Une chercheuse de l'Ifremer obtient une bourse américaine pour étudier l'impact de la pêche

Marie-Joëlle Rochet, écologue du centre Ifremer de Nantes, est lauréate d'une bourse de 150.000 dollars de l'institut Pew pour mener des travaux sur l'impact de différentes pratiques de pêches.

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Une chercheuse de l'Ifremer obtient une bourse américaine pour étudier l'impact de la pêche
Pour la première fois sur la centaine de lauréats qu'elle totalise, la bourse du Pew Institute for Ocean Science (Etats-Unis) est attribuée à un scientifique français. Marie-Joëlle Rochet, chercheuse au département « Ecologie et modèles pour l'halieutique » du centre Ifremer (Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer) de Nantes, fait partie des cinq lauréats 2008. Cette bourse lui permet de mener pendant trois ans un projet de recherche sur les impacts écologiques de différentes pratiques de pêche.

L'effet de la pêche sur les espèces animales est important et connu, souligne la chercheuse, comme l'a illustré la raréfaction de la morue de Terre-Neuve, malgré l'arrêt de sa pêche depuis 1990. « Lorsque les chaluts remontent leur pêche, ils ramassent tout. Il y a des espèces à haute valeur commerciale, d'autres à valeur moindre, et d'autres qui n'en ont pas et qui sont rejetées ». Les gestionnaires et les pêcheurs ont développé des solutions alternatives pour une pêche plus sélective: « Des mailles à taille augmentée pour ne garder que les grands poissons, des engins dormants comme les filets là où on sait trouver surtout une espèce donnée, des hameçons qui ciblent les prédateurs... »

Mais s'il existe « énormément de travaux sur ces procédés, remarque Marie-Joëlle Rochet, quel est leur impact sur l'écosystème? Si une pêche devient très sélective et retire une espèce précise du haut de la chaîne alimentaire, est-ce que l'impact ne sera pas pire? » Dans un autre écosystème, on a par exemple vu dans un parc américain la disparition du loup entraîner une prolifération de grands herbivores, et par suite une diminution de la forêt.

Observations sur trois zones de pêche

Les travaux soutenus par l'institut Pew vont s'appuyer sur de l'écologie théorique et de la modélisation, et sur des observations dans le golfe de Gascogne, l'estuaire de la Seine et la baie de Somme, de pêches professionnelles et scientifiques. Les informations recueillies seront également croisées avec des données du monde entier, « de l'Alaska aussi bien que de pêcheries africaines ».

La chercheuse n'a pourtant pas débuté sa vie scientifique au bord de la mer, puisque cette ex-Lyonnaise de 45 ans a obtenu un doctorat à l'université Claude Bernard-Lyon 1, avec « une thèse de dynamique des populations sur des parasites ». C'est en répondant à une annonce de l'Ifremer que Marie-Joëlle Rochet s'est installée au bord de l'Atlantique. Pour une vie de chercheuse largement consacrée à « des travaux de lecture, d'écriture et de calcul, et beaucoup d'échanges avec des collègues qui, eux, sont sur le terrain. On peut passer une semaine en atelier, à travailler ensemble sur les données recueillies. » Mais notre « halieute » escompte augmenter un peu son temps de terrain, sur des bateaux ou dans des ports ; « de 1/20e actuellement à 1/10e, ce serait bien », sourit-elle. Les chiffres lui sont favorables ces temps-ci: les candidats nommés pour une bourse de Pew étaient sept fois plus nombreux que les cinq distingués.


Thierry Noisette

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