Une restructuration vitale pour Teleperformance en France

par Florent Le Quintrec et Michel Rose

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PARIS (Reuters) - Teleperformance sera contraint de fermer sa filiale française s'il ne parvient pas à la ramener à l'équilibre comme prévu au premier semestre 2011 par le biais du deuxième plan de restructuration annoncé début juillet, a déclaré jeudi à Reuters le président de Teleperformance France.

Le leader mondial des centres d'appels, qui a perdu 36 millions d'euros en France en 2009, a déjà supprimé 585 postes au premier semestre. Le deuxième plan de restructuration présenté le 1er juillet devrait provoquer la suppression 837 postes et la fermeture de quatre sites.

Cette annonce a suscité la réaction du gouvernement qui a décidé d'organiser à la rentrée des "assises des centres d'appels" pour lutter contre les délocalisations de ces activités.

Teleperformance rencontrera à ce sujet le secrétaire d'Etat à l'emploi Laurent Wauquiez mardi prochain, mais prévient qu'une remise en cause de ce plan l'empêcherait d'atteindre l'objectif d'équilibre et le contraindrait à stopper ses activités en France.

"Si on remet ça (l'objectif) en cause, on est parti sur quelque chose de différent, qui est que la France ferme", a dit Jean-Hervé Jenn lors d'une interview, soulignant qu'il était néanmoins prêt à adapter certaines modalités du plan.

"Je pense que notre responsabilité c'est d'être rentable (...). S'il y a certaines modalités qu'on doit adapter, on est tout à fait prêt à les considérer", a-t-il indiqué.

"On a été obligé de rationaliser le nombre de personnes, parce qu'on a moins de volume, et le nombre de centres, certains n'ayant pas la taille nécessaire pour être rentable", a-t-il ajouté.

Le groupe, qui compte principalement parmi ses clients des opérateurs téléphoniques comme SFR, explique que ce plan social n'est pas aux délocalisations dans d'autres pays francophones ("offshorisation") comme la Tunisie, le Maroc ou encore le Sénégal, mais plutôt à des impératifs industriels.

"Il y a une espèce d'amalgame qui est fait entre notre plan et l'offshorisation. Un des vrais sujets de la France, c'est de modifier son outil industriel", a dit le directeur financier de Teleperformance, Olivier Rigaudy.

Quant au coût de ce second plan le directeur financier prévoit qu'il sera proportionnellement plus élevé que le premier.

"La règle de trois est sans doute juste mais probablement qu'elle minore un peu le coût pour deux raisons", a-t-il prévenu. "D'abord parce qu'on a affaire à des gens plus expérimentés, qui ont plus d'ancienneté. Deuxièmement parce que ça s'accompagne d'une restructuration industrielle et donc des fermetures de sites."

MONTÉE EN GAMME POUR SAUVER LA FRANCE

Teleperformance prévient par ailleurs que le développement des centres d'appels à l'étranger est inéluctable compte tenu de la problématique de prix la profession.

"On est sur un marché de commodités habituel, sur lequel c'est le prix qui prime", rappelle le président qui justifie ainsi la recherche d'une main-d'oeuvre à bas coût en offshore.

S'ils admettent que "le futur de la profession n'est pas en France" ou dans les pays développés, les dirigeants de Teleperformance estiment que des solutions existent pour préserver l'emploi dans ces pays.

Jean-Hervé Jenn cite notamment des offres "premium" qui justifieraient des facturations plus élevées destinées à des clients prêts à payer pour des options supplémentaires, ce qu'il propose déjà aux Etats-Unis.

Teleperformance, qui réalise autour de 12 à 13% de son chiffre d'affaires total en France où il a pourtant son siège social, table également sur l'externalisation croissante des centres d'appel des services publics qui devraient "résister à la tentation de partir à l'offshore".

Si son plan se déroule comme prévu, le groupe prévoit qu'à moyen terme, la rentabilité opérationnelle de la filiale française sera proche de la moyenne de ses activités en Europe, qui elle-même se situe légèrement en-dessous de la rentabilité globale de la société, de 8,5% en 2009.

L'action Teleperformance a clôturé en hausse de 1,88% à 19,765 euros, donnant une capitalisation de 1,12 milliard. Depuis le début de l'année, le titre recule de 12,85%.

Avec la contribution de Marie Mawad, édité par Cyril Altmeyer

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