Un record de 148,2 milliards de dollars pour les fusions-acquisitions dans les semiconducteurs en 2016

Ridha Loukil

Publié le

Selon le décompte de L’Usine Nouvelle, l’industrie des semiconducteurs a conclu 80 fusions-acquisitions en 2016 pour un montant record estimé à 148,2 milliards de dollars. Une nouvelle ère de méga transactions s’ouvre, redessinant le paysage du secteur.

Un record de 148,2 milliards de dollars pour les fusions-acquisitions dans les semiconducteurs en 2016
Les semiconducteurs à l'heure de la consolidation

La vague de consolidation sans précédent dans les semiconducteurs, qui a commencé en 2015, s’accélère. Selon le décompte de L’Usine Nouvelle, les entreprises du secteur ont conclu 80 fusions-acquisitions en 2015 pour un montant record estimé à 148,2 milliards de dollars, contre 69 transactions et 123,5 milliards de dollars en 2014. Les chiffres incluent les prises de particiation même minoritaires dans le capital des sociétés cibles.

Escalade des montants des transactions

La transaction moyenne flirte avec les 2 milliards de dollars, contre 1,8 milliard en 2015. L’augmentation du nombre d’opérations s’accompagne par une escalade des montants mis dans la corbeille des mariages. Le projet de rachat du champion européen NXP par le géant américain Qualcomm constitue l’évènement le plus marquant. Son montant de 47 milliards de dollars en fait non seulement la transaction la plus coûteuse dans l’histoire des semiconducteurs, mais aussi la deuxième opération la plus chère dans l’histoire de la high-tech après le rachat en septembre 2016 du numéro un mondial du stockage de données EMC par le constructeur informatique Dell pour 67 milliards de dollars.

La transaction entre Qualcomm et NXP bouleverse le marché, créant un acteur capable de fournir presque tous les types de puces électroniques, à l’exception des mémoires. Elle ouvre une nouvelle ère, de nature à redessiner profondément le paysage de cette industrie. Jusqu’ici, les rapprochements étaient surtout motivés par le besoin de faire face à l’inflation des coûts dans le développement et la production, une caractéristique typique du secteur. Ils obéissent maintenant à une stratégie de transformation. Qualcomm veut ainsi sortir du carcan des puces mobiles, un marché de plus en plus concurrentiel et en net ralentissement, pour se positionner sur l’Eldorado de l’Internet des objets, du médical à la voiture connectée, en passant par la domotique, les drones ou  la robotique.

Risque de veto contre les Chinois

Toutes les transactions ne seront pas finalisées comme le montre l’annulation en octobre 2016 du projet de fusion à 10,6 milliards de dollars entre les équipementiers américains Lam Research et KLA Tencor à cause des difficultés d'obtention de l'accord des autorités de la concurrence. Les investissements de Chinois aux Etats-Unis sont à regarder de près. Le rachat du fournisseur yankee de circuits logiques programmable Lattice par le fonds Canyon Bridge pour 1,3 milliard de dollars se présente mal. L’opération s’expose au risque de véto de Washington, comme cela a été le cas pour le rachat des LED de Philips par le fonds chinois Go Scale Capital ou l’entrée de Tsinghua Unigroup dans le capital de Western Digital.

Les entreprises américaines restent les plus actives. Elles sont 28 à avoir lancé des acquisitions pour un montant cumulé de 81,3 milliards de dollars, soit 55% du montant total. Elles sont suivies par les entreprises japonaises qui ont mené 8 rachats pour 35,8 milliards de dollars, soit 24,4% du total. L’Europe est à la traine avec l’initiation de 14 transactions de 9,6 milliards de dollars, soit seulement 6,5% du total.

Perte de 2 champions européens

L’Europe perd deux de ses grands champions. Le premier est le néerlandais NXP, seul acteur européen présent dans le Top 10 mondial en 2016. Il va être absorbé par l’américain Qualcomm. Le second est le britannique ARM, dont la technologie est au cœur de l’écrasante majorité des mobiles dans le monde à travers des entreprises comme Apple, Qualcomm ou MediaTek. Il a filé au Japon sous l’ombrelle du géant de l’internet SoftBank.

Rien ne dit que le mouvement est près de retomber. Toshiba se prépare à la scission de ses semiconcduteurs en vue d’y associer des partenaires. Les investisseurs potentiels se bousculent. L’objectif du géant japonais est de lever de l’argent frais pour assainir ses comptes malmenés par une perte de plusieurs milliards de dollars dans le nucléaire. D’autres acteurs sont vus comme des cibles potentielles comme les américains Xilinx, Integrated Device Technology, Marvell Technology Group ou Maxim Integrated Products. Sans compter les projets de rapprochement en Chine, comme celui entre GigaDevice et Integrated Silicon Solution Inc dans le cadre du plan national de développement d’une base de production locale de puces mémoires.

Un an de consolidation

  • 80 opérations de fusion-acquisition ou d’investissement (65 en 2015 et 38 en 2014)
  • Montant total de 148,2 milliards de dollars  (123,5 milliards de dollars en 2015 et 19,6 milliards de dollars en 2014)
  • Moyenne par transaction : 1940 millions de dollars (1790 millions de dollars en 2015 et 516 millions de dollars en 2014)
  • 3 transactions de plus de 10 milliards de dollars (5 en 2015 et aucune en 2014)
  • 19 transactions de plus de 1 milliards de dollars (11 en 2015  et 7 en 2017)
  • L’opération la plus chère : 47 milliards de dollars (37 milliards en 2015 et 3 milliards de dollars en 2014)
  • 32 transactions initiées par des Américains pour un total 82,1 milliards de dollars (40 transactions et 97 milliards de dollars en 2015)
  • 8 transactions initiées par des Japonais pour un montant total de 35,8 milliards de dollars (7 transactions et 1 milliard de dollars en 2015)
  • 15 transactions initiées par des Chinois pour un montant total de 12,3 milliards de dollars (10 transactions et 11,1 milliards de dollars en 2015)
  • 16 transactions initiées par des Européens pour un montant total de 9,6 milliards de dollars (6 transactions et 12,3 milliards de dollars en 2015)
  • 8 transactions initiées par des Taiwanais pour un montant total de 8,4 milliards de dollars (5 transactions et 2,1 milliards de dollars en 2015)

 

 

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