Un rachat de dette privilégié pour sauver la Grèce

par Gernot Heller et Luke Baker

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BERLIN/BRUXELLES (Reuters) - La France et l'Allemagne seraient prêtes à accepter un plan de rachat de la dette grecque, qui se traduirait par un défaut sélectif du pays, alors que la piste d'une taxe sur les banques semble abandonnée au moment où s'ouvre en début d'après-midi un sommet de la zone euro sur la crise.

La chancelière allemande Angela Merkel et le président français Nicolas Sarkozy ont défini mercredi une position commune sur un nouveau plan de sauvetage grec, qui comprend une participation du secteur privé, à l'issue de sept heures de discussions "très serrées", selon des membres de la délégation française.

Angela Merkel et Nicolas Sarkozy ont demandé à mi-parcours à Jean-Claude Trichet de venir les rejoindre de Francfort, ce qui semble indiquer que le compromis trouvé a obtenu le soutien du président de la Banque centrale européenne.

D'après plusieurs sources européennes, des maturités plus longues seraient proposées en échange d'un rachat d'obligations à un prix inférieur à leur valeur faciale.

"La demande visant à éviter un défaut sélectif n'est plus sur la table. Nous pouvons poursuivre sur la voie d'un plan bancaire, qui reste confidentiel", a déclaré jeudi devant le parlement européen le ministre néerlandais des Finances Jan Kees de Jager.

Le nouveau plan d'aide à Athènes, qui doit se chiffrer à quelque 115 milliards d'euros, comprendra en outre un soutien financier plus important du Fonds européen de stabilité financière et du Fonds monétaire international (FMI), ont précisé les sources européennes.

Les modalités de participation du secteur privé feront l'objet d'une présentation de Baudouin Prot de BNP Paribas - la banque française la plus exposée à la dette grecque - et de Josef Ackermann, président du directoire de la Deutsche Bank et de l'Institut de la finance internationale (IFI), qui représente les banques.

Le sommet extraordinaire de Bruxelles doit débuter à 13h00 locales mais pourrait prendre du retard en raison de tractations de dernière minute, ont indiqué des sources bancaires.

L'euro a d'abord progressé face au dollar sur les marchés asiatiques après l'annonce de l'accord franco-allemand, avant de se retourner en nette baisse au cours de la matinée, les investisseurs restant nerveux en attendant d'en connaître les détails.

Sur le marché obligataire, l'écart de rendement entre la dette allemande - considérée comme un placement refuge - et la dette des pays périphériques de la zone euro s'est cependant resserré, signalant l'espoir d'un accord. Le rendement de l'emprunt grec à deux ans a notamment perdu près de 3 points de pourcentage autour de 36,1%.

LES BANQUES NE SERONT PAS TAXÉES

Les discussions franco-allemandes avaient initialement pour objectif de faire participer le secteur financier privé au sauvetage de la Grèce sans déclencher une contagion de la crise de la dette dans la région, a expliqué jeudi le ministre néerlandais des Finances.

La solution la moins risquée sur ce sujet était jusqu'alors celle d'une taxation du secteur bancaire, option désormais exclue, selon plusieurs responsables de la zone euro.

Les banques s'étaient vivement opposées à un tel prélèvement obligatoire, l'estimant injuste pour celles d'entre elles qui ne sont pas exposées à la dette grecque.

D'après les informations qui filtrent des négociations, celles-ci proposent plutôt de participer à l'effort financier européen par un mélange de reconduction d'obligations grecques existantes à mesure qu'elles parviennent à maturité, un échange d'obligations pour des titres aux échéances plus longues ou un rachat de dette grecque à un prix inférieur à sa valeur faciale.

Ces options risquent d'entraîner de la part des agences de notation une qualification de défaut complet ou sélectif sur la dette grecque, ce qui pourrait susciter un mouvement de panique sur les marchés financiers en permettant aux détenteurs de dette grecque de faire jouer leurs assurances et d'entraîner ainsi des réactions en cascade.

Le Fonds monétaire international, qui sera représenté à Bruxelles par sa nouvelle directrice générale Christine Lagarde, a précédemment recommandé aux dirigeants de la zone euro de renflouer le Fonds européen de stabilité financière (FESF) et de lui permettre de racheter des obligations souveraines sur le marché secondaire.

Mais ces deux mesures nécessiteraient une modification des règles du FESF et la ratification des parlements nationaux, et pourraient donc se heurter à l'opposition de l'Allemagne, des Pays-Bas et de la Finlande.

José Manuel Barroso a lancé mercredi un avertissement d'une gravité inhabituelle aux dirigeants de la zone euro, avertissant que ce sommet extraordinaire devait déboucher sur une solution convaincante à la crise de la dette grecque sous peine de déstabiliser l'ensemble de l'économie mondiale.

Gernot Heller et Emmanuel Jarry, avec Natalie Huet et Catherine Monin pour le service français, édité par Jean-Michel Bélot

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