Une récolte de blé au beau fixe, mais des trésoreries qui souffrent

La production française de blé grimperait de 33% en un an, à 36,78 Mt, dotée d’une bonne qualité. Toutefois, les difficultés économiques des agriculteurs persistent.

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Une récolte de blé au beau fixe, mais des trésoreries qui souffrent

Si la "ferme France" va mieux, elle n’est pas encore tirée d’affaire. Avec une prévision de récolte de blé tendre de 36,78 Mt, en hausse de 33 % par rapport à une moisson 2015-2016 historiquement basse, le rebond espéré par les agriculteurs pointe le bout de son nez.

La production serait supérieure de 3% à la moyenne quinquennale, mais inférieure de 3% par rapport à la moyenne olympique sur cinq ans, qui consiste à retirer l’année la moins fructueuse (2016) et la plus fructueuse (2015).

Le cabinet spécialisé en gestion de risques de prix Agritel prévoit 2,8 Mt de stocks de report et 33,7 Mt de blé collectable (hors utilisations personnelles). 55% de la collecte serait disponible pour l’export (intra-communautaire et vers les pays tiers), soit 18,4 Mt.

Après une tendance à la baisse entre 2005 et 2015, le taux de protéines, essentiel pour être compétitif à l’export sur de nombreuses destinations, rebondit également : 72% des blés tendres afficheraient un taux de protéines supérieur à 12%, contre 11,1% en moyenne 2013-2015, compte tenu de conditions climatiques sèches. Les temps de chute de Hagberg, qui mesurent la qualité des blés destinés à la panification, s’annoncent eux aussi satisfaisants : 83% des volumes mesurés affichent un indice supérieur ou égal à 240 secondes, selon les chiffres du ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation. "Nous avons une moisson tardive en Allemagne et une moisson très précoce en France (jusqu’à quinze jours avant), donc des volumes disponibles tôt et une bonne qualité. Le début de campagne est excellent sur l’Union européenne", observe Alexandre Boy, analyste en charge des bilans et de l’analyse fondamentale chez Agritel.

Des prix qui ne rémunèrent pas

Les éléments de satisfaction pour la moisson en cours ne sauraient toutefois cacher les craintes exprimées par les céréaliers quant à leur situation financière. "Le prix du blé est descendu à 130 euros la tonne départ ferme ces derniers jours, ce qui ne permettra pas de rémunérer les producteurs dont les trésoreries sont déjà très fortement affectées par 2016", regrette le président de l’Association générale des producteurs de blé (AGPB), Philippe Pinta. "Nous constatons un certain sentiment de résilience et d’abandon auprès de nos clients. Les trésoreries des exploitations agricoles continuent à se dégrader. C’est pire que ce l’on pensait à cause de la récolte russe, hors-norme, de 82,8 Mt", abonde le directeur général d’Agritel, Michel Portier.

Ce dernier estime qu’il est nécessaire, afin que les agriculteurs soient en mesure de se verser l’équivalent d’un SMIC, d’avoir un prix payé autour de 164 euros/tonne pour un rendement de 7,1 tonnes par hectare, aides de la politique agricole commune comprises. En 2016, campagne atypique oblige, 70% des producteurs français de céréales et de protéagineux ont enregistré un résultat négatif, contre 36% en 2015. L’évolution de la parité euro/dollar est également scrutée de près par les agriculteurs : "le renversement de l’euro face au dollar depuis le 10 avril a coûté 20 euros aux agriculteurs français", indique Alexandre Boy.

"La France, qui était encore le troisième exportateur mondial en 2015, continue de perdre des places dans ce classement des grandes puissances agricoles. Nos pouvoirs publics doivent prendre conscience que pour conserver notre rang, les céréaliers français doivent pouvoir jouer dans la même cour que leurs concurrents", exhorte pour sa part Philippe Pinta.


Inquiétudes sur la production allemande

Cette année, ce n’est pas la France, mais l’Allemagne qui fait grise mine. La moisson 2017 est estimée à 24 Mt, au plus bas depuis 2012. Le deuxième producteur européen de blé, qui avait doublé la France en 2016 sur le front des exportations, doit faire face aux conséquences de fortes précipitations en juillet, avec plus de 200 mm de pluie en l’espace d’un mois. Plus de la moitié du blé a déjà été dégradée en qualité fourragère. Ces quantités pourraient, à l’automne, notamment prendre la direction de la Belgique et des Pays-Bas.

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