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L'usine Agro

Une richesse française

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Enquête La première industrie du pays doit conquérir l’international et répondre aux attentes des consommateurs, en quête de transparence et de nouveaux produits.

Une richesse française
Nestlé va investir 200 millions d’euros dans l’usine Perrier de Vergèze (Gard).

Accompagner la transformation d’un modèle productif » afin de « répondre davantage aux attentes des consommateurs ». Préserver « la souveraineté alimentaire française » et « la qualité de la production ». Cette feuille de route, c’est le président de la République qui l’a formulée, en annonçant l’ouverture, mi-juillet, des états généraux de l’alimentation [lire l’encadré ci-contre]. On y parlera de l’indispensable réforme du monde agricole, encore secoué par la crise des producteurs de lait. Mais aussi de l’industrie agroalimentaire, méconnue bien que nichée partout dans l’Hexagone. Pas une campagne, pas un port qui n’abrite un transformateur de produits laitiers, un producteur de biscuits, un fabricant de boissons… Faisant du secteur la première industrie du pays, avec un chiffre d’affaires de 172 milliards d’euros en 2016. Dans nos supermarchés, 80 % des produits sont dédiés à l’alimentation et 80 % d’entre eux sont made in France. Une richesse et un dynamisme que feraient presque oublier les difficultés de quelques emblèmes, comme Financière Turenne Lafayette, la maison mère de William Saurin, démantelée, mais dont la majorité des activités et des emplois devraient être sauvés.

Un excédent commercial en baisse de 12 %

Cette France de l’agroalimentaire, c’est une France qui croit en l’avenir. Plusieurs plans d’investissement en témoignent. Le suisse Nestlé va mobiliser 200 millions d’euros sur cinq ans dans l’usine Perrier de Vergèze (Gard), pour porter sa production annuelle à 2 milliards de cols par an. Bridor, la filiale de pains et viennoiseries du breton Le Duff, compte investir 500 millions d’euros et créer 1 200 emplois, en grande partie dans l’Hexagone. De son côté, le fonds Eurazeo va consacrer 35 millions d’euros à la modernisation de cinq usines de marques emblématiques (Carambar, Krema, Poulain…) afin de construire un champion français des friandises. Le secteur agroalimentaire, aux savoir-faire disparates et très segmentés, brille par son nombre d’entreprises. Plus de 17 000, à 98 % des TPE et PME, dont les marques, en croissance, taillent désormais des croupières aux multinationales. Avec près de 430 000 salariés, le secteur est le premier employeur industriel du pays ! Même si, sur ce point, les avis divergent. Quand l’Association nationale des industries alimentaires (Ania) se targue de la création de 11 000 postes au cours des trois dernières années, en incluant l’artisanat et les coopératives, la Fédération nationale agroalimentaire et forestière (Fnaf)-CGT dénonce pour sa part 20 000 emplois supprimés entre 2008 et 2015 dans la seule industrie.

Les abattoirs, les filières volaille et lait, ou encore le secteur des boissons ont souffert. Les entreprises, souvent installées en milieu rural et dont les métiers sont perçus comme pénibles et mal valorisés, ont des difficultés à recruter. Deux voies pour y remédier : la robotisation et l’amélioration continue des process. La filière se mobilise également via des « job dating agri agro » ou le programme Alimetiers, piloté par Opcalim et destiné à promouvoir les métiers du secteur. Un secteur qui véhicule une « image un peu difficile alors qu’il y a de nombreuses opportunités de carrières. Notre force est de pouvoir intégrer des jeunes non diplômés et de les former », estime Jean-Philippe Girard, le président de l’Ania. L’alternance est considérée comme la voie royale pour recruter. Les entreprises qui embauchent sont le plus souvent celles qui exportent. Or, malgré le rayonnement de la gastronomie française à l’étranger, l’excédent commercial de la filière a chuté de 12 % en 2016, à 7,2 milliards d’euros. Certes, nos produits laitiers, fromages, pains ou charcuteries font le tour du monde… Mais cet excédent se transformerait en un déficit de 4,1 milliards d’euros sans les vins et spiritueux ! En cause : l’impact de la crise de la vache folle en 2000, de la concurrence des travailleurs détachés en Allemagne pour nos abattoirs, de la « déflation salariale » en Espagne pour nos filières du grain et du maraîchage, selon l’institut Xerfi.

Guerre des prix dans la grande distribution

À cela s’ajoutent des PME souvent insuffisamment armées pour conquérir l’international. L’export ne représente plus que 21 % des ventes du secteur, contre 36 % pour le reste de l’industrie manufacturière. L’Ania vient de lancer, avec Business France, un club export. Les poids lourds du secteur (Carrefour, Lactalis…) pourront conseiller les plus petits et partager leurs contacts. En attendant, l’appareil productif se fait vieillissant. Si les industriels ont accru leurs investissements de près de 11 % en valeur en 2016, Stéphane Dahmani, le responsable économique de l’Ania, y voit « un effet d’aubaine » lié au dispositif de surinvestissement, qui a pris fin en avril. Il anticipe un ralentissement, le taux d’utilisation des capacités de production tournant autour de 82 %. Il n’y aura pas de déclic, selon lui, sans « l’amélioration des marges des industriels, qui se sont encore érodées en 2016 (- 1,6 % sur un an), poursuivant une tendance à l’œuvre depuis 2007 (baisse cumulée de 4 points) ». La filière agroalimentaire est pénalisée, en amont, par la volatilité des matières premières (blé, lait, beurre, porc…), dont le prix représente 55 % des coûts du secteur, contre 38 % dans le reste de l’industrie. Ces derniers mois, ils ont, pour la plupart, explosé, à cause de la météo qui a plombé les rendements agricoles l’an passé et de la demande croissante des pays émergents. En aval, la guerre des prix dans la grande distribution fait rage. Les fabricants doivent s’aligner au risque d’être déréférencés.

« R & D, emplois, innovation : tous les indicateurs sont dans le rouge, assure Richard Panquiault, le directeur général de l’Institut de liaisons et d’études des industries de consommation (Ilec). Seul un tiers de nos adhérents ont pu augmenter leurs tarifs cette année dans l’alimentaire, en dépit des hausses des matières premières. Les distributeurs leur imposent depuis quatre ans une déflation, avec notamment une guerre des promotions sans effet sur les volumes achetés, mais génératrice de gaspillage alimentaire ! » Cet institut, chargé de défendre les intérêts des grandes marques de consommation courante, appelle à simplifier et à mieux contrôler le cadre législatif qui régit les négociations de prix entre industriels et distributeurs. « Les négociations sont un jeu de rôle habituel, plaide Didier Duhaupand, le président du Groupement Les Mousquetaires. Face à des multinationales ayant une croissance à deux chiffres, nous sommes dans un rapport de force. Face à des PME, c’est complètement différent. Nous comprenons leurs difficultés grâce à notre connaissance de l’approvisionnement, des matières premières, de la valeur ajoutée. Nous travaillons en partenariat avec 5 000 d’entre elles et employons près de 150 000 salariés en France, dont 11 000 dans l’industrie. » Troisième distributeur français, le groupe possède aussi 62 usines dans l’Hexagone.

Nouveau marketing et nouvelles contraintes

Chez Coop de France, qui représente toutes les coopératives françaises et un produit alimentaire sur trois, on incite les agriculteurs à « agir plutôt que subir » : en transformant davantage les aliments pour peser dans la chaîne de valeur et gagner en visibilité. Mais séduire le consommateur, échaudé depuis le scandale, en 2013, de la viande de cheval dans les plats préparés, n’est pas une mince affaire. Son urbanisation l’a conduit à une méconnaissance du monde agricole. Ses préoccupations (bien-être animal, réduction des produits phytosanitaires, idéalisation du bio…) restent sous-estimées par beaucoup d’agriculteurs et industriels, selon le sociologue Jean-Pierre Poulain. « Alors que depuis la crise de la vache folle, la sécurité sanitaire est de plus en plus grande, le droit de savoir du consommateur rend le dialogue indispensable sur le produit, sa composition, ses modes de production, ses usages. » Fini le marketing faisant croire aux recettes de grand-mère. Les marques jouent la carte de la proximité et de la transparence en ouvrant les portes de leurs usines. De Nestlé avec l’opération #Cestmoiquifabrique, dévoilant les coulisses de Nescafé, Mousline ou Purina, à Fleury Michon et sa campagne « Venez vérifier », pour rassurer sur la fabrication de son surimi. Sans oublier l’application « Visite mon assiette », lancée par le think tank Open Agrifood et le cabinet Greenflex pour suivre les produits « de la fourche à la fourchette ».

Comment concilier ces attentes et les bouleversements liés au réchauffement climatique et aux nouvelles obligations sanitaires (sur les pesticides, les antibiotiques pour les animaux…) ? « Il n’y a pas une réponse, mais une diversité de réponses », insiste Christian Huyghe, le directeur scientifique agriculture de l’Inra, premier institut de recherche agronomique en Europe. Nous allons vers des produits plus hétérogènes, avec une question pour l’industrie en aval : comment gérer des lots très divers. » Mais aussi des coproduits provenant de différentes filières pour mieux valoriser les ressources issues de la biomasse. Face à ces contraintes industrielles et logistiques, le numérique aura un rôle clé. Emmanuel Faber, le directeur général de Danone [lire l’entretien page 32], assure que son groupe, figure de proue de l’agroalimentaire français, participera pleinement à cette « révolution de l’alimentation ». 
 


 

Les états généraux de l’alimentation, un rendez-vous clé

Promesse de campagne d’Emmanuel Macron, les états généraux de l’alimentation ont pour objectif de réunir, enfin, tous les maillons de la chaîne de la valeur agricole et agroalimentaire et de résorber la crise de la filière en France. Un vaste programme qui se déroulera en deux temps. De juillet à septembre, des groupes de travail rassemblant agriculteurs, industriels, acteurs de la grande distribution, chercheurs et associations de consommateurs – les ONG environnementales regrettent de ne pas avoir été conviées – plancheront sur l’épineux sujet de la création de valeur et de sa répartition. Leurs propositions devront être présentées avant l’ouverture des négociations commerciales annuelles, en octobre. Dès septembre, une grande consultation publique sera lancée et des groupes de travail examineront comment réinventer les modèles agricole et agroalimentaire pour répondre aux attentes des citoyens, mieux prendre en compte l’impact sur la santé et l’environnement… Les conclusions sont attendues mi-novembre. Initiés par le ministre de la Transition écologique, ces états généraux seront pilotés par le ministre de l’Agriculture. Reste à savoir s’ils ne feront pas les frais d’éventuelles dissensions au sein du gouvernement. 

« Nos concurrents ne sont plus chinois ou brésiliens, mais européens ! »

Jean-Philippe Girard, président de l’Association nationale des industries alimentaires (Ania)

  • Qu’attendez-vous des états généraux de l’alimentation ?

L’alimentation est une filière stratégique pour la France, avec 2,5 millions d’emplois, 650 milliards d’euros de chiffre d’affaires si l’on inclut l’agriculture, l’agroalimentaire et la distribution, un excédent commercial positif. Mais l’organisation et les rapports au sein de la filière ne sont pas satisfaisants. Depuis 2007, le taux de marge des industries alimentaires a reculé de près de 4 points, l’agriculture souffre et la distribution poursuit la guerre des prix. Les états généraux de l’alimentation doivent permettre de recréer de la valeur tout au long de la filière, dans l’intérêt du consommateur, pour regagner la confiance de chacun. Et de nous attaquer aux freins à la compétitivité. Aujourd’hui, nos concurrents ne sont plus chinois ou brésiliens, ils sont européens ! La France réussit dans l’innovation, la montée en gamme, l’exportation. Elle dispose d’un vrai savoir-faire dans la production animale et végétale, et compte des leaders en transformation des matières premières et en distribution.

  • Les initiatives solidaires, comme « C’est qui le patron ?! La marque du consommateur », vous font-elles peur ?

Il n’y a pas un canal de distribution qui doit être privilégié par rapport aux autres. En mettant en parallèle l’intérêt des acteurs et celui du consommateur, on trouvera une issue. Même si ces initiatives vont se multiplier, car le consommateur veut plus de transparence, de qualité, d’offre, avec un prix juste. À nous de le rassurer en lui ouvrant nos portes. Nous avons perdu une partie de sa confiance alors que notre sécurité sanitaire est l’une des meilleures au monde !

  • Face aux acheteurs de la distribution, les PME sont en position de faiblesse. Comment rééquilibrer le rapport de force ?

Quatre centrales d’achat détiennent 93 % du marché en référençant 15 000 entreprises. La grande distribution n’est pas insensible à l’offre des PME et ETI, car elle voit l’intérêt que leur portent les gens, la progression de leurs marques dans les rayons. Sur nos 18 000 entreprises, 98 % sont des TPE et PME. C’est un enjeu considérable pour l’emploi. 

 

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Usine Nouvelle N°3524-3525

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