Un rapport parlementaire pour sauver la filière sidérurgique française

La commission d’enquête chargée d’enquêter sur la situation de la sidérurgie et de la métallurgie françaises vient de publier un rapport qui demande des mesures radicales pour sauver un fleuron de l’industrie nationale.

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Un rapport parlementaire pour sauver la filière sidérurgique française

Les parlementaires de tous bords d’accord sur le diagnostic et les solutions à préconiser. Voilà un consensus assez rare pour être signalé ! La commission d’enquête chargée d’enquêter sur la situation de la sidérurgie et de la métallurgie françaises est composée de députés de tous les partis représentés à l’Assemblée Nationale. Elle a donné un avis unanime sur les constats et les préconisations. Présidée par le député des Deux-Sèvres, Jean Grellier (PS), cette commission d’enquête a, pour rapporteur, Alain Bocquet, le député communiste du Nord. Il présentait aujourd’hui, 16 juillet, le rapport à Claude Bartolone, le président de l’Assemblée nationale.

Le constat est alarmant. Entre 1980 et 2011, la production française est passée de 23 à 15 millions de tonnes. La France passant du 9e au 15e rang mondial avec 1 % de la production mondiale. Pendant ce temps, l’Allemagne a maintenu sa production à 44 millions de tonnes, l’Italie l’a légèrement augmenté de 26 à 28 millions de tonnes et … la Chine atteint 169 millions de tonnes. Si l’Allemagne s’en sort mieux, c’est qu’elle a une volonté de développer son industrie, que les coûts de l’énergie y sont beaucoup plus bas, qu’il existe une vraie cogestion avec les syndicats qui pèsent et que les Länder sont réellement présents.

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"Jamais, on aurait fermé un site comme Florange en Allemagne," précise un membre de la commission. Jean Grellier rappelle que ces filières sont en restructuration permanente depuis 15 ans en France. "Or, elles sont indispensables si nous voulons réindustrialiser notre pays". Et Alain Bocquet regrette qu’en France, "certains aient fait régner l’idée qu’on pouvait faire une industrie sans usine". Aujourd’hui, il ne reste que deux usines d’aluminium en France, "alors que nous sommes le pays qui a inventé l’aluminium en Savoie en 1905. Aujourd’hui, nous sommes à l’étiage le plus bas. C’est catastrophique ! Nous ne pouvons plus accepter la fermeture d’une seule usine". Le député communiste fait ici allusion au danger qui guette l’usine d’inox plat à Unieux dans la Loire. Aperam Stainless Précision envisage de fermer son unité de production qui emploie 72 salariés. "Elle doit être reprise et sauvée" exige le rapporteur.

Un catalogue de 26 propositions

Le rapport préconise le maintien et la modernisation d’une filière liquide de fabrication sidérurgique complète, de garantir la pérennité des deux sites français de production d’aluminium primaire (Dunkerque et Saint-Jean de Maurienne). Il faut créer en Lorraine une nouvelle aciérie électrique au meilleur niveau de la technique pour assurer une production destinée aux marchés de spécialités. Il faut promouvoir des canaux de recyclage plus clairement identifiables.

Au total, ce rapport contient 26 propositions, dont certaines plus financières comme l’orientation d’une partie de l’épargne constituée au titre de l’assurance-vie sur des investissements visant à soutenir les filières stratégiques comme la sidérurgie et la métallurgie. Ils font également appel à la Banque publique d’investissements. Ils demandent aux entreprises d’investir dès 2018 au moins 2 % de leur chiffre d’affaires dans la R&D et ils veulent surveiller les groupes multinationaux pour qu’ils maintiennent leur centre de R&D en France et qu’ils investissent l’intégralité des montants du crédit d’impôt recherche en R&D.

Michèle Bonneton, député écologiste de l’Isère, s’inquiète auprès de L’Usine Nouvelle, des suppressions de postes sur le site Aluval (Rio Tinto) de Voreppe, dans son département et "le laboratoire de Saint-Jean de Maurienne, où les compétences sont reconnues mondialement. Rio Tinto va utiliser les résultats de ses recherches au Canada, alors qu’on a payé le crédit d’impôt recherche".

Contrôles et droits de douane

La relance de la filière passe aussi par une revalorisation des salaires pour attirer les vocations et par une réduction des dépenses d’énergie en production. L’Europe est aussi mise à contribution pour relancer cette activité. Alain Bocquet rappelle que nous "vivons dans une compétition mondiale, que les règles européennes sont inadaptées. Il faut un contrôle douanier aux frontières de l’Europe et relever les droits de douane sur des critères de dumping social et environnemental". "Nous avons auditionné le commissaire à l’industrie, Antonio Tajani, qui est favorable à ces propositions. Mais cela sera très difficile, car l’Allemagne exporte beaucoup et craint de nouvelles mesures de rétorsion, explique Michèle Bonneton à L’Usine Nouvelle. Nous sommes le seul bloc de pays dans le monde à être une vraie passoire au niveau des importations. Tous les autres se protègent. Si on veut redynamiser l’industrie européenne, on n’a pas le choix."

Olivier Cognasse

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