Economie

Une « nouvelle économie » pour l'industrie spatiale européenne ?

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Ce qui se joue maintenant c'est bien l'invention d'unmodèle cohérent avec ce que sont devenus l'usage de l'espace et son évolution prévisible.

Une « nouvelle économie » pour l'industrie spatiale européenne ? © ©Gaël Kerbaol

L'Europe spatiale s'est construite dans les années 1970 sur un modèle bien différent de celui des défricheurs de la conquête spatiale : l'Union soviétique et les Etats-Unis. Trop tard pour prétendre participer à la course aux premières symboliques. De plus, faute d'une réelle unité politique et stratégique, difficile d'utiliser l'espace, à l'instar des deux superpuissances, comme un vecteur d'unité et de puissance justifiant un effort technologique et financier privilégié. C'est donc l'économie qui a cimenté l'intérêt commun des pays participants et a légitimé les ambitieux programmes dans les systèmes de lancement (Ariane) et les satellites. Les débouchés commerciaux intérieurs et à l'exportation permettront de rentabiliser les efforts de R&D et de production et consolideront une industrie, des entreprises, des emplois... D'où une organisation industrielle et financière avec une spécialisation des acteurs et une règle dite du « juste retour » assurant que les retombées contractuelles seront au niveau de la contribution budgétaire de chaque Etat dans le programme.

Ce modèle a connu pendant une quinzaine d'années un incontestable succès. Grâce à des choix judicieux: l'absence de réelle concurrence des Etats-Unis et de la Russie obsédés par les programmes habités, la volonté de nombreux pays (Asie, Moyen-Orient, Amérique latine) d'accéder à l'espace sans s'affilier à l'une des superpuissances, et surtout, à partir des années 1990, l'explosion de la demande de télécommunications spatiales pour diffuser un nombre croissant de chaînes de télévision auprès de consommateurs avides d'images. Exploitant ces opportunités, l'Europe a acquis une position de premier plan dans le lancement spatial et les satellites. En août dernier, Ariane5 enchaînait sans faute son cinquième lancement de l'année (et son 27e succès consécutif) en plaçant sur orbite deux satellites de diffusion télé couvrant l'Amérique du Nord et l'Asie. Pourquoi alors ce sentiment général que l'Europe spatiale est depuis quelques années en panne et ne sait définir clairement ses objectifs? La réponse tient à l'affaiblissement de la dimension économique au coeur de son modèle. Les causes sont multiples: saturation de la demande commerciale des télécoms avec des satellites toujours plus gros et durant plus longtemps, concurrence des nouvelles puissances spatiales (Inde, Chine), essor des usages scientifiques et militaires de l'espace. Résultat : les clients institutionnels (Etats, organisations internationales) pèsent désormais d'un poids prépondérant dans les débouchés et dans l'activité des entreprises spatiales européennes.

Le défi qui se pose aujourd'hui n'est pas organisationnel, financier ou technologique, mais bien l'invention d'un modèle cohérent avec ce que sont devenus l'usage de l'espace et son évolution prévisible. Le programme Galileo illustre ce tournant symbolique. Lancé solennellement en 1999 pour rompre avec le monopole américain du GPS sur la localisation et navigation par satellite, Galileo devait s'appuyer sur un partenariat publicprivé et l'implication de financiers externes pour son développement et son exploitation. Las! Fin 2007, après beaucoup d'incertitudes, il a fallu admettre que le secteur privé faisait défaut et se tourner vers un financement intégral par le budget européen, voté par le Parlement en avril 2008. Saura-t-on assumer l'indispensable rupture avec la justification économique d'applications commerciales des programmes spatiaux ? Assumer en tant que tel un investissement public dans des infrastructures spatiales communes d'observation environnementale et militaire ? Et proposer un financement et une direction centralisée dans l'Union par la Commission ? Tels sont, finalement, les enjeux et le rôle historique du prochain Conseil ministériel de l'Agence spatiale européenne, la semaine prochaine.
 

Gilles Le Blanc

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