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Un roman qui dynamite la littérature... managériale

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Dans un futur proche qui ressemble étrangement aux pires côtés de notre époque, Jean-Jean, médiocre surveillant de supermarché, provoque l’ire d’un quatuor d’hommes loups qui décident de l’abattre. A partir de ce point de départ, Thomas Gunzig écrit un roman drôle et haletant, inspiré autant des films de Tarantino que de l’humour de Groland.

Un roman qui dynamite la littérature... managériale © D.R.

"Manuel de survie à l’usage des incapables" n’est pas seulement un roman, c’est une grenade dégoupillée. Une fois la première partie lue qui relate en une dizaine de pages une pêche à la baleine après que l’ADN aura été breveté, tout s’enchaîne à un rythme trépidant faisant de ce roman de quelques 400 pages un de ces bouquins qu’on ne lâche plus, pressé de savoir ce qui va arriver aux personnages. De héros il n’y en a pas vraiment. Ceux qui correspondent le plus à la définition classique du héros, forcément fort et invincible, n’ont pas la qualité essentielle du héros : la pureté des intentions.

En effet, "Manuel de survie" raconte l’histoire d’une terrible vengeance. Dans un futur proche, pas vraiment identifié, un quatuor de loups semi-humains ultra violents et prêts à tout s’en prend à un looser puissance dix : Jean-Jean, agent de surveillance dans le supermarché d’une banlieue délabrée où l’espoir a pris la fuite en même temps que le travail. A la suite d’un licenciement mouvementé, le licencié mourant d’une décharge électrique accidentelle, ses quatre enfants (les fameux loups) décident de la venger. Vous avez du mal à suivre ? Ne vous inquiétez pas, une fois dans le livre, vous comprendrez très bien.  Même la présence de femmes génétiquement modifiées, à commencer par la femme loutre, vous interpellera à peine. Car le livre est monté comme un feuilleton, avec des chapitres courts, se terminant le plus souvent sur un coup de théâtre, enchevêtrant en parallèle deux récits. Comme on dit dans les critiques de film : "on n’a pas le temps de s’ennuyer" !

Le roman de vengeance version rock and roll

Ce faisant, Thomas Gunzig renouvelle complètement le genre du roman de vengeance. Il est vrai que l’auteur est belge et que ses références sont plus à chercher du côté du rock and roll et du jeu vidéo que de la tragédie racinienne. Amateurs de beaux vers, passe ton chemin. Ici c’est plutôt la violence stylisée à la Quentin Tarantino que tu trouveras dans ce roman. Un Tarantino qui serait inspirée par Benoît Delépine et Gustave Kervenn, les auteurs de Mammuth et du Grand soir. Pas les plus grands admirateurs de la mondialisation libérale.

Autrement dit, ce manuel de survie à l’usage des incapables est une charge au sabre clair, avec l’ironie comme arme d’attaque, contre le monde contemporain. L’objet du courroux du souriant écrivain ? Ce que d’autres ont appelé L’horreur économique, c’est dire que le roman ne réjouira pas forcément Pierre Gattaz, dont on ne doute pas du sens de l’humour. Mais disons qu’il n’y trouvera pas une vision conforme à ses souhaits de l’entreprise moderne et du bonheur d’y travailler. Pourtant, Thomas Gunzig n’est pas un écrivain engagé dans la sens naïf du terme, le genre d’auteur qui fait la morale à toutes les lignes en identifiant le méchant.

Dynamitage des mythes du management

Il préfère parsemer son livre de petites bombes. Ici, la société de consommation, lieu de tous les conflits et de toutes les vengeances ("Pour vendre aux pauvres, ils avaient embauché d’autres pauvres qu’ils faisaient bosser à des cadences infernales"), là la pensée managériale appliquée à tort et à travers. Ce roman compte deux personnages de femmes. L’une, Marianne, l’épouse de Jean-Jean, est une sorte de super commerciale hyper battante qui puise sa force dans les manuels de développement personnel et a fait des ouvrages de marketing les viatiques de sa vie. L’autre, Blanche, supervise les opérations de sécurité du supermarché et pratique la PNL (programmation neuro linguistique) comme d’autres font du jogging.

Vous l’aurez compris, le titre du roman n’est pas à prendre au sens propre. Au contraire. Ce manuel de survie à l’usage des incapables est une invitation à rire dès maintenant d’un futur peut-être proche avant qu’l n’advienne, car alors pleurer ne sera même plus possible.

Christophe Bys

"Manuel de survie à l’usage des incapables" de Thomas Gunzig, éditions Au Diable Vauvert, 408 pages, 18 euros

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