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Un premier pas timide

Astrid Gouzik ,

Publié le

Un premier pas timide
La définition des perturbateurs endocriniens adoptée par l’Europe, le 4?juillet, reste très controversée.

La septième fois aura été la bonne. Les représentants des États membres de l’Union européenne ont adopté, le 4 juillet, les critères de définition des perturbateurs endocriniens. Une étape cruciale dans « la lutte contre ces substances nocives », s’est félicité Nicolas Hulot, le ministre de la Transition écologique et solidaire. Alors pourquoi cette définition continue-t-elle de cristalliser les désaccords entre les États membres, les ONG et les industriels ? Ces derniers, qui assuraient attendre cette définition pour prendre le problème à bras-le-corps, semblent bien les seuls satisfaits. « Cela va permettre à notre industrie de poursuivre ses actions concrètes de prévention et de substitution des perturbateurs endocriniens avérés », a commenté Magali Smets, la directrice générale de l’Union des industries chimiques (UIC).

un niveau de preuve trop élevé selon les ong

L’organisation professionnelle rappelle, toutefois, qu’elle défendait une approche fondée sur une évaluation des risques qui n’a pas été retenue par la Commission européenne. C’était l’une des principales entraves aux critères de définition, avec le niveau de preuves exigé pour établir un lien de causalité entre un mode d’action endocrinien et un effet négatif et irréversible. « Les ONG demandaient à ce qu’une substance soit interdite dès qu’il existait un doute », détaille Michel Loubry, le directeur général pour la région Europe de l’Ouest de Plastics Europe. Les lobbies industriels, de leur côté, arguaient que cette approche trop stricte risquait de n’être fondée sur aucune réalité scientifique. Ils ont eu gain de cause. « La Commission européenne a maintenu une rigueur importante sur le poids de la preuve scientifique », se réjouit Michel Loubry.

Et c’est bien ce qui déclenche l’ire des ONG. « La charge de preuve demandée est telle que les délais d’identification seront très compliqués et très longs, ce qui va à l’encontre du principe de précaution », reproche France Nature Environnement. Autre disposition problématique : celle qui prévoit que certains pesticides et biocides, conçus pour agir par un mode d’action de perturbation endocrinienne, soit exemptés de cette définition. Or « cela compromet fortement l’objectif du droit européen d’éliminer l’utilisation des EDC [produits chimiques perturbateurs endocriniens] dans les pesticides et les biocides », critique Générations Futures. Si les ONG perçoivent ces exemptions comme un cadeau fait à l’industrie des pesticides, cette dernière s’en défend vivement.

la suède et le danemark opposés au texte

« Les critères ne fournissent aucune protection supplémentaire pour la santé et l’environnement, et ne servent qu’à avoir un impact disproportionné et discriminatoire sur les agriculteurs européens qui vont souffrir d’une nouvelle réduction arbitraire du nombre d’outils à leur disposition », a réagi Graeme Taylor, le porte-parole de l’Ecpa, l’organisation européenne des grands industriels des pesticides (BASF, Dow, DuPont, Monsanto, Syngenta). Un argument relayé dans le reste de l’industrie. « On a déjà éliminé un très grand nombre de molécules qui présentaient un profil dangereux. Pour certaines applications, nous avons ainsi très peu de solutions efficaces », déplore Patrick Lévy, médecin-conseil de l’UIC. Au sein de la Commission européenne, les États membres entonnent un air dissonant.

Jusque-là, la France, la Suède et le Danemark, sous l’impulsion de l’ancienne ministre de l’Écologie, Ségolène Royal, se dressaient contre l’adoption de ces critères. Nicolas Hulot a, lui, préféré adopter le texte en l’état, qui n’est pas « parfait », afin de faire avancer la lutte contre ces produits dangereux plutôt que de les laisser sur le marché. Il se réjouit même d’avoir obtenu que les perturbateurs endocriniens présumés soient reconnus, en plus de ceux qui sont avérés. La Suède et le Danemark se sont prononcés contre le texte. Stockholm a d’ailleurs fait savoir qu’elle comptait amender le texte qui serait examiné par les députés européens.

Toutefois, dans la foulée du vote, le gouvernement français a annoncé une accélération des mesures nationales, avec la mobilisation de 50?millions d’euros en faveur de la recherche sur les effets des perturbateurs endocriniens, dès 2018. Le ministère de la Transition écologique et solidaire et le ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation rendront publique, avant le 14?juillet, la liste de l’ensemble des produits phytopharmaceutiques et biocides mis sur le marché français qui contiennent au moins une des substances identifiées par la Commission comme perturbateur endocrinien. « Les citoyens, agriculteurs et professionnels pourront, en l’attente de l’entrée en vigueur concrète de l’exclusion européenne, orienter leurs choix d’achats. » Les deux ministères ont aussi annoncé qu’ils donneraient plus de latitude aux agences sanitaires françaises, notamment en leur permettant de mener des études indépendantes sur les substances chimiques à enjeux. Enfin, la stratégie nationale sur les perturbateurs endocriniens, définie en 2014, devrait être révisée. 

« Mettre fin à l’immobilisme général »

Frank Garnier, président de Bayer France

  • Comment Bayer accueille l’adoption des critères de définition des perturbateurs endocriniens ?

Pour nous, ce n’est ni une bonne ni une mauvaise nouvelle. Il fallait qu’une décision soit prise pour mettre fin à l’immobilisme qui régnait. Cela va nous permettre de poursuivre nos actions concrètes de prévention et de substitution des produits qui seront considérés comme des perturbateurs endocriniens avérés, selon cette définition.

  • Quels seront ces produits ?

C’est l’étape suivante. Sur la base de ces critères, il faut nous dire quelles substances seront concernées en priorité, et qu’elles soient hiérarchisées. Notre travail a toujours été de faire de la R & D pour substituer des produits anciens avec de nouveaux qui présentent des profils de toxicologie plus favorables, nécessitant des doses réduites et avec des conditions d’emploi toujours plus sûres. Nous sommes toujours à la recherche de l’équilibre entre les risques et les bénéfices.

  • Vous prôniez une approche fondée sur l’évaluation des risques et non du danger. Ce qui n’a pas été retenu par Bruxelles.

La notion de risque est déjà prise en compte dans le règlement Reach, auquel sont soumis les produits chimiques en général. C’est l’un des règlements les plus stricts au monde. 

Trois questions sur les perturbateurs endocriniens

  • De quoi s’agit-il ?

Les perturbateurs endocriniens sont des substances chimiques, d’origine naturelle ou synthétique, qui usurpent l’identité de certaines hormones et arrivent à mimer, bloquer ou modifier l’action d’une cellule.

  • Quelles conséquences ?

Ces leurres pourraient être à l’origine de la hausse du nombre de certains cancers, notamment du sein et de la prostate. À cela s’ajoutent des cas plus nombreux de puberté précoce chez les jeunes filles et de malformation génitale chez les garçons. De même, les cas de diabète de type 2, d’obésité et d’autisme recensés sont en augmentation.

  • Où les trouve-t-on ?

Les parabènes sont présents dans les produits cosmétiques, les pesticides dans les fruits et légumes, le bisphénol A et les phtalates dans les plastiques… Ces substances sont soupçonnées d’être des perturbateurs endocriniens. 

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