Une réforme des AOC endiguera-t-elle la perte des ventes à l'export ?

Alors que le député Alain Suguenot remet son Livre blanc sur le vin à Jean-Pierre Raffarin.

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OUI : CLAUDE RIVIER, président de la cave coopérative Chusclan, dans le Gard
" Pour un label digne de ce nom "
René Renou, président du comité des vins de l'Institut national des appellations d'origine (Inao), a eu le courage de taper du poing sur la table en proposant de rendre ses lettres de noblesse aux appellations d'origine contrôlée (AOC) en créant les AOCE (E pour excellence). De fait, le label AOC, censé garantir un minimum de qualité, est de moins en moins fiable. Certaines estimations montrent que 25 % des AOC seraient à peine consommables. Aujourd'hui, dans un contexte de surproduction mondiale et de concurrence exacerbée, nous n'avons d'autre choix que de remédier aux AOC galvaudées. Imaginez un Américain ou un Suédois qui goûterait une appellation d'origine contrôlée plus proche de la piquette que de l'élixir gouleyant ! Il n'en rachètera pas. Ce sigle, typiquement français, ne sera pas perçu comme synonyme de qualité. La filière viticole doit donc apposer sur les bouteilles un label digne de ce nom, grâce auquel les vins trouveront à nouveau des débouchés à l'export. Avec sa proposition de réforme, René Renou adresse également un signe fort aux vignerons. Une appellation doit récompenser leur travail, elle n'est pas un dû de l'Etat. L'Inao est un organisme public. Toutefois, attention à ne pas ajouter un niveau de complexité supplémentaire. Il existe déjà 467 AOC en France qui représentent en volume plus de la moitié de la production française. Toutes les régions ont leurs appellations depuis 1935, date de la mise en place des AOC. C'est d'ailleurs l'un des reproches des acheteurs étrangers : l'offre française est difficile à comprendre.
NON : XAVIER CARREAU, président de la Fédération des Grands Vins de Bordeaux
" Mieux vaut améliorer les vins de pays "
La double classification proposée par l'Inao ne semble pas convenir pour une relance des ventes à l'export. Cet institut propose de distinguer les AOC en créant des appellations d'excellence qui côtoieraient les AOC actuelles, devenues de fait ordinaires. Je pense que ce n'est pas la bonne solution. Tous les vins AOC ne rentrent pas en compétition avec les vins du Nouveau Monde. Ce sont, en général, des vins de terroir qualitatifs et de grande authenticité. Seuls, les vins de pays se situent dans les mêmes gammes de prix que ceux de nos concurrents étrangers. En revanche, il faut délester les " élaborateurs " de vins de pays de certaines contraintes de production. Et leur laisser vinifier selon les pratiques oenologiques internationales. Par exemple, en rendant légale l'utilisation des copeaux. Cette méthode - au demeurant inventée en France au XVIIe siècle - évite le passage en barriques, plus onéreux que celui en cuves en inox. Ou encore en autorisant l'édulcoration, par ajout de sucre, qui arrondit certains vins. Ces méthodes présenteraient deux avantages : elles garantissent une qualité standard mais régulière aux vins de pays, une demande forte du consommateur néophyte comme le sont les étrangers qui découvrent la culture du vin. Ensuite, elles permettraient aux viticulteurs français de baisser le prix de revient de leur production. Et ces derniers se battraient à armes égales avec les producteurs du Nouveau Monde. Quant aux AOC, il serait souhaitable de leur redonner une aura en éliminant les vins qui ne sont pas dignes de recevoir ce label de qualité.
Propos recueillis par Sylvie Leboulenger

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