Université d’été du Medef : l’inquiétude est sous la moquette

Sur le campus d’HEC, en région parisienne, les patrons sont bronzés, ouverts, optimistes. Mais si l’on gratte un peu, le moral est moins ensoleillé que la météo.

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Université d’été du Medef : l’inquiétude est sous la moquette

Etrange atmosphère que celle qui règne sur le campus d’HEC. Depuis le 31 août et jusqu’au 2 septembre, 8000 dirigeants d’entreprises participent à l’université d’été du Medef. Une atmosphère étrange, parce que tout va bien, en apparence.

La météo ensoleillée et l’ambiance de retour de vacances favorisent les sourires francs, l’esprit de tolérance, la curiosité de ces entrepreneurs en bras de chemise, attentifs aux propos d’intervenants aussi prestigieux que divers dans leur pensée et leurs origines : syndicalistes, ministres, députés, patrons français et étrangers, militants humanitaires, intellectuels, chercheurs, prêtres…

Dans les amphis de la grande école de management, ou sous l’immense tente réservée aux plénières, les top speakers conviés par Laurence Parisot développent leurs arguments sur des sujets aux titres parfois poétiques, souvent profonds.

Ici, François Baroin, Jacques Attali, Pascal Lamy, Laurent Fabius et Louis Gallois, le président d’EADS, planchent sur le B20, le sommet des patrons qui se tiendra à Cannes, en novembre, parallèlement au G20 des chefs d’Etat. Là, Pierre Moscovici, le ministre de la Défense Gérard Longuet et le patron de Safran Jean-Paul Herteman phosporent sur les "recompositions géopolitiques".

Un peu plus tard, ce sont l’astrophysicien Hubert Reeves, l’historien Marc Ferro et Christophe de Margerie, le PDG de Total, qui échangent leurs réflexions sur les raisons de "réespérer".

Avec le concours de L’Usine Nouvelle, un atelier réunit l’économiste Philippe Chalmin, le patron d’Aon Robert Leblanc, par ailleurs président du comité d’éthique du Medef, ou encore Philippe Darmayan, vice-président exécutif d’ArcelorMittal, pour débattre d’un sujet stimulant : "vol et antivol".

Dans les allées du campus, en croisant un maître du monde en train d’avaler un sandwich bio, on pourrait croire qu’ils sont heureux, ces leaders des affaires. Heureux et optimistes.

Une atmosphère étrange, parce qu’en même temps, l’inquiétude est là, non dite, tapie dans l’ombre, sourde, cachée sous la moquette rouge des estrades patronales. A Jouy-en-Josas, en cette fin d’été, le petit monde des patrons rentre bronzé, armé de sang-froid et gonflé d’énergie, mais préoccupé à l’idée de voir se rejouer, trois ans après, le triste scénario de la fin 2008.

Grattons un peu derrière les mines souriantes, pour voir. "Vous la sentez comment, cette rentrée ?", risquè-je, sans vouloir gâcher la fête. "Pour l’instant, j’ai suivi les événements, la crise boursière et la tempête sur l’euro, en lisant les journaux sur la plage, confie un poids lourd de l’industrie. Mais je n’ai pris aucune décision car je viens à peine de rentrer. On va voir ça la semaine prochaine."

Un autre, de retour depuis trois semaines, a déjà pu tirer quelques conséquences du coup de froid de l’été. Il réclame la confidentialité. Requête aussitôt acceptée. "Nous n’avons rien annoncé en interne, ni au marché, confie notre anonyme coté en Bourse, mais nous avons pris des mesures d’économie pour faire face au fléchissement d’activité que nous anticipons. On va arrêter des lignes de production. Après, on s’ajustera. On va voir ce qui se passe chez nos clients la semaine prochaine." Dites donc, elle fait un peu peur, la semaine prochaine…

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