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Un Rafale indien made in France

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L’Inde va acheter 36 Rafale produits dans l’Hexagone. Au-delà de Dassault Aviation, Thales et Safran, près de 500 sous-traitants sont dans les starting-blocks pour relever ce défi industriel.

Un Rafale indien made in France
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© Le châssis du radar à antenne active du Rafale est fourni par RealMeca, une PME de Clermont-en-Argonne (Meuse).

Trente-six Rafale fabriqués en France. C’était la dernière version du contrat avec Dassault Aviation négocié par le Premier ministre indien, Narendra Modi, lors de sa visite en France, les 10 et 11 avril. Ce ne sont pas les 126 appareils initialement prévus, mais le ministère de la Défense, Dassault Aviation et ses partenaires peuvent se réjouir : la nouvelle commande serait finalement produite dans l’Hexagone et non plus seulement les 18 premiers appareils comme le prévoyait la première mouture du contrat. Soit une charge de production supplémentaire à assurer en France, après les 24 appareils commandés par l’Égypte au mois de février.

Depuis plusieurs mois, les grands donneurs d’ordres – Dassault Aviation, l’électronicien Thales et le motoriste Safran – préparent discrètement leur supply chain à cette éventualité. Car derrière eux, 500 entreprises fournissent le Rafale. À Mérignac (Gironde), la chaîne d’assemblage de Dassault Aviation peut passer d’une production d’un avion par mois à deux appareils et demi sans investissement significatif, avait expliqué Éric Trappier, le PDG de l’avionneur, lors de la visite de François Hollande dans l’usine le 4 mars. L’électronicien Thales a, lui aussi, mis les bouchées doubles. « Le contrat égyptien pourrait agir comme un déclencheur […] Nous allons tester notre supply chain sur des cadences plus rapides. Nous faisons des appels de puissance auprès de nos partenaires pour voir s’ils sont capables de produire jusqu’à la cadence de 2,5 par mois », confiait fin mars à « L’Usine Nouvelle » Pierre-Éric Pommelet, le responsable de l’activité Rafale chez Thales. Le groupe a réuni début mars une dizaine de ses principaux sous-traitants pour faire le point sur leur capacité industrielle.

En ordre de bataille

À une vingtaine de kilomètres de Verdun, à Clermont-en-Argonne (Meuse), RealMeca est prêt de longue date. Cette PME de 150 salariés, qui réalise un chiffre d’affaires de 25 millions d’euros, produit les équipements de défense électroniques et le châssis du radar à antenne active du Rafale. La pièce impressionne tant par sa finition très soignée grâce à un usinage de grande précision que par la densité de ses câbles et connecteurs électroniques. Chaque radar représente près de mille heures de main-d’œuvre pour le sous-traitant. « En cas de signature avec les Indiens, nous devrons augmenter nos cadences, explique Bruno Gailly, le directeur général délégué. Nous avons passé en revue tous les aspects nécessaires : recrutement des techniciens, moyens de production, solidité de nos propres fournisseurs… Nous recruterons pour réaliser en interne le surcroît de tâches les plus critiques et prévoyons de sous-traiter celles qui sont plus basiques. » L’usine a accueilli à plusieurs reprises des délégations d’industriels indiens, comme HAL [lire ci-contre] et Barat, intéressés par son savoir-faire.

Cimulec Group, qui possède des unités de production à Metz (Moselle), aux Ulis (Essonne) et à Toulouse (Haute-Garonne), est lui aussi fin prêt. Le groupe emploie 170 salariés, et affiche un chiffre d’affaires de 21 millions d’euros. Il produit une centaine de circuits imprimés pour l’avion de combat et ses missiles. « Pour produire plus, nous avons prévu d’élargir nos plages de production et de faire tourner nos machines la nuit, détaille son directeur commercial François-Xavier Lucas. Nous avons estimé qu’il nous faudrait embaucher entre dix et quinze techniciens. »

Sofradir a aussi anticipé les augmentations de cadences. Les 600 salariés de cette coentreprise entre Safran et Thales au chiffre d’affaires de 150 millions d’euros produit à Veurey-Voroize (Isère) les détecteurs à infrarouge qui sont les « yeux » du Rafale et de ses missiles. « Nous pourrons absorber l’augmentation liée aux contrats égyptiens et indiens en poursuivant nos efforts d’optimisation de notre production », assure Laurent Fullana, le directeur général. Son usine principale, qui produit quelque 10 000 détecteurs par an pour l’ensemble de ses marchés, devra accroître sa production de près de 10 % du fait des deux contrats Rafale. « En trois ans, nous avons augmenté notre production de 50 %. Nous allons maintenir nos efforts », affirme le dirigeant.

Outre la production sur le territoire national, les PME françaises s’étaient préparées à des transferts de technologies et à une production en Inde. Même si, pour beaucoup d’entre elles, la marche est un peu haute… On ne sait pas encore si cette possibilité reste d’actualité. « Celles qui voudront s’installer en Inde devront avoir de solides compétences en matière de management pour piloter leurs partenaires étrangers, dans le domaine technique pour évaluer leur maturité industrielle et dans le domaine juridique pour travailler avec l’administration indienne. Ce n’est pas évident », juge Massi Begous, associé au sein du département aéronautique et défense du cabinet Roland Berger.

Difficile pour une PME dont les ressources sont comptées de se passer pendant plusieurs semaines de son directeur industriel ou de celui des achats. « Les plus petites ne sont pas taillées pour s’installer à l’étranger. C’est plus dans les cordes des entreprises de taille intermédiaire », admet Christophe Cador, le vice-président du comité chargé des PME au sein du Groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales (Gifas). Les sous-traitants du Rafale feraient tout de même bien de s’y préparer, car même s’il a paré au plus pressé en achetant des avions de chasse produits à l’étranger, Narendra Modi ne devrait pas abandonner si facilement sa politique du « make in India »…

HAL, le partenaire incontournable


Fabrication d’avions et d’hélicoptères militaires, assemblage et production de pièces de moteur, développement de solutions avioniques… Les activités de HAL regroupent, toutes proportions gardées, celles d’Airbus Group, de Safran et de Thales. Cette entreprise publique, qui compte 34 000 salariés, et réalise

un chiffre d’affaires de 151 milliards de roupies (2,4 milliards d’euros), est de fait incontournable dans le secteur de l’aéronautique de défense en Inde. « Tous les grands contrats passent par HAL, qui joue le rôle d’intégrateur pour la filière. C’est le seul constructeur d’appareils destinés à l’usage militaire », explique-t-on du côté de Business France (ex-UbiFrance) à New Delhi. Il en profite pour imposer ses conditions à ses partenaires étrangers. HAL a longtemps voulu imposer à Dassault Aviation de prendre la responsabilité des Rafale assemblés en Inde, ce que le français a toujours refusé… 

La production du chasseur
 

  • Donneurs d’ordres Dassault Aviation, Thales et Safran
  • Supply chain 500 sous-traitants 
  • Effectif 7 000 emplois 
  • Cadence actuelle 1 appareil par mois

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