Une initiative plutôt originale, qui éveille l'intérêt d'autres agglomérations.

La direction de l'assainissement orléanaise se lance dans la surveillance in situ des eaux de ruissellement.

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Orléans fait figure de pionnière avec son système d'alerte à la pollution par les eaux pluviales installé dans le parc d'activités de la Saussaye. Car c'est bien la première fois qu'une plate-forme flottante et insubmersible de mesures in situ fait son apparition dans une zone industrielle, et pour une application aussi pointue. Orléans s'est lancée dans l'aventure à l'occasion d'un choix logistique pour la collecte des eaux de ruissellement: l'extension future du parc d'activités de la Saussaye obligeait soit à augmenter la capacité du collecteur, soit à installer un second bassin de retenue. Le parc abrite des industries agro-alimentaires, un transformateur de caoutchouc, un papetier, un producteur d'enrobés pour le B-TP et quelques entrepôts de stockage de produits chimiques.La Direction de l'assainissement a opté pour un bassin de retenue qui peut recevoir 3,25mètres cubes par seconde et déverser 0,5mètre cube par seconde, et elle l'a instrumenté en sortie pour vérifier la qualité des eaux pluviales avant le déversement dans le Morchêne. Un moyen d'anticiper sur les risques de pollution. "Ces eaux charrient tout ce qu'elles rencontrent: colorants, solvants, noir de carbone. La densité de ces produits, identique à celle de l'eau, ne permet pas de les piéger dans les ouvrages de décantation existants. Même les hydrocarbures y passent lorsqu'ils sont enrobés de noir de carbone, explique Yvon Germain, ingénieur en chef à la Direction de l'assainissement. Il fallait trouver autre chose."

Un investissement de 300000 de francs

La ville a donc choisi une plateforme Lilypad, créée par le constructeur intégrateur Néréides. Coût: environ 300000francs, intelligence comprise. Elle est constituée essentiellement d'un plateau technique (électronique, alimentation) semi-immergé, maintenu en surface par quatre bouées, et de sondes de prélèvement plongeant dans l'eau, à l'extrémité desquelles sont placés les capteurs. Le niveau du bassin devenant pratiquement nul en période sèche, Lilypad a été placée dans un regard où l'immersion permanente des capteurs est garantie. Ce système est une version pour eaux de rivière d'un modèle océanographique plus volumineux, utilisé pour la mesure de données physiques en mer (houle, vent, courants...). Il a été expérimenté à un seul exemplaire en France par la Siap, qui surveille ainsi l'oxygénation de la Seine, en continu et in situ.Les indicateurs classiques pour la détection de pollution aquatique sont mesurés: pH, conductivité, Redox, turbidité. Les mesures, enregistrées toutes les trente secondes, sont moyennées tous les quarts d'heure et télétransmises à la Direction de l'assainissement. "Dans un premier temps, nous ne voulons pas identifier les polluants, précise Michel Chaline, technicien territorial en chef à la Direction de l'assainissement. Nous voulons être alertés suffisamment tôt pour intervenir à temps." Soit en détournant l'eau recueillie vers la station d'épuration, soit en appelant une entreprise spécialisée. Une intervention coûte à peu près 250000francs. Le coût de la pollution, lui, ne se chiffre pas.L'installation est en rodage depuis février. "Nous travaillons encore à déterminer les seuils de tolérance, confie Michel Chaline. Nous nous sommes aperçus que l'eau du puisard croupissait, en été, faute de renouvellement, ce qui change minis et maxis." La phase suivante consistera peut-être à remonter jusqu'à l'industriel responsable.

Pouvoir détecter les industriels pollueurs

"C'est déjà arrivé une fois, raconte Michel Chaline, pour une fuite d'hydrocarbure sur un autre bassin de retenue que nous avons équipé d'un détecteur spécifique. L'industriel concerné a très bien réagi, puisqu'il envisage aujourd'hui d'équiper ses propres installations de détecteurs." Néanmoins, un travail d'information restera à mener auprès des PMI sur les technologies du traitement de l'eau, dont elles ne sont pas coutumières. D'autres villes surveillent avec intérêt les progrès d'Orléans. Si la station fait ses preuves, elle aura sûrement des petites soeurs.





Un fusible pour les nappes phréatiques

La Direction de l'assainissement d'Orléans avait déjà étonné Néréides en adoptant son petit capteur Saphir, utilisé par les raffineries pétrolières pour surveiller les pollutions par les hydrocarbures. Peu cher, cosigné par l'Institut français du pétrole, il est constitué d'une membrane en polymère qui se dissout en présence d'hydrocarbures et produit une alarme. Néréides et l'IFP viennent d'en achever une version autoflottante pour nappes phréatiques, visant les grands dépôts d'hydrocarbure, et, plus étonnant, les stations d'essence. Ces dernières n'ont pas d'outil pour détecter de petites fuites journalières de l'ordre d'une centaine de litres.

USINE NOUVELLE - N°2471 -

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