Economie

Université d'été du Medef : Valls séduit les chefs d’entreprises et répond à Montebourg

Christophe Bys ,

Publié le

Applaudi par les chefs d'entreprises, Manuel Valls a réussi son opération séduction lors d'un discours où il a réhabilité le nucléaire et promis des réformes attendues par le Medef. Il en a aussi profité pour répondre aux attaques d'Arnaud Montebourg sur la politique européenne. Pour Manuel Valls, les réformes françaises sont nécessaires, voire indispensables pour obtenir une inflexion de la politique européenne.

Université d'été du Medef : Valls séduit les chefs d’entreprises et répond à Montebourg © AFP

Moins de 24 heures après l'annonce d'un remaniement et la tenue du Conseil des ministres, le Premier ministre, Manuel Valls, a prononcé un discours résumant sa feuille de route devant les dirigeants d'entreprises réunis comme chaque année sous une tente grand format et surchauffée sur les pelouses du campus d'HEC. Dès son arrivée, le Premier ministre a été très applaudi. La salle partageait visiblement l'avis de Pierre Gattaz qui, dès mardi 26 août, se félicitait de la décision du remaniement, estimant qu'il s'agissait d'un "acte courageux".

 

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"Cherchons à coopérer"

Un peu moins d'une heure plus tard, à l'issue d'un discours plusieurs fois interrompu par des applaudissements, Manuel Valls obtenait une standing ovation des membres du Medef ! Le président de la fédération des industries mécaniques, Jérôme Franz, s'enthousiasmait : "on a enfin un discours cohérent, débarrassé des scories politiciennes ", avant d'ajouter , "cela faisait quarante ans qu'on annonçait un tel discours ". Une position partagée par de nombreux chefs d'entreprises présents qui ont exprimé quelques protestations, quand le Premier ministre a indiqué que le "Président n'avait jamais changé d'avis" sur l'importance du rôle des entreprises.

Car s'il n'a pas annoncé de mesures concrètes, Manuel Valls a, à plusieurs reprises, tenu des propos qui ne pouvaient que séduire l'assistance, comme sa déclaration d'amour à l'entreprise : "il est d'usage d'opposer gauche et monde de l'entreprise. C'est un vieux refrain. Il faut sortir de ces postures dont notre pays crève. […] Cherchons plutôt à coopérer, c'est cela prendre ses responsabilités, la situation de la France l'exige  […] Moi, j'aime l'entreprise". Et les patrons présents aiment le nouveau gouvernement. A l'image d'Alexandre Zapolsky, le PDG de Linagora, qui estimait qu' "on a le gouvernement qu'on attend depuis longtemps pour la France. Il a le mérite de la clarté et de la cohérence. C'est la première fois qu'on a un discours aussi clair sur les entreprises. C'est un vrai encouragement".

Le nucléaire, " une grande filière d'avenir "

Manuel Valls aime donc les entreprises, et visiblement il les comprend en promettant de travailler dans les mois qui viennent à la restauration des marges, grâce au pacte de responsabilité et de solidarité et à une baisse du coût du travail avec la suppression de la C3S ou la baisse de l'impôt sur les sociétés. "Il faut de la stabilité et de la visibilité" en matière de fiscalité, a-t- affirmé devant une salle qui en était convaincue. Il a aussi annoncé des négociations sur la simplification, les seuils sociaux, le travail du dimanche. Le Premier ministre a aussi indiqué que "la filière nucléaire est une grande filière d'avenir".

Il a prévenu qu'il annoncerait, vendredi 29 août, un plan en faveur du bâtiment et de la construction. Et le Premier ministre s'est énervé, par anticipation, contre ceux qui y verraient des "cadeaux faits aux patrons. Les mesures favorables aux entreprises sont des mesures favorables au pays tout entier" ajoutant d'ailleurs que les entreprises "appartiennent aussi aux salariés, aux cadres, aux techniciens."

Réformer en France et obtenir une inflexion européenne

La seconde partie de son discours - qui a été moins commentée - revenait sur l'inflexion attendue de la politique européenne et avait des allures de réponse à Arnaud Montebourg, l'ex ministre de l'Economie et du Redressement productif, qui lors de l'annonce de son départ estimait que les politiques d'austérité voulue par Bruxelles devaient être abandonnées au plus vite. Manuel Valls a estimé : "nous pouvons avoir des politiques européennes budgétaires favorables à la croissance. La Commission européenne doit s'engager en faveur de l'investissement public et privé."  De même, il a estimé que l'euro était surévalué et que la Banque centrale européenne devait intervenir en faveur de la croissance.

Toutefois, à la différence de son ministre démissionnaire, si Manuel Valls reconnaît ces problèmes européens, il estime qu'ils ne dispensent pas la France de se réformer, c'est-à-dire de réduire le poids de la dette et des déficits publics. "Nous vivons au-dessus de nos moyens depuis quarante ans", a-t-il résumé. Réduire la dépense publique et le déficit, c'est agir pour "l'avenir de notre pays", explique le Premier ministre avant de conclure pour ceux qui n'auraient pas compris : "Il ne s'agît pas de se défausser en ne respectant pas la règle ou en invectivant l'Allemagne". Autrement dit, Manuel Valls a proposé une sorte de pacte où la France s'engage à se réformer et à réduire ses déficits structurels, en échange de quoi les politiques européennes seraient ré-orientées. "Il faut peser pour une réorientation des politiques [en Europe ]. On peut le fare si on fait preuve de sérieux budgétaires, de réformes structurelles ".

Satisfaite de ces précisions, la présidente de la CFE CGC, Carole Couvert, qui assistait à l'Unviversité d'été du Medef, gardait la tête froide par rapport aux déclarations du Premier ministre. "Il parle de baisse d'impôts. Ce n'est pas les retours que j'ai du terrain. Les salariés reçoivent en ce moment leurs impôts et sont frappés par la hausse.[...] J'attends son discours à l'Université du PS à la Rochelle. J'espère qu'il va y tenir le même discours qu'aujourd'hui. Il faut agir vite pour les classes moyennes", prévient-elle.

Pour elle, la situation sociale est à vif. L'exécutif a peut-être mangé son pain blanc au Medef... Il va devoir maintenant convaincre les Français qu’il est sur la bonne voie, en attendant les premiers résultats. 

Christophe Bys

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