervention sur ce marché des fonds d'investissement depuis 2004. Ceux-ci détiennent environ 20 millions de livres d'U3O8, estime l'australien Resource Capital Research RCR), alors que les volumes traités sur les marchés spot (l'uranium est avant tout commercialisé au moyen de contrats à long terme) évoluent annuellement entre 18 et 28 millions de livres. De plus, contrairement aux autres métaux, l'uranium n'a qu'une seule utilisation, la production d'énergie.

Avec la moitié de l'offre mondiale provenant de seulement cinq mines, l'équilibre du marché est fragile, souligne Scott Finlay de Canaccord Adams qui estime que les cours pourraient remonter vers les 95 dollars malgré une demande étale. Pour les analystes de RCR, les cours devraient rapidement remonter vers 80/85 dollars et même vers 105 dollars d'ici à septembre 2008, mais toujours avec une forte volatilité. D'autant que les mineurs opérant en Afrique du Sud ont revu en baisse leurs objectifs de production en raison des pénuries d'électricité.

Daniel Krajka
Pour en savoir plus :
Nouvelles percées du nucléaire dans le monde




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