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L'Usine de l'Energie

Une équipe de France peut en cacher une autre

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Enquête EDF éclipsé, c’est GDF Suez, le promoteur de l’Atmea d’Areva, qui a remporté un contrat en Turquie… Le tout piloté par le japonais MHI.

Une équipe de France peut en cacher une autre
La deuxième centrale nucléaire turque, près de Sinop, sera équipée de quatre réacteurs de moyenne puissance Atmea, fournis par Areva et MHI.
© La deuxième centrale nucléaire turque, près de Sinop, sera équipée de quatre réacteurs de moyenne puissance Atmea, fournis par Areva et MHI.

L’ère du dégel nucléaire a commencé ! Après Fukushima, l’industrie nucléaire française a attendu fébrilement pendant deux ans la vente d’un nouveau réacteur. En ligne de mire, deux EPR avec EDF en Grande-Bretagne et en Chine… Ironie du sort, c’est le japonais Mitsubishi Heavy Industries (MHI) qui a vendu le premier réacteur depuis la catastrophe. Le contrat a été signé le 3 mai. Ce réacteur sera implanté dans une zone sismique en Turquie. Si l’Hexagone reste discret en raison des tensions franco-turques sur l’Arménie, les industriels tricolores se réjouissent. Dans le rôle de l’électricien, on retrouve GDF Suez. Dans celui de l’ingénieriste, Areva. Le consortium mené par MHI n’a pas placé son EPR, mais un réacteur de puissance moyenne : l’Atmea [lire l’encadré ci-contre].

Sur le papier, il s’agit de construire une centrale de 4 500 MW, composée de quatre Atmea, à proximité de Sinop en bordure de la mer Noire. Le projet s’élève à 16,7 milliards d’euros. La technologie du consortium franco-japonais a été préférée à celles des Russes. Un long travail reste à faire, pour définir notamment l’équipe qui construira et opérera la centrale. Aux manettes, il devrait y avoir GDF Suez (à hauteur de 20%), associé à l’électricien Turc EAÜS (50%) et à deux japonais, MHI et Itochu (30%). Une lettre d’intention en ce sens est attendue d’ici à l’été. Le chantier débutera en 2017 pour une mise en service des premières tranches en 2023.

Le retour de GDF Suez
"La confiance qui nous est donnée à travers ce projet consacre notre engagement dans le pays et notre expertise nucléaire", explique Gérard Mestrallet, le PDG de GDF Suez. Un contrat inespéré après les déboires du premier énergéticien mondial dans l’atome : fiasco d’Abu Dhabi en 2009, refus par le gouvernement du projet de construction d’un Atmea dans la vallée du Rhône en 2010, GDF Suez étant relégué au rôle de partenaire financier sur le projet enterré d’EPR à Penly, en Seine-Maritime. Enfin, en 2012, des fissures étaient découvertes sur des cuves de réacteurs belges opérés par GDF Suez, alors que le pays envisageait de sortir du nucléaire…

Le retour de GDF Suez aux affaires atomiques est para-doxalement lié à Fukushima. Lorsque, en 2011, MHI constitue son équipe pour aller en Turquie, il veut embarquer l’électricien japonais Tepco… l’opérateur de la centrale de Fukushima. Après l’accident, MHI se tourne vers l’européen, qui a toujours défendu l’Atmea. Dans l’entourage du patron de GDF Suez, on s’amuse : "Ce n’est pas EDF qui a exporté la technologie française", dit-on. Une petite vengeance après le rapport Roussely sur la filière nucléaire publié en 2010, qui plaçait EDF en capitaine de l’équipe de France et reléguait GDF Suez loin du terrain.

Cependant, François Roussely, l’ancien patron d’EDF et rapporteur, n’avait pas tout faux. "Des modèles plus petits que l’EPR semblent plus conformes aux attentes de certains clients. Il convient donc de compléter l’offre française", indiquait-il, encourageant le développement de l’Atmea, réacteur sur lequel travaillent MHI et Areva depuis 2007. Le choix de la Turquie valide la vision stratégique d’Anne Lauvergeon, alors présidente du directoire, choix que son successeur, Luc Oursel, a toujours appuyé. Areva a enfin vendu son premier réacteur depuis 2007. Dans la foulée, l’Atmea pourrait être retenu en Jordanie, en Argentine et au Vietnam.

Mais tout reste encore à faire. La France prend un risque en choisissant de bâtir la tête de série hors de ses frontières. Le premier EPR a été construit par Areva en Finlande avec des partenaires nouveaux… Résultat : quatre ans de retard et 2,5 milliards d’euros de surcoûts. En Turquie, la situation sera sans doute plus simple. Areva n’aura pas la responsabilité de coordonner le chantier et l’interface avec les autorités. L’ingénieriste sera pourvoyeur de l’îlot nucléaire, un travail qui ne lui pose aucun problème. La construction, le génie civil, la coordination reviendront aux opérateurs. À commencer par GDF Suez, qui a déjà construit deux centrales à gaz en République turque.

Cette construction va mettre la technologie française à l’épreuve. Comme le rappelle l’association Sortir du nucléaire, la Turquie est en zone sismique. La faille nord-anatolienne, très active, se situe à proximité de Sinop. Le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, n’élude pas la question et justifie son choix. "Le Japon a de l’expérience et sait comment faire face aux tremblements de terre", explique-t-il. Jean-Luc Lachaume, le directeur général adjoint de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) en France, juge que "la sismicité sera en tête de liste des travaux de la future autorité de sûreté turque". 

Medium is beautiful

Les péripéties du réacteur EPR (1 600 MW) d’Areva ont masqué la maturation de l’Atmea. Ce projet de réacteur de puissance moyenne (1 150 MW) et de troisième génération a été lancé en 2007 par le joint-venture entre le japonais MHI et le groupe nucléaire français. L’Atmea, dont la conception de base ("basic design") est achevée, s’adresse aux marchés de taille limitée et aux pays primo-accédants au nucléaire. Outre la Turquie, il est déjà en compétition avancée en Argentine, au Vietnam et en Jordanie. Face à lui, il y a l’AP-1 000 (1 150 MW) de l’américain Westinghouse ; le CPR-1000 (1 000 MW) du chinois CGNPC ; et le VVER du russe Rosatom. De plus, EDF, Areva et CGNPC ont signé en 2012 un accord tripartite pour développer un réacteur de 1 000 MW. Areva veut qu’il soit fondé sur l’Atmea, afin d’éviter un concurrent supplémentaire… Une option pas forcément plébiscitée par les Chinois. 

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