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L'Usine Agro

Une surveillance sanitaire plus musclée

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L’affaire Lactalis a une nouvelle fois sapé la confiance des Français dans l’alimentation. Comment l’état, les industriels et les distributeurs tentent de les rassurer.

Cest l’un des grands chantiers du gouvernement : renforcer la surveillance sanitaire afin d’éviter un Lactalis bis. Depuis le 17 avril, la commission des Affaires économiques de l’Assemblée nationale planche sur le projet de loi pour l’équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et alimentaire. Ce texte, qui sera examiné en séance publique fin mai, renforce les pouvoirs des inspecteurs de la Direction générale de l’alimentation (DGAL). Selon l’article 15, ils pourront comme leurs collègues de la direction de la concurrence (DGCRF) procéder à des auditions libres, éviter de décliner leur qualité d’inspecteur, convoquer les personnes pour recueillir des renseignements, et même utiliser une identité d’emprunt.

S’il est voté en l’état, ce texte complétera l’annonce, faite début mars, du ministre de l’Agriculture de muscler la surveillance sanitaire dans les domaines des végétaux, des animaux et des contaminants chimiques. Stéphane Travert ne part pas de zéro : la première plate-forme d’épidémiosurveillance en santé animale (ESA) a été créée en 2011. Il s’agit d’un vaste réseau de recueil d’informations sur le terrain par des vétérinaires, des contrôleurs… Les données sont ensuite analysées et diffusées pour lancer une alerte si nécessaire. Le ministre a souhaité associer l’Institut national de la recherche agronomique (Inra) à la surveillance et ajouter les végétaux et les contaminants chimiques comme le Fipronil. Au total, ESA, qui sera installée à Lyon, fonctionnera avec une quinzaine d’épidémiologistes et informaticiens. La future plate-forme consacrée aux végétaux sera implantée à Avignon, avec pour commencer cinq spécialistes en agronomie et en virologie. Les trois entités devront communiquer et croiser les informations entre elles en intégrant le système d’alerte européen RASFF. Les états membres disposent d’un délai de 24 heures maximum pour notifier toute menace sur la sûreté alimentaire à leurs voisins de l’Union européenne. Ce fut le cas durant l’affaire du Fipronil.

Le risque zéro n’existe pas

« En Europe comme en France, on retrouve l’arsenal réglementaire. Globalement, le niveau sanitaire est élevé, assure Christine Cherbut, la directrice générale adjointe aux affaires scientifiques de l’Inra. Un renforcement est cependant nécessaire pour trois raisons : la mondialisation favorise la propagation des virus, bactéries, champignons et insectes ; le réchauffement climatique accroît les risques de prolifération ; et enfin, les micro-organismes mutent constamment. » Selon Régis Denize, un expert en gestion des risques agroalimentaires au sein du cabinet Saratec, spécialiste de la prévention, « même si chaque entreprise pratique l’autocontrôle, le risque zéro n’existe pas en matière d’alimentation. Le nombre d’intoxications est minime par rapport aux volumes produits. Mais le consommateur est hypersensible. à tort ou à raison, il sur-réagit. Il faut prendre en compte cette nouvelle donne. »

De fait, la succession de crises sanitaires marque les esprits. Lactalis est le dernier en date, après la vache folle en 1996, la grippe aviaire en 2005, la fraude à la viande de cheval en 2013, les œufs au Fipronil en 2017. La couverture médiatique et l’effet démultiplicateur des réseaux sociaux ont fini par creuser un fossé entre citoyens et industriels. Certaines ONG comme Foodwatch International critiquent sévèrement le règlement européen 178/2002, qui établit les procédures relatives à la sécurité des aliments, estimant qu’il reste mal appliqué faute de volonté politique et d’inspecteurs sur le terrain.

Certains industriels ont décidé d’ouvrir leurs sites aux visiteurs pour qu’ils se fassent leur propre opinion. Nestlé, qui a organisé en 2017 des visites dans les usines Mousline, Nescafé, Vittel et Purina, prévoit de renouveler l’expérience. En mars, la très médiatique marque C’est qui le patron ?! a organisé des déplacements par groupe de dix volontaires à la Laiterie de Varennes dans l’Indre et chez Saint-Mamet à Vauvert (Gard). « L’ensemble de nos sites recevra une visite mensuelle des consommateurs. Tout sera relayé sur Facebook live », promet Nicolas Chabanne, le fondateur de la brique de lait équitable. L’industriel le plus engagé dans ce type de démarche reste Fleury Michon. La première campagne de visites a démarré en 2014 avec la production de surimi en Alaska. L’ambition de la campagne #venezvérifier est d’accueillir 500 personnes sur cinq sites en Vendée (jambons à Montifaut, produits de la mer à Chantonnay), dans le Nord (jambons à Cambrai) et en Ile-et-Villaine (charcuterie cuisinée à Plélan-le-Grand). La PME vendéenne consacre un budget annuel d’environ 100 000 euros à ce type d’opération. Et semble avoir un bon retour sur investissement grâce aux réseaux sociaux.

Le système de blockchain pourra-t-il convaincre à une plus vaste échelle ? Cette technologie de transmission et de partage de l’information à tous les stades du processus de fabrication suscite de grands espoirs. Carrefour a lancé en mars sa propre blockchain. Après avoir scanné le QR code de son poulet d’Auvergne, le consommateur connaîtra le lieu et le mode d’élevage, le nom de l’éleveur, l’alimentation reçue, les traitements, les labels, et le lieu d’abattage. Le groupe dirigé par Alexandre Bompard promet de mettre à disposition toutes les données numériques liées au produit. Compte tenu de la vive concurrence qui sévit entre commerçants et industriels, cette initiative devrait faire des adeptes. 

Vigilance collaborative

Plus de 650 000 pros de l’alimentation et consommateurs ont utilisé l’année dernière les applications de l’Inra. Téléchargeables sur smartphones et tablettes, elles permettent de détecter les symptômes des maladies sur les plantes, d’envoyer les images en laboratoire et d’alerter en cas d’invasion d’insectes nuisibles. Di@gno-View, Di@gnoplant, Vigipl@nt ou encore Agiir, ces « mouchards » collaboratifs sont gratuits et compensent la raréfaction des contrôleurs sur le terrain. Mis au point par toute une équipe de l’Inra Nouvelle-Aquitaine-Bordeaux depuis une dizaine d’années, ils sont connectés à une base de données de 65 000 images. Dans le même esprit, le site oulah.fr et son application alertent sur les rappels en cours. L’utilisateur vérifie s’il détient le produit alimentaire via le code-barres et la photo, et peut relayer l’avertissement sur les réseaux sociaux. De son côté, la plate-forme collaborative Open Food Facts agrège les informations des fabricants et des consommateurs. Les contributeurs peuvent vérifier et corriger les données à tout moment. 

 

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