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Quotidien des Usines

Unilever achète la paix avec l’intersyndicale CGT-CGC de l'ex-Fralib

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Publié le , mis à jour le 28/05/2014 À 08H44

Pour 19,1 millions d'euros, le groupe a signé un protocole de fin de conflit avec les représentants des ex-salariés de Fralib, en lutte depuis quatre ans pour sauver l'usine de thé de Gémenos (Bouches-du-Rhône).

Unilever achète la paix avec l’intersyndicale CGT-CGC de l'ex-Fralib © CGT Fralib

Avec la seule formulation de son communiqué de ce jour, Unilever France justifie en quelques lignes le cynisme dont la CGT et les anciens salariés de l'usine de thé et infusions de Gémenos (Bouches-du-Rhône) l'ont accusé durant toute leur lutte de 1 336 jours. "Depuis l'annonce de la fermeture du site, indique le président de Fralib, Frédéric Faure, nous avons toujours insisté sur la nécessité d'accompagner les anciens salariés. Avec cet accord équilibré qui met définitivement fin au conflit et à toutes les procédures en cours, une page se tourne, permettant à chacun de se projeter dans des projets d'avenir, en toute indépendance."

Victoire syndicale

A son siège de Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine), le groupe a signé un accord de fin de conflit d'un montant total de 19,1 millions d'euros avec l'intersyndicale CGT-CGC qui n'a jamais cessé d'occuper le site dans l'espoir de pouvoir relancer une activité de production. Les syndicalistes voulaient qu'Unilever France assume toutes ses responsabilités.

Même s'ils n'ont pu obtenir la cession de la marque "Eléphant" qu'ils revendiquaient depuis l'origine, ils sont parvenus à faire plier l'échine de la multinationale et s'en réjouissent, parlant d'une "victoire syndicale de grande portée". Cet accord devrait permettre de lancer le projet de Scop qu'ils peaufinent depuis plusieurs mois, en cherchant, parfois à travers le monde, des partenaires et clients potentiels.

Unilever qui a toujours soutenu, arguments chiffrés à l'appui, qu'une telle perspective serait vouée à l'échec par manque de rentabilité, doit même les aider à trouver des débouchés commerciaux. Il cède les machines pour produire, abondera à une étude de marché, au fonds de roulement, à la formation des futurs salariés de la Scop, à des investissements de remise en état des équipements et à des recrutements...

Les syndicalistes ont également obtenu "une prime substantielle de préjudice pour chaque salarié en lutte venant s'ajouter aux indemnités légales." Ils envisagent maintenant de rappeler aux collectivités locales leurs engagements pour soutenir la relance de l'activité.

La lutte dure paie

"Alors que les conflits se multiplient et que les fermetures et les licenciements s'accélèrent, cette lutte exemplaire est un succès pour tous les travailleurs de notre pays et démontre que rien n'est jamais joué d'avance", se félicite l’intersyndicale. Unilever a pourtant maintes fois dénoncé, au plus dur du conflit, les menaces et violences subies par les cadres dirigeants de Fralib. Les institutions patronales locales avaient même fustigé publiquement les méthodes "intolérables" employées par les représentants syndicaux et les salariés, désespérés par la fermeture de l'usine. En légitimant indirectement au prix fort ce mode d'action, l'accord signé par Unilever risque d'apparaître à nombre d'industriels provençaux comme une récompense à l'action syndicale dure.

C'est ainsi, en tout cas, que le perçoit Jean-Luc Chauvin, président de l'UPE 13 (Medef des Bouches-du-Rhône), dans une réaction spontanée : "Aux yeux de dirigeants de PME qui se battent pour préserver les emplois et se développer avec leurs propres moyens, une telle somme va apparaître totalement disproportionnée, même pour solder définitivement un conflit. C'est un très mauvais signal qu'Unilever envoie et je n'ose pas imaginer qu'il n'en soit pas conscient. J'ai personnellement une pensée pour l'ancien directeur qui a subi le syndicalisme voyou de certains salariés auxquels Unilever va verser aujourd'hui une prime pour "préjudice moral". Pourquoi s'être entêté dans une telle guérilla de quatre ans si c'est pour en arriver là ? Pourquoi avoir soutenu que le marché n'existait plus ? La légitimité du discours tenu depuis le début se pose... J'espère que le problème ne surgira pas à nouveau d'ici deux ou trois ans. C'est vraiment une façon très particulière de se désengager d'un conflit. Elle choquera les représentants d'un patronat qui milite pour un dialogue social apaisé et la fin de pratiques d'un autre âge dans les rapports entre syndicats et dirigeants". 

Pour l'intersyndicale et les anciens salariés de Fralib, un autre défi commence maintenant : ils vont devoir prouver, avec ce soutien financier inespéré de leur ancienne maison-mère, que leur Scop qui doit employer une soixantaine de personnes, est un projet industriel crédible.

Jean-Christophe Barla

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