Une norme Afnor pour aider les industriels français à transformer des aliments halal

Le 15 septembre, l’Afnor publie un "Guide de bonnes pratiques de fabrication" pour les entreprises transformant des produits alimentaires pour le marché halal, en pleine croissance. Un sujet sensible, élaboré avec des industriels, les pouvoir publics, et des représentants de la communauté musulmane. Entretien avec Nadine Normand, la responsable agroalimentaire d’Afnor, et Eldjida Makhloufi, la présidente de la commission de normalisation qui a réalisé cette norme, également représentante de la FICT *.

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Une norme Afnor pour aider les industriels français à transformer des aliments halal

L'Usine Novelle - Qu’est ce qui a conduit à l’élaboration de cette norme ?

Nadine Normand (NM) : Dans le cadre du plan européen de normalisation, l’Autriche a proposé de faire reconnaître sa norme sur les bonnes pratiques de fabrication halal. A l’échelle européenne, des travaux ont commencé à s’engager, avant que la Turquie ne jette l’éponge au bout de deux ans. En France, nous avions mis en place un groupe de réflexion avec des entreprises de toute la chaîne de valeurs agroalimentaire, les pouvoirs publics, et des représentants de la communauté musulmane. Nous avons vu l’intérêt de poursuivre et de capitaliser ce travail afin d’adopter une approche commune, mais sur un champ plus restreint que la proposition autrichienne, qui incluait la partie amont.

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L’abattage était le point d’achoppement ?

Eldjida Makhloufi (EM) : C’est un sujet très sensible, or une norme, même d’application volontaire, doit être fondée sur le consensus. Nous nous sommes donc limités aux aliments transformés, en proposant aux professionnels un socle commun sur les obligations à respecter en termes de traçabilité continue, de choix des ingrédients… Aujourd'hui, le marché du halal n’est pas réglementé. Avec cette norme expérimentale, dont on jugera l’efficacité au bout de quelques années, et la crédibilité d’Afnor, les industriels disposeront d’éléments pour démontrer qu’ils savent faire.

Pour pouvoir vendre sur le marché halal, c’était le flou ?

EM : En France, les organismes chargés de la certification halal ne sont pas reconnus comme organismes certificateurs accrédités. L’étiquetage halal est basé sur les principes arrêtés selon l’école coranique à laquelle ils sont rattachés. Et pour exporter, il fallait se plier aux exigences du pays importateur. Or une grande partie de la production française halal est exportée. Un enjeu majeur de cette norme volontaire est donc la dimension internationale : aider les entreprises françaises à se positionner sur un marché halal en pleine croissance (notamment auprès d’importateurs comme le Maroc, l’Indonésie, la Malaisie…) face à d’autres pays très offensifs comme la Turquie, le Mexique…

NM : Elle entend faciliter la relation client-fournisseur et valoriser un savoir-faire, sachant que la France dispose d’une image forte en termes de sécurité alimentaire de manière générale.

Le certificateur privé AVS s’est opposé à l’élaboration de cette norme. Comment ont été choisies les parties prenantes ?

NM : Il y a eu un appel à participation. Nous avons associé dès le début les différentes mosquées référentes de la certification halal (Paris, Lyon et Evry) et le Conseil National du Culte Musulman.

Ces bonnes pratiques impactent forcément l’amont de la chaîne…

EM : Tout est effectivement intrinsèquement lié. Nous recommandons des questionnaires pour s’assurer de la certification halal d’un fournisseur de viande, ou encore de la conformité d’autres ingrédients, qui pourraient contenir des additifs ou dérivés qui contiendraient des substances haram (interdites). Si les clients sont suffisamment rassurés par ces éléments, peut-être que la certification ne sera plus une nécessité …

Quels étaient les principaux points de difficulté pour les industriels ?

EM : Démontrer, même s’ils le faisaient sans doute déjà sans l’écrire, qu’ils sont capables de faire une production spécifique halal avec méthode. Notre grille d’auto-contrôle rappelle de ne pas mélanger des ingrédients halal et haram en alertant sur la contamination croisée, de mettre en place des procédures spécifiques, comme par exemple une production dédiée au halal les lundi et mardi, de ne pas utiliser certains produits de nettoyage contenant de l’alcool, de disposer d’une signalétique spécifique avec un code couleur…

Espérez-vous convaincre ainsi les entreprises de l’agroalimentaire qu’il y a un marché à saisir, en dehors de la viande ?

EM : Longtemps, les produits halal ont été perçus comme plutôt bas de gamme, la population musulmane s’orientait parfois vers du casher. Nous souhaitons aller ainsi vers des produits de qualité, plus élaborés, de la charcuterie aux pots pour bébé…

NM : Certaines entreprises comme la société Doux ont souhaité être directement impliquées, et, preuve de leur intérêt, beaucoup autour de la table étaient des représentants d’organisations professionnelles de divers secteurs : l’Ania, le CNIEL…

Mais comment convaincre les consommateurs musulmans d’y adhérer ?

EM : A partir du moment où les entreprises vont s’appuyer sur ce référentiel et la légitimité d’Afnor, nous espérons que les consommateurs seront rassurés. Nous ne nous basons pas sur du lobbying comme certains certificateurs, ni sur l’aspect religieux, mais sur des bonnes pratiques.

Propos recueillis par Gaëlle Fleitour

* Nadine Normand est la responsable du département agroalimentaire, santé, action sociale d’AFNOR, l’organisme qui coordonne l’élaboration des normes volontaires en France.

Eldjida Makhloufi est la responsable export et veille réglementaire de la FICT (Fédération française des industriels charcutiers, traiteurs, transformation de viandes). Elle a présidé la commission de normalisation.

Cette norme volontaire sera disponible vendredi 15 septembre

Gaëlle Fleitour Rédactrice en chef web
Gaëlle Fleitour

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