« Un vol habité et sûr vers la Lune en 2024 est un vrai défi », selon Walter Cugno (Thales Alenia Space)

L’Agence spatiale américaine (Nasa) a dévoilé le 30 avril les trois consortiums industriels retenus pour poursuivre le développement du module d’alunissage habité en vue d’un retour sur la Lune en 2024 dans le cadre du programme Artemis. Ils seront menés par SpaceX, Blue Origin, et Dynetics. Ce dernier a inclus Thales Alenia Space (TAS) parmi ses partenaires. Son directeur des activités sciences et exploration, Walter Cugno, revient pour Industrie & Technologies sur la contribution de TAS au projet d’un retour humain sur la Lune.

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« Un vol habité et sûr vers la Lune en 2024 est un vrai défi », selon Walter Cugno (Thales Alenia Space)

Industrie & Technologies : En quoi consiste cette nouvelle phase pour laquelle le consortium mené par Dynetics a été retenu, et quel sera la contribution de Thales Alenia Space (TAS) au développement de ce module d’alunissage habité ?

Walter Cugno : Nous devrons prouve­­­­­­r que le concept que nous avons proposé est viable et peut être mis en œuvre, avant d’éventuellement poursuivre le développement du véhicule jusqu’à le construire concrètement. Notre consortium regroupe plusieurs entreprises qui apportent ce qu’elles savent faire de mieux. En tant qu’expert des éléments pressurisés pour les vols habités, nous serons en charge de la conception de la cabine pressurisée destinée à accueillir l’équipage. Cela inclut la structure primaire, les fenêtres, l’écoutille et la porte d’accès pour permettre aux astronautes d’aller et venir entre leur cabine et le sol lunaire. Nous sommes également en charge des protections thermiques et anti-micrométéorites.

Vous avez dix mois pour mener à bien cette étude. Est-ce un timing serré ?

C’est un challenge pour les trois consortiums sélectionnés, mais je pense que nous y parviendrons et que nous serons prêts en février 2021. Nous devrons trouver les moyens d’optimiser les échanges d’information et de travailler de façon coordonnée avec nos partenaires. Et ce malgré les conditions imposées par la crise liée à la pandémie de Covid-19. Mais le vrai défi sera d’avoir un véhicule capable de voler de manière sûre en 2024.

Cet objectif de 2024 voulu par l’administration américaine vous paraît-il réaliste ?

Nous verrons dans dix mois. Nous aurons alors une vision plus précise. Cette phase de conception qui débute va nous permettre de nous préparer et d’analyser les défis techniques.

Quels seront les challenges d’un point de vue recherche et développement ?

Aller sur la Lune présente des difficultés différentes de celles que nous rencontrons habituellement pour les missions en orbite terrestre basse, pour la station spatiale internationale (ISS) par exemple. Les radiations sont plus fortes sur la Lune, notamment parce que les astronautes ne sont plus protégés par les ceintures de Van Allen qui nous protègent sur Terre ou dans l’ISS. Il faudra donc déployer les technologies pour y faire face, bien que les missions prévues soient relativement courtes : de l’ordre d’une semaine. De plus, un autre défi est celui de la poussière très abrasive et très présente sur le sol lunaire.

Vous travaillez également sur d’autres projets lunaires. Quel est leur statut ?

Nous commençons la deuxième phase (B2) des deux études que nous menons pour l’Agence spatiale européenne (ESA) sur deux éléments clés de la plate-forme orbitale et passerelle lunaire (LOP-G), la future station habitable qui orbitera autour de la Lune. La première étude porte sur le module pressurisé I-Hab, la seconde sur le module logistique Esprit (European System Providing Refuelling, Infrastructure and Telecommunications). La phase B2 – qui devrait durer 18 mois - a déjà commencé pour I-Hab et devrait débuter cet été pour Esprit.

En partenariat avec Airbus Defense & Space, qui est maître d’œuvre, nous travaillons également sur les systèmes thermomécaniques du module de service (ESM) de la capsule habitable Orion qui est un élément clé pour un retour des humains sur la Lune. Nous avons déjà livré le premier module (ESM-1) à la Nasa, le deuxième (ESM-2) devrait l’être à la fin de l’année ou en début d’année prochaine et l’ESA nous a attribué le contrat pour le troisième.

Que vous apportent ces projets en lien avec l’exploration spatiale ?

Ces activités nous permettent d’accéder à de nombreux programmes d’exploration spatiale. Plusieurs études considèrent que d’ici 2040, le marché du spatial pourrait représenter environ 1 500 milliards de dollars. L’exploration en représente une grande part. Nous sommes bien positionnés pour en faire partie.

Ensuite, il y a évidemment l’intérêt de nos équipes. Contribuer à ces grandes aventures humaines et participer à l'acquisition des connaissances issues de l'exploration spatiale : je ne connais pas de motivation plus excitante.


Vue d'artiste de l'alunisseur habité imaginé par le consortium emmené par Dynetics. (Crédit photo : Dynetics)

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