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L'Usine Maroc

Une rivière artificielle à 3,6 milliards de dollars en projet au Maroc

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Détourner de 750 à 850 millions de m3 d’eau des régions arrosées du nord vers le centre et le sud du royaume. Ce projet s'étendant sur 500 km loin encore d’être réalisé revient pourtant sur le devant de la scène au Maroc.

Une rivière artificielle à 3,6 milliards de dollars en projet au Maroc © flickr

Une autoroute de l’eau ou encore une rivière artificielle… voilà ce qui est dans les cartons du gouvernement marocain pour pallier le déficit hydrique du sud du pays.

Ce vieux projet, connu sous  le terme de "schéma national de transfert des eaux des bassins excédentaires vers les bassins déficitaires" vient de refaire surface à l’occasion d’une question à la Chambre des représentants. Selon la presse du royaume, Charafat Afilal, la ministre déléguée en charge de l’eau depuis le remaniement d’octobre dernier a déclaré la semaine dernière à Rabat que le gouvernement poursuivait les études sur ce projet.

Le 9 décembre Mohamed El Ouafa, ministre chargé de la gouvernance avait, lors d’une réunion de l’OCDE à Paris, déjà confirmé que ce plan restait à l’ordre du jour.

L’intérêt du chantier est simple. En matière de pluviométrie, le Maroc connait en effet deux profils bien différents : le nord du royaume (Rif et Moyen Atlas) est régulièrement arrosé notamment durant l’hiver, quand le reste du pays est soumis à un régime de pluies plus erratiques.

Dans une économie où l’agriculture compte encore pour environ 15% du PIB, cela induit un impact aussi important que non maitrisable sur la croissance et le développement. Il s’agit d’assurer donc une ressource plus stable pour l’agriculture mais aussi pour des villes en situation régulière de stress hydrique comme Marrakech ou même Casablanca.

Le projet consisterait en la construction d’un vaste ensemble de canaux artificiels qui relieraient le système hydrographique du nord du pays et notamment plusieurs grands barrages.

L’eau sera notamment transférée des bassins des oued Laou, Loukkos et Sebou qui sont excédentaires, vers ceux déficitaires de l’Oum Er Rbia, du Tensift et du Bouregreg , expliquait en août 2012  le quotidien L’Economiste qui indiquait  à cette occasion le lancement d’un appel d’offre pour une étude d’impact.

Cette autoroute hydrique qui doit courir sur 500 km serait à l’air libre ou enterrée suivant les tronçons. Elle devrait être accompagnée de plusieurs stations de pompages géantes et compte trois phases.

Le montant préliminaire est estimé à 3,6 milliards de dollars, un programme gigantesque à l’échelle du Maroc, cela représente environ 4% de son PIB. En tout état de cause, celui-ci devrait s’étaler sur de nombreuses années, voire décennies. Aujourd’hui, les finances du Maroc sont tendues avec un déficit public attendu à 4,9% du PIB en 2014 par le gouvernement d’Abdelilah Benkirane, après de nombreuses mesures d’économies.

Ce projet ne pourrait donc se faire qu’en mobilisant d’importants capitaux internationaux et multilatéraux de type BAD, Banque Mondiale ou Islamic Development Bank.

Les études préliminaires sur cette autoroute de l’eau ont en fait été réalisées à la fin de la dernière décennie, notamment par la société d’ingénierie marocaine Novec, filiale du groupe public Caisse de dépôt et de gestion (CDG).

Dans une interview au quotidien Le Matin en septembre 2010, le directeur général d’alors, espérait que les travaux puissent débuter l’année suivante.

Aujourd’hui, ce projet ne figure pas dans le budget 2014 adopté fin décembre. Mais en fin d'année 2013, Charafat Afilal ministre délégué en charge de l’eau a indiqué que son ministère planchait sur un "plan national de l'eau" qui doit courir jusqu’à 2030.

Pour résoudre la problématique de sa ressource en eau, le Maroc comme de nombreux pays émergents active déjà plusieurs leviers : retenues et barrages, canaux, mobilisation des ressources mal exploitées, micro-irrigation (goutte à goutte), recyclage partiel des eaux usées ("reuse") ou même dessalement.

Pour rappel, le plus grand projet moderne de détournement des eaux est celui à l’œuvre en Chine, où il s’agit là du nord qui souffre d’un fort déficit hydrique. Un ensemble de travaux hydrauliques géants dont certains passent sous des fleuves et ce, pour plusieurs dizaines de milliards de dollars, prévoit à terme le transfert annuel de 45 milliards de m3 d’eau du sud vers le nord de l'ex-Empire du milieu. Une toute autre échelle.

Pierre-Olivier Rouaud

 

Pluviométrie au Maroc (source : ministère délégué chargé de l'eau)

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